samedi 7 mai 2011

Conditions propres au pays


Les Nations Unies ont publié cette semaine les conclusions définitives du rapport d'expert internationaux sur l'origine de l'épidémie de choléra. Langue de bois pour langue de bois, on peut faire la compétition avec qui vous voudrez. Chose certaine, on prend presque les haïtiens pour des imbéciles et ce n'est pas qu'ils ne chavirent pas tout qu'ils le sont, c'est par nature qu'ils ne chavirent rien. Ils ont appris de 1804 et ne veulent plus recommencer. On apprend donc de manière officielle que la souche est d'Asie du Sud (c'est confirmé depuis novembre) et que plusieurs "conditions propres au pays" ont favorisé l'épidémie. "Conditions propres au pays" réfère ici aux problématiques d'hygiène, à l'accès à l'eau potable et au traitement des eaux souillées, à l’absence d’immunité (!!!!), aux habitudes des riverains (se laver dans la rivière, arroser les champs et laver les aliments avec l'eau de la rivière, ...) et également certaines pratiques sociales comme se visiter ou commercer d'une commune à l'autre ou d'un département à l'autre. Merci de ne pas vous étouffer. J'essaie de me demander comment les ayisien auraient pu se dégager davantage de leurs conditions sanitaires et sociales pour éviter la propagation du choléra sans mourir d'autre chose, et je ne vois pas vraiment ! La seule chose intelligente dans ce qui a été rendu publique est la reconnaissance par la Minustah que la gestion des "activités humaines" (la gestion de la merde et des urines pour simplement parler) avait été déficiente à la base népalaise de Mirebalais. On propose donc que cette gestion maintenant resserrée de manière à éviter toutes contaminations. Ainsi, l'ensemble des installations des troupes des Nations Unies (ici ou ailleurs dans le monde) devront maintenant s'équiper d'un système qui inactive les bactéries pathogènes. Len conclusion, l’épidémie est donc le résultat d'une série de facteurs combinés qui, dans leurs interactions, ont causé la mort de plus de 4000 personnes … et se préparent à continuer pour encore plusieurs années. Scientifiquement, impossible d'isoler un de ces facteurs. La science, c'est souvent commode. Pour terminer, bien évidement, la Minustah ‘réitère sa profonde sympathie’ aux familles et s’engage à épauler les haïtiens dans sa lutte contre cette épidémie.

jeudi 5 mai 2011

Polis et mango twòp dous


9h45 à l'aéroport régional de PAP. L'avion de Tortugair a déjà deux heures de retard. Je viens de parler avec l'un des pilotes qui m'explique qu'il y a un petit problème mécanique qui devrait être régulariser bientôt. Ils ont fait 'a fly test' et on fait les derniers ajustements. Juste avant les derniers arrangements... On ne sait plus trop quoi faire, surtout que la place se remplie de personnes qui ont des billets pour le prochain vol ! Je sens que la journée va être épique. Pendant qu'on niaise avec quelques collègues, on parle politique bien évidement. J'apprends dans l'échange que la Minustah couterait 83 millions de $ ( US) au pays par année. Par année !? "Par année mon blanc." Je dis couterait, mais en fait, c'est la dette du pays qui, par année, augmenterait de ce montant. En fait, Haïti emprunte aux Nations Unies pour assumer la sécurité de sa population ... et celle des blancs qui résident ici. Wow !! La ligne est mince entre la naïveté et l'imbécilité, je ne sais pas trop si je ne la transgresse pas quelques fois ? Personne sauf moi n'est surpris. La Minustah est ici suite à une demande du Président Préval, c'est au pays d'en assumer les frais. Cette petite niaiserie de nos organisations des internationales sort dans le débat au moment où les anciens militaires demandent au nouveau Président de relancer l'armée (en passant, on nous rappelle que l'armée est toujours inscrite dans la constitution). Martelly, dont les liens avec l'armée seraient très intenses, serait très intéressé. Relancer l'armée haïtienne couterait autour de 50 millions par année. Belle économie... Notre avion a finalement quitté avec plus de 2h30 de retard, en fait il fallu attendre l'autre avion. La journée s'est terminée dans le même genre de brouhaha. On s'est fait coller deux fois par la PNH. Au deuxième essai, le policier avait 'spotté' le seul blanc de la machine et rêvait déjà à son chien-jambé (casse croute sur le bord des routes). Il nous a fait niaiser quelques minutes avant d'exiger qu'on sorte de la machine pour la fouiller. La polis (prononcer police) s'est approché de moi en me demandant si je parlais français et je lui ai répondu 'm'pale kreol' ! Il voulait voir mon passeport et je lui ai expliqué en kreol que je sortais avec mon passeport que lorsque je prevoyais passer une douane, mais que je pouvais lui donner une autre pièce d'identité. À la vue de mon permis de conduire haïtien, il est presque devenu blanc. Il a été forcé de subir les colibets gentils de mes collègues avant de nous laisser repartir. Dix minutes plus tard, on avait une pan kawoutchou sur la route, au Carrefour Jésus à Trou du Nord. Juste là où l'on trouve les meilleurs 'mango twòp dous' de la région (une variété de mangue appelée 'trop douce' tellement elles sont sucrées). Les petites vendeuses ont fait des affaires d'or.

Envoyé de mon iPad

Sandwich à la moutarde

Je suis assis dans le resto d'un hôtel au Cap-Haïtien et mes voisins sont des québécois. J'entends sans vraiment écouter jusqu'à ce qu'un des gars parle des sandwich à la moutarde. Je comprends que c'est le genre de mets dont il s'ennuie. Pas de sa dimension gastronomique, mais de ce je ne sais quoi d'insignifiant (d'indigeste même) qui nous accroche a 'chenou'. Dans mon assiette, il y a des acras et du pikliz, la Prestige est bien froide. Le sandwich à la moutarde peut attendre encore un peu.

Envoyé de mon iPhone

mercredi 4 mai 2011

Et ça continue


Vous étiez un peu tristes que je ne vous parle plus des élections haïtiennes ? Je le savais. Voici donc le nouveau, nouveau qui en fait est de l'ancien. Presque à tous les jours depuis deux semaines, je reçois des avis de sécurité sur mon courriel pour m'annoncer que tel coin du pays est à éviter, des routes fermées par des manifestants un peu désolés des résultats. J'écris désolés dans la mesure où selon les rumeurs (je sais, je sais), les gens ne sont pas vraiment en furie, mais on leur donne des kob et du klèrin (un alcool local) pour brûler des pneus et lancer des roches. Donc, les gens manifestent un peu partout parce que notre CEP national aurait trafiqué les résultats du deuxième tour (pour les deux chambres). Après l'annonce des résultats préliminaires, l'Inite n'obtenait pas la majorité tant souhaitee au sein des chambres. Il y a donc eu 19 contestations au Bureau de contestation nationale et hop, les 19 deuxièmes sont devenus premiers. L'OEA vient de publier un rapport qui détermine que les résultats préliminaires devraient être considérés comme ceux valides, que les nouveaux résultats ont été le fruit de manipulations partisanes. Pour augmenter un peu plus la pression sur le trio Inite/CEP/Préval, ll'ambassade américaine fait circuler une liste de personnes influentes qui devraient perdre leur visa si jamais les résultats ne sont pas ceux souhaités par  l'OEA ... La manœuvre avait bien fonctionné en février dernier pour  écarter Célestin du deuxième tour, et y installer plutôt Martelly. Pour le moment donc, c'est le chaos (ou presque) dans 19 circonscriptions et dans les deux chambres. Rappelons que le nouveau Président doit prêter serment devant ces chambres ce samedi mais que pour le moment, elles refusent de siéger tant que la situation de leurs 19 collègues ne sera pas régularisée. Ce sont aussi ces deux chambres qui devront entériner le choix du Président pour le Premier ministre et son équipe. Pour l'installation de Michèle Pierre-Louis en 2008, la danse avait durée 6 mois ... On a donc un Président du CEP qui est parti se cacher en République-Dominicaine, des députés/sénateurs qui poussent pour que Préval publie les nouveaux resultats dans le Moniteur (le journal officiel de l'État haïtien) afin qu'ils deviennent officiels, ainsi qu'une communauté internationale, des deputés/sénateurs et le President élu qui veulent qu'on retourne aux résultats d'avant les contestations. On continue à garder un oeil sur le dossier et on vous informe.

mardi 3 mai 2011

Je tombe sur le cul !

Je ne sais pas si c’est le recul (en ai-je vraiment un ?), mais j’avoue que je suis complètement abasourdi par les résultats de l’élection canadienne d’hier, et surtout, par les premières analyses que nos chroniqueurs politiques québécois nous ont pondues dans les dernières heures. Les résultats dans un premier temps m’apparaissent catastrophiques. Minoritaires, les conservateurs avaient des attitudes démocratiques qui faisaient peur, majoritaire maintenant, les journalistes n’ont qu’à bien se tenir. Il faudra quelques scandales bien sentis et une opinion publique nettement négative pour que ce gouvernement se garde une petite gêne. L’instinct de survie existe en politique. Quant à la droite sociale (j’ajouterais malheureusement ‘morale’), économique et environnementale, elle aura 5 ans pour s’incruster encore davantage dans notre vie politique. Le Devoir avait fait une série d’articles il y a plusieurs mois pour montrer comment cette droite morale avait été en mesure de prendre racine dans une fonction publique canadienne trop longtemps laissée aux mains des libéraux, le natural governing party. Vous dire que j’ai peur serait un euphémisme… Quant aux oranges maintenant bien installés au Québec, ils me font tout autant peur. J’essaie de m’imaginer la quantité de ‘poteaux’ installés par les néo-démocrates pour faire cette élection perdue d’avance il y a quelques mois, et je comprends qu’on sera représenté par des novices de 'gauche' (dont plusieurs sont souverainistes en plus ...). Je le sais j’en ai été. J’ai milité dans le Parti vert du Qc il y a plusieurs années et j’avais posé ma candidature sur le Plateau Mont-Royal. La stratégie est bien connue : tu défends des idées et tu tentes de développer une arme politique pour les faire évoluer, tu présentes des candidats partout, même des poteaux, question de ramasser assez de sous pour continuer ton action politique. J’avoue que si j’avais gagné à cette époque, j’aurais été complètement paniqué à l’idée d’avoir à accompagner la population, les groupes et les entreprises de mon comté dans leur développement. De représenter ces gens-là à l’Assemblée nationale. Je m’imagine donc comment plusieurs de ces néo-démocrates se sentent aujourd’hui. Lâcher la job qu’on aime, déménager à Ottawa et de laisser la petite famille 4 jours par semaine, travailler 6 jours par semaine, piloter des dossiers politiques et stratégiques pertinents pour le comté, … Il ne faut pas chercher longtemps dans notre mémoire pour trouver dans cette victoire néo-démocrate une ressemblance désolante avec l’ADQ d’il y a quelques années. Au moins, Charest était minoritaire … Finalement, j’avoue que les premières analyses de nos chroniqueurs politiques québécois me font tomber sur le cul. Je lis ‘changement de paradigme’, ‘changement profond’, ‘changement radical’, je lis aussi ces analyses d’un renouveau idéologique dans cette réorganisation gauche-droite de la vie politique, ou encore dans cette fracture de la politique canadienne souverainiste-fédéraliste. Un réalignement des astres (désastres…) ! Hallucinant, ça doit être une fatigue accumulée des 5 dernières semaines de campagne. Franchement, c’est un coup de gueule politique comme les québécois ont été capables d’en faire depuis la révolution tranquille (le PQ, le Bloc, l’ADQ et maintenant le NPD). La question maintenant est de savoir combien de temps va durer ce nouvel engouement pour l’homme à la canne et au cancer de la prostate ? L’engouement peut-être durer le temps d’un feu de paille, le problème c’est qu’on sait qu’on en aura pour 4 ou 5 ans à être représentés par ces oranges. Harper lui, n’est pas un feu de paille.

lundi 2 mai 2011

Nationalité


Comme aux États-Unis, certains s’inquiètent ici de la nationalité de notre Président. Est-il vraiment haïtien ? Ou plutôt, a-t-il renoncé à sa nationalité haïtienne pour épouser l’américaine ? C’est commun ici, dès que les gens en mesure de se déplacer vers le Canada, les États-Unis ou la France ont l’opportunité de coller leur photo sur un passeport étranger, ils en profitent. Disons que dans la vie en générale, un passeport canadien est plu avantageux à montrer qu’un passeport haïtien. Plusieurs de mes collègues haïtiens ont ce passeport étranger qui leur permet de voyager plus facilement, ou de se faire rapatrier en cas de petites complications naturelles ou sociales. Le hic, est que ces personnes vivent dans l’illégalité dans la mesure où la mère patrie ne reconnait pas la double nationalité. Haïtien et rien d’autre selon la constitution. On se retrouve ainsi avec plusieurs personnes qui voyagent avec deux passeports sans que l’État ayisien ne soit réellement au courant. Pas besoin de vous raconter à nouveau la petite expérience du livre bleu pour que vous compreniez que la fonction publique haïtienne éprouve certaines difficultés à émettre et à contrôler le (ou les !) passeport de ses citoyens. Personne ne sait vraiment qui a un ou deux passeports. On conserve donc son passeport haïtien tout en renouvelant en douce son passeport canadien ou américain. Est-ce le cas pour Martelly ? La question est posée, surtout que certaines ambassades auraient confirmé que son nom avait été associé à un numéro de passeport américain. Pas un vrai débat politique, mais le genre de petit crochet insignifiant sur lequel des ennemis peuvent s’agripper pour longtemps. Parlez-en à Obama ! Cette question de la double nationalité est actuellement sur la table. Préval avait lancé une réforme de la constitution qui entrouvrait cette porte, Martelly quant à lui, s’est engagé à l’ouvrir complètement. Le pari est que ces haïtiens qui sont devenus riches à l’extérieur du pays pourront plus facilement revenir investir ici si on leur reconnait la nationalité haïtienne. Il y a effectivement certains droits (droit de propriété par exemple) accessibles uniquement aux nationaux. Je suis également certain que plusieurs haïtiens de la diaspora qui ont déchiré leur passeport avec une petite larme dans les yeux, seront très heureux de reprendre leurs droits, peut-être même une partie de leur identité.

dimanche 1 mai 2011

L'homme en rose


Ça faisait déjà quelques semaines que je passais devant cette affiche Martelly en me disant qu'il fallait que je trouve le moyen de montrer sur le toit de la résidence voisine pour capter le tout avec mon kodak. Ce matin vers 7h30, le propriétaire me laissait monter sur sa toiture pour immortaliser cette publicité format géant devant un de ces mornes surpeuplé qui fait que PAP est aujourd'hui le scandale environnemento-social qu'il est. On est sur la route du Canapé-Vert, juste après Bois-Jalousie qui a tenu la secousse de bagay la, mais juste avant le secteur qui a glissé sous la rumba du 12 janvier 2010. Parmi les défis qui font la nouvelle vie de Martelly, il y a ces centaines de milliers d'haïtiens (ils sont peut-être quelques millions ???) à vivre dans un situation de précarité 'physique' évidente. Je sais que rien n'est une évidence, que tout doit être situé dans un contexte précis, mais là ..., c'est du sérieux. Ils sont donc des milliers de familles coincées à vivre dans ces environnement roulettes-russes qu'un ouragan, ou même une très grosse pluie, pourrait inscrire dans le concours olympique du bobsleigh à 4. Le problème, c'est que tout le monde va descendre en même temps ... Le goulot d'étranglement va en prendre quelques milliers à la gorge ! C'est le genre de défi qu'un nouveau président doit tenter de solutionner. Des familles louent des terrains ou des maisons à de faux propriétaires qui profitent de l'absence de contrôle de l'État pour coincer des familles dans ces secteurs domiciliaires  qui poussent comme des champignons sur PAP depuis des décennies. Les camps se vident actuellement (les ONG commencent à manquer de liquidité pour fournir de l'eau et du travail aux gens qui vivent dans les camps) pour relancer le développement de espaces illégaux et  ... meurtriers. Espérons que l'homme en rose puisse faire quelque chose !