samedi 8 janvier 2011

Marcher dans ses décombres




Le 12 janvier 2010, vers 22h00, on entamait une bouteille de vin et des pâtes avec deux inconnus. Besoin de décanter j’imagine, et on ne parle pas du vin. Jo et moi avions été chercher Chantal Guy et Ivanoh Demers, deux journalistes de La Presse coincés dans le stationnement de la Villa Créole transformé en salle de chirurgie. Ils avaient vécu le tremblement de terre dans l’hôtel, Chantal en a fait de très beaux textes, Ivanoh de très belles photos (voir la une de La Presse). Les trois premiers jours de l’aventure ont été vécus dans une forme d’intimité avec ces deux étrangers. Se soude on ne sait quoi. Ivanoh est en ville depuis mardi pour suivre les activités entourant le premier ‘anniversaire’ de bagay la. Aujourd’hui, on a passé la journée ensemble à faire de la photo. Il voulait absolument retourner à la Villa Créole, marcher dans ses décombres. De la chambre où tout s’est écroulé, il a fait deux fois le trajet qui l’avait amené vers la sortie ce soir là. Il comptait les pas, divisait par le nombre de seconde de la grande secousse, ... Je voyais des idées se bousculer dans sa tête, ses pommettes sont devenues rouges et ses lunettes se sont embrouillées. Besoin de comprendre, d’attacher les fils qui trainent. Lundi, Chantal arrive à la maison. On va ouvrir une autre bouteille et manger des pâtes.

vendredi 7 janvier 2011

Ayiti est un perron d’église


Dans ma mémoire de ti-cul, il y a ces images de perrons d’église. Là où le village où la petite ville se réunit le dimanche après la messe pour placoter. Prendre des nouvelles de l’un et de l’une. Impressionner les autres avec des nouveaux souliers, une nouvelle bedaine, une remplaçante à la défunte, … J’ai vu les mêmes scènes sur des perrons d’église en Italie. Ayiti au complet est un vaste perron d’église. Partout, on placote et on parade. C’est par l’autre qu’on est beau ou intéressant. Qu’on existe à la limite. Depuis notre retour à PAP, je ne fais que saluer des gens que je croise. Des connaissances, des collègues, des amis. Impossible d’aller à quelque part sans saluer une connaissance. Imaginez pour les haïtien. Petit pays

jeudi 6 janvier 2011

Le rapport est prêt

Deux pays, deux sources d'information mais un seul titre. Le site de Radio-Canada qui titre 'Le rapport est prêt' en parlant de la Commission Bastarache. Alors qu'ici en Haïti, un chaîne de radio présentait son bloc de nouvelles en titrant lui aussi 'Le rapport est prêt'. Ça concerne le travail effectué par l'équipe de l'OEA pour le recomptage du premier tour. Les comparaisons s'arrêtent là même si dans les deux cas, des politiciens flirtent avec la corruption.

Tourner en rond


- Hey Labadie, de retour ?
- Wow, t’aurais dû travailler dans l’équipe de Sherlok Holmes !
- Arrête de me niaiser, jusque là j'étais contente de te revoir.
- T’en es presque à me dire que tu t’étais ennuyée...
- Je t’ai dit d’arrêter de me niaiser, on dirait que tes vacances ne t’ont pas permis de recharger ta batterie.
- Labadie mon nom, pas la batterie ! Sérieusement Asefi, mais vacances ont été tout ce qu’il faut que des vacances soient. En plus, tu m’as manqué. Je me suis ennuyé de toi et de nos discussions qui tournent en rond.
- Nos discussions auraient effectivement tourner en rond au cours des dernières semaines. On n’en est au même point aujourd’hui que quelques jours après ton départ. On attend toujours de connaître les résultats définitifs du premier tour avant de pouvoir lancer le deuxième. C’est comme la reconstruction, on ne voit pas d’évolution.
- Mais l’équipe de l’OEA qui est là pour le recomptage ?
- L’OEA peut faire quoi de plus ? Discréditer le CEP en sortant des chiffres complètement différents ! Peu importe ce qu’il en sortira, il y aura des mécontents. Peu importe si c’est Martelly ou Célestin qui passe au deuxième tour, il y aura des mécontents et des troubles dans les rues. J’espère que tu as des provisions à la maison.
- Je suis effectivement passé au market pour acheter quelques bouteilles de vin et de rhum, il y a de ces problèmes qu’il est préférable de noyer dans l’alcool. Il n’y a pas une canne de conserve qui fait la job.
- Effectivement, ça tourne en rond !
- Non non, sérieusement, j’avoue que je ne sais pas trop comment on arrivera à se sortir de ce guêpier sans qu’il n’y ait un peu de casse.
- La petite casse, on s’habitue. Le problème est qu’après cette petite casse, on risque de ne pas pouvoir tenir un deuxième tour dans de bonnes conditions, installer un président et un gouvernement ‘confortables’, ... tu vois le genre de complication à long terme ! Dans les rues, on parle de plus en plus d’une tutelle internationale pour pouvoir enfin lancer la reconstruction. J’avoue que je ne sais pas trop où on s’en va.
- C’est effectivement une condition pour tourner en rond.

mercredi 5 janvier 2011

Climat de retour

Je ne parle pas de la température, les Caraïbes, c’est les Caraïbes… Je parle plutôt de ce à quoi je faisais référence dans mon dernier billet. La crise politique chauffe la place. On s’attend à ce que la mission de l’OEA donne son rapport d’ici vendredi, ce qui permettrait de confirmer de manière définitive les résultats du premier tour. Autre brûleur sous la marmite, plusieurs demandent le départ de Préval pour le 7 février, comme prévu à la constitution. Dans les faits, le gouvernement a entériné les textes législatifs nécessaires à ce que Préval reste en poste jusqu’au mois de mai. Ces textes ont été mis en forme dans les mois qui ont suivi le tremblement de terre et devaient éviter que le pays se retrouve sans ‘tête’ dans le contexte où les élections ne pouvaient être organisées dans les délais prévus pas la constitution. Les élections ont effectivement eu lieu dans le délai prévu, mais pour la forme… L’enjeu est que le deuxième tour ne pourra avoir lieu avant février et l’installation d’un nouveau gouvernement avant la fin du mois de mars. Malgré tout, ils sont plusieurs à exiger le départ de Préval le 7 février, Martelly entre autres. Le dernier brûleur sous la marmite est la sortie de madame Manigat contre les organisations internationales et les ONG. Elle frappe dans les dents. On peut comprendre que politiquement il est facile et payant de surfer sur l’anti-ONGisme ambiant, mais elle est allée un peu plus loin hier en visant les ‘personnes’ qui travaillent au sein de ces organisations. Faisant référence à nos conditions de revenues (salaire, per-diem, primes de sécurité, …), elle se demandait quel était notre intérêt réel. Il y a ici un questionnement (nécessaire selon moi) concernent le fonctionnement et l’impact des organisations d’aide ou de développement qui sont installées. Le problème est davantage criant depuis le 12 janvier dernier, le silence des près de 10 000 organisations présentes seraient de plus en plus assourdissant : Moins de 500 d’entre-elles transmettraient à l’État haïtien les informations relatives à leurs activités malgré les demandes répétées de ce dernier. On se questionne donc ‘formellement’ sur cet apport que plusieurs n’hésitent pas à définir comme une perte pour le pays. L’exemple le plus souvent cité est cette fuite massive des cerveaux (ceux du public comme ceux du privé) vers les ONG et leurs conditions salariales plus avantageuses. On suit la suite ...

lundi 3 janvier 2011

On rentre chez nous


Moins de 12 heures et on remet les pieds en Ayiti. Sentiments ambigus pour les prochains jours. D’un côté le goût de participer aux événements qui permettront de souligner le tremblement de terre du 12 janvier 2010. On imagine une grande charge émotive qui se matérialise dans un climat d’empathie. Même le choléra n’empêchera pas les ayisien de s’embrasser et de se toucher. De l’autre bord, les inquiétudes relatives à l’imbroglio électoral... On verra ce qui prendra le dessus !!

dimanche 2 janvier 2011

La désespérante espérance


Les vacances, c’est comme tout le reste, il y a toujours une fin. Vous dire comment elles ont été bénéfiques ... impossible. J’ai parlé avec des proches à plusieurs reprises dans les dernières semaines et ‘LA‘ question qui revient dans la tête de plusieurs est la suivante : Est-ce qu’il y a de l’espoir pour Haïti ? Une partie de ma réponse concerne le drame humain que vivent plusieurs des haïtiens que je côtoie. Ceux-là qui ont fait le choix de fonder famille et de travailler en Ayiti. Je les vois aujourd’hui indécis, contrariés, hésitants. Un peu comme si les événements de la dernière année avaient fait écrouler les derniers étages du château de cartes qu’ils maintiennent à l’abris des vents depuis des décennies. Je pense aussi à ceux qui n’ont jamais eu les moyens de quitter et pour lesquels Haïti ressemblent encore davantage à un emprisonnement à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle.
- Labadie !! Je ne veux pas savoir ce que les autres en pensent, je veux savoir si tu penses qu’il y a de l’espoir.
- Sur RFI il y a quelques semaines, j’écoutais l’entrevue d’un blueseux (musicien de blues) venu du Mali (j’ai oublié son nom !!) qui parlait de l’Afrique en disant que sa seule obligation était de garder l’espoir. Qu’il lui était interdit de perdre l’espoir en une sortie de crise perpétuelle de ce continent.
Tu fais chier avec tes réponses alambiquées qui ne veulent rien dire, un vrai politicien !!
En fait, c’est l’espoir qui me désespère. C’est parce que trop de monde sont dans l’espérance qu’il n’y a pas d’espoir.
C’est exactement ce que je disais, tu fais chier....