mercredi 8 décembre 2010

Mauvais rêve


Le soleil se lève ce matin sur Rome pendant qu'on se décolle les yeux. On va vite aux nouvelles pour voir ce qui s'est passé dans la nuit à PAP. On voit des pneus qui brûlent, on parle de coup de feu, commerces vandalisés… Place St-Pierre, la route de l'aéroport, … Célestin et Manigat passeront au deuxième tour. Les gens semblent incrédules. N'importe quoi, c'est n'importe quoi. Les amis de Martelly ne lâcheront pas le morceau,surtout que les ÉU se sont déjà montrés surpris des résultats publiés par le CEP. Ce n'est que le début d'un mauvais rêve.

mardi 7 décembre 2010

Tête de cochon


Je me souviens de ces phrases piquées aux enfants (on ne sait pas trop si c'est vrai) et qui illuminent certains aspects de notre réalité d'adulte. La petite 3 ou 4 ans qui se prépare à entrer dans un avion avec sa grand-mère et qui lui demande si ça fait mal quand on rétrécie en montant dans les airs… Ou l'autre, plus proche de ma réalité de citadin, à qui on demande d'ou vient le lait et qui répond candidement : 'De l'épicerie.' J'avoue avoir le même sentiment quand je sors de cette Amérique du nord aseptisée et emballée dans le saran-wrap. Au Québec, les inspecteurs de je ne sais plus quelle agence aurait déjà emprisonné un boucher qui laisserait trois têtes de porc sur son comptoir, son commerce serait fermé. La bouffe dans les autres pays se voit sur toutes ses formes, j'écris bien 'ses formes'. Dans un marché avec Jo aujourd'hui, je me demandais qu'est-ce que j'arriverais à cuisiner avec ce genre de matière première. Je fais plus souvent dans le filet ou dans les côtelettes. J'imagine toujours ma mère qui ouvrirait le frigo chez moi et qui croiserait le regard aveugle d'une de ces têtes de cochon. Elle ne pourrait s'empêcher de faire le parallèle avec une certaine dimension de la personnalité de son fils tant aimé… En discutant de la politique haïtienne avec Jo ce soir, on pensait à la lutte à trois qui se vit actuellement à PAP. Les trois candidats à la présidence qui se disent gagnants. Les résultats seront publiés aujourd'hui. Le site de HPN fait sa une depuis hier soir avec 'Port-au-Prince a peur des résultats' (http://hpnhaiti.com/site/). Sur le site du Nouvelliste, on parle d'une attente fébrile (http://www.lenouvelliste.com/). Comme on n'a eu peur des ravages du cyclone Tomas et de l'exclusion de Wyclef de la course à la présidence, on craint une explosion sociale. Les écoles sont fermés et certaines ONG gardent leurs employés à la maison depuis dimanche. Imaginez comment on arrive à prendre en charge le choléra dans ce genre de contexte … On s'attend donc à ce que deux des trois têtes se retrouvent sur les affiches électorales dans les prochaines semaines. Pour ce qui est de se retrouver sur la carte des restos, je m'engage à essayer et à discuter avec le chef pour connaître la technique. Tant qu'à se manger la tête ...

lundi 6 décembre 2010

La Pavoni à piston

Enfin arrivés à Rome. Je l’ai écrit je ne sais plus quand (on perd l’horaire dans les méandres du décalage du même nom), attendre dans des aéroports et dormir dans des avions, c’est comme aller à la toilette dans une bécosse, c’est rarement pleinement satisfaisant. Près de 30 heures en tout, des retards et des retards. Il pleut-neige en Europe et les avions n’ayant pas de pneus d’hiver… Première soirée à se promener dans le quartier du petit appartement que nous avons loué, j’ai déjà des ampoules aux pieds. Pas que mes souliers sont neufs, c’est que mes pieds perdent l’habitude marcher dans cet Ayiti chérie. Dans Le Monde d’hier, un long article sur la contamination népalaise en Haïti. Je parle du choléra. Un scientifique français fait le pas que personne n’avait osé faire jusqu’ici (même lui en début de semaine dernière). Je ne sais pas trop comment les haïtiens vont réagir, je n’ai encore rien vu dans leurs médias. Il faut dire que les résultats des élections vont occuper tous les journalistes pour les prochaines 48 heures… Quant à nous, les élections haïtiennes vont occuper le temps de notre fouinage sur le Web, pas que ça ne nous intéresse pas, mais on n’a d’autres responsabilités pour les prochains jours. Je pensais m’ennuyer de ma cafetière à piston La Pavoni que j’ai abandonnée pour un mois à PAP, mais disons qu’il y a ici ce qu’il faut pour que la séparation ne soit pas trop difficile. Je vous raconterai.

samedi 4 décembre 2010

L'attente

Voyager est toujours intéressant, c’est se déplacer qui tue. L’aéroport a été inventé pour attendre. Attendre la famille qui revient, attendre le prochain avion. L’un et l’autre sont toujours en retard, l’un à cause de l’autre. Notre comparse Ben Laden ne fait rien pour nous simplifier la vie des preneux d'avion. Enlever ses souliers trois fois en moins de 15 minutes, sortir le portable, passer à la fouille… Lorsque je quitte Port-au-Prince, je vois toujours ces ayisien se dépatouiller avec les douaniers, américains, canadiens ou français. Visas, assurances rapatriement, viser le passeport prend toujours plus de temps. Une forme de profilage racial … Le choléra est le nouveau venu du risque haïtien. Imaginez-vous les pays voisins (amis en fait !) qui sont plutôt inquiets de voir débarquer trois cents personnes qui viennent d’Haïti. En Guadeloupe, on a été accueilli par un bonhomme hautement sympathique qui nous invitait très fortement à nous laver les mains et surtout, à nous rendre chez le médecin dès que les symptômes connus se manifestaient. ‘Ici, on peut s’occuper de vous, on n’a du sérum de réhydratation, des médicaments, des bons médecins…’ Notre animateur a réussi à nous pointer comme des pestiférés potentiels, tout en se rendant sympathique. Il a agrémenté l’attente.

vendredi 3 décembre 2010

Parler Minustah à une population qui comprend le créole


Je ne suis pas du tout spécialiste des communications, mais j'avoue que depuis quelques semaines, l'idée d'envoyer mon CV à la Minustah m'a effleuré l'esprit (preuve irréfutable que j'ai de l'esprit). Comment, par exemple, gérer plus malhabilement les communications publiques que dans le dossier du choléra ? Imaginez-vous avec votre timoun de 4 ans dans une verrerie. Vous êtes au comptoir en train de payer et pendant que la caissière grille votre carte de crédit, une bonne centaine de flutes de champagne s'allongent bruyamment sur le plancher, juste au pied du timoun. Personne d'autres dans le magasin et il ne semble pas que bagay la ait refait des siennes. Vous ne croirez certainement pas le petit 'pa fot mwen' (pas de ma faute) qui sortira tout doucement de la bouche coincée de votre héritier. Mem bagay avec le choléra. Tout pointe vers la Minustah, ça ne prouve rien c'est vrai, mais disons que ça regarde mal ! Au plan de la perception publique du moins. La maladie se déclare chez des riverains qui vivent juste en amont d'un camp de la Minustah (riverain lui aussi) où des soldats Népalais sont installés depuis une dizaine de jours. Le microbe est de cette région de la planète et, comme par hasard, le Népal est un pays où la maladie est endémique, proche de l'alerte épidémique selon un rapport de l'OMS du mois d'août dernier…. Je me répète, mais ça regarde mal. Donc au lieu de calmer le jeu, les spécialistes des communications de nos amis des UN se sont mis tout de suite à crier sur tous les toits 'pa fot nou' (pas de notre faute), en langage plus diplomatique bien évidement. Il y a quelques jours à la radio, le grand patron de la Minustah a reconnu que 'peut-être que peut-être' il restait 'peut-être' une hypothèse faible (mais très très faible) que ce serait 'peut-être' des soldats de la Minustah qui avaient apporté cette bibitte en Ayiti. Mais si c'était le cas, c'est très peu probable mais quand même, ils ne l'auraient pas fait exprès… !! On est ébahi… Imaginez si le chef de la Minustah avait pris le micro dans les premières minutes pour dire : On prend ça au sérieux, des équipes de scientifiques vont étudier la question et produiront un rapport, on fait tout ce qu'il faut pour nettoyer cette base et vérifier/nettoyer toutes les autres et, surtout, on rend disponible des équipes et du matériel pour organiser les soins. Merci madame, mais le département des plaintes étudie actuellement la question et d'ici à ce que la réponse soit disponible, voici ce que l'on vous offre pour atténuer les inconvénients. Le deuxième dossier de communication à revoir est celui des élections. On ne peut pas continuer à se promener de poste de radio en poste de radio pour répéter qu'on n'a jamais vu de belles élections comme ça en Ayiti. Que oui, il y a eu quelques petits problèmes techniques, mais que sur le fond, 'tout bagay anfom' (tout va bien). C'est la déprime démocratique généralisée, le festival du n'importe quoi démagogique, la crise politique est sur le bord d'être sur le bord !!! Au plan de la crédibilité, disons que ça ne frappe pas très fort et que ça rappelle à la population haïtienne que même si on vit sur la même bout de terre, on ne vit pas dans le même monde. Finalement, il y a cette déclaration d'hier : Si ça continue à ne pas bien aller, on s'en va !! Le genre de proposition que tu n'es mieux de pas répéter deux fois, disons que tu pourrais donner des idées à certaines personnes. La grogne contre la Minustah est la façon la plus facile d'instrumentaliser la violence dans ce pays où l'insatisfaction se dissémine plus efficacement que le choléra. Comment en arrivent-ils à offrir à ceux qui sont capables de mobiliser ces frustrations, une occasion supplémentaires de sortir dans les rues et de tout détruire ? Les violences des dernières semaines contre les casques bleus ont touchés presque toutes les principales villes depuis deux semaines : le Cap-Haïtien,Ouanaminthe, Hinche, Mirebalais, St-Marc, les Gonaïves, Jacmel, Port-au-Prince. C'est du langage diplomatique vous me direz, je leur envois mon CV quand même !!

jeudi 2 décembre 2010

D'un messie à l'autre


Quand Wyclef a voulu se lancer dans la campagne, je me souviens de textes qui mettaient en garde la population contre la venue d’un nouveau messie. Après l’épisode Aristide, ces auteurs souhaitaient rappeler les risques associés à ce genre de personnalité charismatique, capable de mobiliser les foules mais capable aussi de foutre un peu plus le bordel dans le fonctionnement d’un État. Pour plusieurs, les images de Martelly et Wyclef sur une voiture en train d’animer une foule ‘heureuse’ en plein jour de deuil démocratique faisaient un peu ‘cheap’. Racoleur en fait ! De la même manière que les gens de l’Inite se seraient rendus grotesquement dans les centres de vote avec des urnes remplies de bulletins complétés, Martelly aurait bien compris le pouvoir démagogique que son statut de vedette lui donne. Ses accointances avec Wyclef s’inscriraient dans cette même logique. Il est sorti du bureau de vote dimanche en se déclarant vainqueur, peut-être sera-t-il capable de mobiliser des masses à manifester dans les rues pour en faire le vainqueur, ou celui qui devra passer au deuxième tour. Politiquement, il semble être devenu incontournable en fait, peu importe les résultats des urnes. Un collègue me rappelait que Martelly est en train de s’inscrire dans la même logique messianique qui a amené Aristide à la Présidence. C’est une terre parfaite pour les messies et il pourrait trouver une bonne frange de la population prête à prendre la rue pour l’appuyer. D’ici le 7, il va continuer à faire monter la tension et s’il ne passe pas au deuxième tour, j’avoue que je préfère être ailleurs et suivre le tout à la télé. On quitte samedi pour des vacances à Rome, je vais en profiter pour demander une audience au Pape, il parait que dans la business des messies, c’est le spécialiste.

mercredi 1 décembre 2010

Négocier les résultats des élections : Vive les vacances


- On nous prend pour des imbéciles.
- Asefi, tu y vas fort ! Qu’est-ce que tu veux dire ?
- Ne joue pas le même jeu qu’eux !! Dans le fond, comme haïtienne, je me suis encore une fois déplacée pour rien, tout le monde est autour de l’exercice de tabulation des procès verbaux et on négocie les gagnants et les perdants.
- Tout le monde …
- Les quatre ! Martelly est rendu incontournable politiquement, Manigat l’est depuis le début de la course. Dans la ferveur médiatique, ce sont les gagnants. L’Inite est aussi là, ils ont toujours le pouvoir qu’ils ne veulent pas perdre. On va négocier pour qu’ils conservent le contrôle des deux chambres. Et finalement, les blancs qui arbitrent ce débat surréaliste. Je te donne deux % à PAP si tu m’en laisses cinq aux Cayes…
- Le CEP lui ?
- Un faire-valoir pour le quatuor. Le CEP ne peut plus marcher dans le sentier que l’Inite lui avait dessiné, il laisse donc tomber sa fonction technique et promulguera les résultats qui auront été négociés par les quatre amis.
- L’image est forte effectivement, quatre personnes assises autour d’une table en train de se partager le deuxième tour et le pouvoir.
- T’as remarqué ? Célestin est disparu depuis dimanche… Depuis sa mésaventure au bureau de vote dimanche dernier, on ne l’a pas revu. Même le parti ne l’a pas sorti lors de la conférence de presse d’hier !!
- J’ai compris qu’ils avaient lancé la serviette effectivement, ça ne va tout de même pas diminuer la pression. Tout le monde continue de pousser sur les résultats ou sur l,annulation du scrutin.
- Diminuer la pression est le seul intérêt des quatre qui négocient. Peu importe si les résultats représentent la volonté populaire. Depuis trois jours tout ce qu’il y a d’officiels dans ce pays ou dans cette communauté internationale est venu nous raconter que les choses se passaient généralement dans l’ordre, et que les petites poussières allaient être balayées sous le tapis.
- Bof, diminuer la pression… Je vois les réactions de certains partis qui nous annoncent des manifs pour les prochains jours, le parti du pouvoir qui revient aujourd’hui sur ses déclarations d’hier, je ne vois pas vraiment en quoi la pression puisse diminuer. En fait, d’ici mardi prochain où les résultats officiels seront publiés, la pression ne devrait faire qu’augmenter. Bien égoïstement, l’important c’est que je vais avoir levé les pieds.
- Lever les pieds …
- Je pars en vacances le 5, samedi prochain.
- Où tu vas encore ?
- Comment ça ‘encore’ ? Je t’ai dit, pour continuer à aimer ce pays-là, il faut que je le quitte de manière régulière. Une espèce de relation passionno-destructrice. Un couple qui se laisse aux deux mois et qui n’en peu plus de ne pas se voir après 4 jours.
- Tu pars pour 4 jours…
- Non, 4 semaines. Je reviens avant le deuxième tour. Ne t’ennuie pas trop vite, il me reste deux jours à te questionner.
- Labadie, ne t'inquiète pas pour moi, il n'y aura rien ici pour que je m'ennuie.