samedi 8 mai 2010

Glissement de terrain et terrain glissant


Encore un autre petit tour de Tortugair cette semaine. Du haut des airs, Port-au-Prince est une ville grise. Le béton y prend toute la place. Les montagnes qui l'entourent sont vertes, même s'il n'y pas une surpopulation d'arbres. La déforestation est un sujet tabou ici, même si des milliers de sacs de charbons sont vendus partout dans le pays. Quelques haïtiens vous diront que c'est une invention des étrangers, des blancs, que cette partie de l'île n'a jamais été vraiment très intense côté végétation. Pour la grande majorité, pa gen pwoblèm avec la déforestation. Seuls certains groupuscules se questionnent sur cet enjeu. Quelquwfois ils manifestent. Des organisations internationales (les canadiens et les américains entre autres) financent des projets de reboisement ou encore des projets qui visent à trouver une solution plus 'équitable' au charbon. L'enjeu du bois ici, c'est le charbon. Pour faire à manger surtout, mais également pour mettre dans le fer à repasser, question d'avoir une chemise impeccable. La fierté haïtienne a un prix ! Un projet financé par les américains permet de récupérer le papier et de le transformer en boulettes qui peuvent servir à chauffer le cabrit, le riz national ou la banane. Disons, qu'il faudrait 2000 projets de cette nature pour qu'on commence à voir la lumière au bout du tunnel. Juste un peu d'imagination et les milliards de beaux $ envoyés en Ayiti depuis bagay la auraient pu permettre la création d'un projet subventionnant l'utilisation du gaz pour la population la plus défavorisée incapable de se le payer, 90% de la population en fait. On transforme le marché du charbon en marché du gaz pour que les gens qui en vivent ne soient pas asphyxiés. On ne règle pas tout bien évidement, le gaz n'est pas une solution sans conséquence pour l'environnement. Mais dans le contexte d'extrême pauvreté dans lequel la population tente de survivre, les impacts négatifs du gaz sont sûrement moins ravageurs que la dévastation sociale (appauvrissement des populations paysannes par exemple) et écologique associée à la déforestation du pays. On n'a pensé qu'aux milliers d'haïtiens morts le 12 janvier quand le terrain sur lequel leur maison était construite s'est mis à glisser, plus rien pour lui donner une consistante. Aux zones complètement inondées parce que plus rien n'est en mesure de retenir l'eau. Il me semble que ce serait un bon moyen de transformer la générosité internationale en quelque chose de solide et de durable.

mercredi 5 mai 2010

Le défi d'Émilie


Une petite Mila est née aujourd’hui en Haïti. Elle refusait de se tourner la tête vers la sortie, c’est probablement bagay la qui l’a mélangée. Sa grande soeur Émilie ne sait pas vraiment ce qui l’attend, c’est probablement pour ça qu’elle a cet air pensif. Félicite ta maman et ton papa pour nous. T'inquiète, tu seras une bonne grande soeur !

mardi 4 mai 2010

Le vide côtoie le silence


Les pelles mécaniques qui avaient commencé à finir l'oeuvre de bagay la au Palais national n'y sont plus. Le travail n'était qu'entamé et puis hop, plus rien. Dans les heures qui ont suivi 16h53 le 12 janvier, les images de la destruction du Palais ont été importantes pour faire comprendre à tous qu'il y aurait maintenant un avant et un après 12 janvier. On y a même fait un petit pèlerinage dans les premiers jours pour confirmer que nous n'étions effectivement pas dans un rêve, les espoirs, même les plus naïfs, nourrissant toujours le doute. La dimension symbolique de cette destruction était forte, tout autant que celles des pelles mécaniques achevant la bête. De voir maintenant ce vide autour du Palais, abandonné par les pelles qui avaient entamé le ménage, me semble tout autant symbolique de ce qui se passe depuis des semaines. Plus rien ne se dit, plus rien ne se passe. Tout le monde a pris congé, les pelles autour du Palais comme l'État auprès des ayisien. À part les nationalistes qui décrient la loi sur les mesures d'urgence et quelques groupes d'étudiants qui revendiquent un retour en classe, le vide politique se déploie maintenant en silence. On n'en vient presque à croire qu'il ne reste qu'un bruit sourd dans la vie du million de moun qui dorment depuis quatre mois dans des abris de fortune. La révolution tant attendue va-t'elle se manifester ?

Ola, ou le


Jo me tord les oreilles avec cette chanson depuis quelques jours. En boucle, en boucle et en boucle. Elle veut que je danse avec elle dans le salon… Quand on voit les ayisien danser, il se crée un petit sentiment d’infériorité qui refroidit les ardeurs. ‘Personne nous regarde !’ qu’elle me dit. ‘On ne sait jamais, on pourrait devenir la vidéo la plus populaire sur Youtube en quelque heures seulement !’. Malgré tout, le bassin arrive toujours à se faire aller… Je vous l’envoie donc et vous me direz si vous avez envie de danser : http://www.youtube.com/watch?v=35Qdl1C5NZk&feature=related. La granmoun (grand-mère) qui danse tout au long de la vidéo termine le tout en disant ‘Tout ça me rappelle le temps passé.’ En fait, je pense que ce que Jo préfère le plus, c’est de voir la granmoun danser !

lundi 3 mai 2010

Un petit 4.4 en 4.4 secondes

14h30 cet après-mid. En pleine réunion dans un des buildings de l'Hôpital Universitaire. En plein centre-ville, quelques rues derrière le Palais national. Tout le monde a senti la secousse. 4.4 selon la rumeur. On a tous dévalé l'escalier pour prendre la sortie, Usain Bolt en aurait perdu ses espadrilles à essayer de nous rattraper. On entendait une frénésie dans la cours de l'hôpital. Les portables se sont mis à sonner. Une vraie petite frousse, la plus grande depuis plusieurs semaines. Certaines personnes ne voulaient pas terminer la réunion où elle avait commencé, mais dehors. À 37 degré, c'est un peu humide pour le papier... On a négocié de faire la terminer le tout dans le hall d'entrée, tout le monde avec des lunettes soleil.

dimanche 2 mai 2010

Merci m'man


Ma mère a patiemment attendu au Salon du livre de Québec pour que Dany Laferrière dédicace son dernier livre pour Jo et moi : « Pour Johanne et Jean-François à qui j’offre ce livre des événements que nous avons vécus ensemble. Affection. » La journée à la plage m’a permis de lire ce récit des événements. Plusieurs coins de page sont pliés, des idées ou des phrases à retenir. Ce livre confirme les milliers de discussions que nous avons eues au sujet de bagay la, il y a sûrement chez l’humain une communauté d’émotions ou de sentiments face à un événement de cet ampleur. Au-delà, de la couleur de la peau, de la culture, de la classe sociale, … La grande différence est sa connaissance profonde du pays et, comme tout ayisien, sa patience. Merci m'man…

samedi 1 mai 2010

Travail, torture et ombre


Premier mai, on est en congé pour la fête du travail. Drôle de concept, en congé pour la fête du travail. C'est comme si on célébrait nos mamans en les évitant… Remarquez qu'on aurait été quand même en congé, c'est samedi. Pour souligner le premier mai, j'ai passé un trois heures au boulot pour finir des choses qui refusent de se finir en semaine. Les rues étaient presque vides de bagnoles, les commerces étaient fermés. Outre moi-même, les seules qui travaillaient sont ces vendeuses de n'importe quoi et de tout qui s'installent sur les trottoirs des rues passantes et qui ne gagnent presque rien dans une journée de travail. C'est probablement parce qu'elles ne travaillent pas vraiment qu'elles ne sont pas en congé le premier mai… C'est à rappeler les liens étymologiques entre travail et torture ! J'ai photographié cette vendeuse de pâté et de viandes frites. Une granmoun probablement. Elle cherchait de l'ombre, une chaleur terrible s'attaque à nous depuis deux semaines. En fait, pendant que certains cherchent le bonheur, d'autres cherchent de l'ombre.