samedi 16 juillet 2011

Le plastique


En créole, on dit sachè (sachet). Ce sont les sacs de plastique pour les québécois, et sac plastique pour les français. Alors qu’un peu partout dans le monde, pays riches comme pays pauvres, on les interdit, ici, on serait toujours à l’époque d’en faire la promotion. Je vous invite à prendre l’avion pour faire le test. Entrer dans une épicerie, achetez deux tomates, un avocat et un pied de céleri et vous vous retrouvez avec quatre sachè. Un pour les deux tomates, un deuxième pour l’avocat et un sachè doublé pour le pied de céleri. Ça peut être lourd un pied de céleri… À chaque fois, c’est le même exercice de déprogrammation de l’emballeur. L’environnement se retrouve donc envahi de ces fleurs qui volent au vent (il y a une histoire comme ça en Afrique du Sud où les gens se plaignent de ces ‘fleurs’ qui envahissent leur environnement), qui bouchent ce qui peut avoir d’égout et qui asphyxient les animaux incapables de les discerner. Je ne vous parle pas non plus des millions de bouteilles de plastique qui jonchent les rues ou les champs. L’individualisme peut même pousser à faire de l’espace publique la poubelle de tous !! Toujours est-il que les cash for work qui continuent d’assurer le revenu de certaines familles de Potopwins (Port-au-Prince en créole), se sont mis à la tâche de ramasser et entasser des milliers de bouteilles de plastique. On voit poindre des monticules de ces bouteilles un peu partout dans a ville. Je n’oserais pas à cette étape parler de récupération, on ne sait pas encore trop ce qu’on en fera.

vendredi 15 juillet 2011

Comme à Montréal


Le dentiste ... La dentiste pour dire vrai. C’est toujours avec le même bonheur quand je vais m’étendre sur la chaise de ce professionnel de la santé qui a fait des dents son pain et son beurre. Les mêmes aromes de produits chimiques qu’à Montréal, le même bruit de perceuse fine qui se répercute dans les oreilles après avoir été conduit par les mâchoires, les mêmes deux tuyaux dans la bouche pour aspirer ce qui peut rester nous rester d’aspiration coincé dans cette position, le même anesthésiant qu’il faut réinstaller trois fois pour bien finir la job… Toujours comme à Montréal, les orteils qui se crispent et de décrispent sans arrêt au bout de la chaise, les doigts qui agrippent le pantalon. J’adore, comme à Montréal. À la sortie, comme à Montréal toujours, j’ai payé le pain et le beurre de la dentiste et je peux vous dire que le pain et le beurre du dentiste ici coûtent près de 3 fois moins cher que celui des dentistes de Montréal. Encore trop cher toutefois pour 99% des haïtiens qui se trouvent des pseudos dentistes chez le voisin ou le ougan de la zone. Au prix que ça coûte, vaut mieux les enlever, ce sera des dépenses de moins.

jeudi 14 juillet 2011

Entendu ce matin à la radio

"En Ayiti, être honnête et intègre est un crime." Un professeur d'université qui réagissait au rejet de la candidature de Rouzier pour le poste de premier ministre.

mardi 12 juillet 2011

Le petit paquet


- C’est parce que Martely n’a pas mis de petit paquet sur la table.
Cetout fait souvent ce genre de phrase qui ouvre sur une interrogation. Silencieusement, il attend que je le relance pour pouvoir m’expliquer sa théorie.
- Le petit paquet …?
- C’est simple, les parlementaires fonctionnent aux petits paquets. Je ne sais pas si c’est Préval qui a inventé l’approche, mais il a su en profiter. En fait, Martelly n’a pas compris que pour faire passer Rouzier, il fallait qu’il offre aux sénateurs et députés un petit montant d’argent pour qu’ils appuient sa proposition. Ce petit paquet voisinerait les 15 ou 25 000 $US. Dans le cas d’une grosse décision comme celle du premier ministre, on parle sûrement de 25 000. Là, il pensait les coincer avec sa stratégie de les amener à sélectionner un certain nombre de candidats à partir desquels il ferait son choix, mais il n’a pas plus compris que nos politiciens n’ont d’engagement qu’auprès de celui rapporte le plus. L’idéologie politique en Ayiti fond sous les rayons chauds du soleil. Regarde bien les 16 qui ont publiquement affiché leur engagement à ne pas ratifier le deuxième choix de Martelly, en fonction de la grosseur du petit paquet, ils pourront changer d’idée.
- T’es en train de dire qu’ils auraient fait cette sortie que pour faire monter les enchères ?!?!
- Peut-être que tu commences enfin à comprendre !!

lundi 11 juillet 2011

Partie de bras de fer


La vie politique haïtienne devrait s’agiter cette semaine. Après le rejet de son premier candidat à la primature il y a deux semaines, Martelly a changé de stratégie. Il a proposé dix noms aux deux chambres et leur a demandé de retenir ceux qui seraient acceptables aux yeux des parlementaires, les gardiens de l’ordre constitutionnel. Des trois noms sont sortis gagnants de cette étape préliminaire, Martelly a choisi Bernard Gousse. Un gars qui été ministre de la justice à une époque où la justice justement a déraillé, le passage d’un gouvernement de transition (Latortue) suite au départ forcé d’Aristide. L’opération Bagdad lancée par les groupes criminalisés constitués et armés par Aristide (selon des rumeurs devenues informations depuis) avait mis le pays à feu et à sang, rendant ainsi nécessaire l’installation de la Minustah. À cette époque, l’État aurait procédé à des arrestations gratuites. Gousse à la tête du Ministère de la Justice a donc été incriminé, même par des sénateurs noirs américains, et a recommencé à l’être depuis que son nom est apparu dans les discussions entourant sa désignation. Déjà, 16 sénateurs ont signé une pétition pour dire au président que la candidature sera rejetée. Martelly semble garder son calme en rappelant que premièrement, il reste toujours 18 sénateurs qui n’ont pas affiché leur désaccord et surtout, il rappelle à tout ce beau monde que Gousse faisait partie de la liste qui lui a été proposée. On l’entend dire « il vous faudrait un peu plus de cohérence messieurs !! » On verra donc demain comment les choses se dérouleront pour la deuxième désignation, mais la fracture annoncée entre Martelly et les parlementaires se manifeste de manière toujours plus forte. Surtout que le président a annoncé qu’il n’y aurait pas de troisième désignation. À ceux qui avaient fait circuler la menace de sa démission, il a été aussi très clair, il compte rester en place pour les cinq ans prévues à son mandat. Une belle partie de bras de fer en vue. La question est maintenant de savoir qui sera le plus fort et surtout, d'où tirera-t-il sa force !!

dimanche 10 juillet 2011

Vierge offensée, politicien offensant


Durant ce week-end long et un peu trop arrosé (promesse d’ivrogne, j’arrête de boire), j'ai été témoin d'une scène tout autant absurde que révélatrice de l'état général de cet Ayiti cheri. Vendredi matin sur la route nationale no 1 en allant vers la côte des Arcadins, un barrage improvisé (gros cailloux ou bouts de branches) ferme une des voies. Deux casques bleus nous incitent à ralentir probablement pour mieux voir l'horreur de la scène. Le corps d'un homme complètement désarticulé git sur le sol. Le gars est probablement tombé de l'un de ces autobus qui font PAP-Cap-Haïtien à une vitesse que ni la mécanique ni les freins ne permettent. Sur le choc, on se disait que les casques bleus allaient assurer la suite avant l'arrivée de la PNH. Optimisme, quand tu nous tiens... Quelques heures plus tard, on a quitté la côte en destination de la maison (un gros nuage gris et sa pluie sont venus nous couper du soleil) pour revoir le même barrage improvisé, le même corps désarticulé gisant sur la route, mais plus de casques bleus. On a ralenti (qu’est-ce qu’on aurait pu faire !?) pour voir au loin une ambulance arrivée sur les lieux. En fonction de nos observations, le corps est donc resté sur la route au moins quatre heures sous une surveillance partielle des casques bleus, et une surveillance nulle de la PNH. Je pensais à ces vierges offensées haïtiennes (les haïtiens sont très bons pour jouer les vierges offensées) qui s'énervent dans toute la grandiloquence qu'on leur connaît, d'un manque d'égard (plus ou moins juste) à leur personne, à leur nation, ... Je pensais à ce sénateur bien connu qui cette semaine à la radio s'inquiétait de la dégradation des esprits depuis l’installation de la nouvelle présidence. On manifesterait un manque de respect flagrant pour l'honorabilité de la fonction de sénateur ou de député, fonctions définies par une constitution issue du sang des hommes de ce pays qui ont arraché la liberté aux ennemis de la nation ou aux dictateurs sanguinaires, ces pères de la première nation noire du monde, cette première démocratie issue des lumières. On devait respect aux descendants de ces grands hommes. Solennel, les trémolos dans la gorge, il rappelait que ces parlementaires, ces hommes et ces femmes qui forment le gouvernement national, méritent le respect dû à leur fonction à leur rôle dans la nation. Que personne n’était autorisé à entacher le blanc tissus de leur engagement pour le peuple ayisien. Dans le silence qui a suivi le passage devant cet humain déshumanisé, je pensais à l'honorabilité de sa fonction de sénateur, au respect des institutions nationales, de cette constitution presque sacrée (qui n'est en fait à peu près pas respectée). Les mots dans la bouche de ce politicien qui exigeait un respect ‘naturel’ attribué à sa fonction, puaient surement davantage que le corps qui se décomposait sur ce bitume chauffé par un 35oc caribéen. Il y avait dans cette image quelque chose de tellement révélateur du néant qui existe entre la hauteur du discours haïtien, et la bassesse du traitement qu’on propose réellement à sa population.

vendredi 8 juillet 2011

Questions

À suivre le cours des évènements de la vie politicienne haïtienne, quelques questions pop pop (ou pop popent pour les puristes !!) dans ma tête. En premier lieu, que veut vraiment le nouveau président ? J’ai discuté avec un expert de l’analyse politique il y a quelques jours qui se questionnait sur la stratégie Martelly : Est-il vraiment malhabile au plan politique pour proposer un (maintenant deux) premier ministre qui n’a pas de chances réelles de charmer les parlementaire, ou est-il à ce point machiavélique pour pousser sénateurs et députés à refuser toutes ses propositions au cours des prochains mois et créer ainsi une crise politique telle qu’il serait légitimé de dissoudre les deux chambres ? La suite logique n’est pas évidente : Il se lance dans des législatives qui lui donnent le contrôle du parlement ou on s’enfonce dans une dictature. Deuxième question, peut-on réellement appuyer la vie politique d’un pays sur une constitution qui impose un partage des pouvoirs, alors que l’idée du bien commun n’a pas de prise dans la culture politique du pays ? Je sens que j’ai besoin de m’expliquer … Je comprends de la constitution de 1987 qu’elle a été écrite par des individus qui voulaient à tout prix que l’époque fraichement révolue (la dictature duvaliériste) ne puisse jamais se reproduire. On a donc partagé des pouvoirs réels entre la présidence et les deux chambres (on a même interdit qu’un président puisse assurer sa fonction en deux mandats consécutifs, comme si on ne pouvait la différence une continuité présidentielle et une présidence à vie !!), ce qui rend l’exercice politique hautement chaotique. J’ai mis les pieds dans ce pays il y a trois ans et à l’époque, les parlementaires avaient refusé deux candidatures de premier ministre avant d’accepter Michèle Pierre Louis en septembre 2008. Un peu plus d’un an après, les parlementaires lui retiraient leur confiance pour permettre l’installation d’un nouveau gouvernement 100% Inite (les élections législatives avaient donné le contrôle des deux chambres au parti de Préval). Quelques mois plus tard, la vie politicienne a été bouleversée par ce fichu 12 janvier 2010, la stabilité s’étant enfin installée dans un contexte de stagnation devenu encore plus lucratif par cet investissement international gargantuesque. Sur ce point, Martelly s’est publiquement questionné sur l’impact des 4 milliards dépensés (il serait plus judicieux de dire ‘engagés’) depuis le séisme en rappelant qu’il avait fait de la lutte à la corruption l’un de ses principaux engagements...!!! On me semble donc assis sur une constitution qui favorise davantage l’instabilité politique, qu’elle ne propose un équilibre qui permettrait réellement de reconstruire (construire disent certains) cet Ayiti cheri. La dernière question, qui s’inscrit dans la continuité logique des deux précédentes, m’a été posée par un ami haïtien avec qui je partageais une pizza inmangeable : « Ne devrions-nous pas revenir à la dictature ? » Question tout aussi indigeste que la pizza pour un blanc du nord comme moi, mais question que plusieurs ayisien se posent. Terminé la pagaille stérile à laquelle se livrent les parlementaires et les partis, un président stable qui a le pouvoir de faire les réformes attendues. Bien évidemment, tous souhaiteraient que cette nouvelle dictature soit bienveillante et favorise le bien commun. Comme si on demandait à un loup de garder le poulailler, ce n’est peut-être pas impossible, mais ça me semble contre nature.