vendredi 9 septembre 2011

La pluie de la veille

À 6 heures du matin, les nuages trop fatigués de la veille n’arriveraient plus à se lever. Il a tellement plu hier soir, que Port-au-Prince n’a peut-être pas dormi !? Le petit bout de route entre la Place Saint-Pierre et Pélerin 9 (c’est là qu’on habite) a pris deux heures. Une partie des bordures de la route de Kenscoff a été emportée par les pluies. Le sentier de marche que je fais tous les matins depuis quelques semaines était presque devenu impraticable. Un des résidents de la montagne que je salue tous les matins n’avait pas envie d’être sympathique. Au téléphone, il parlait à Gabo pour qu’il vienne l’aider à vider l’eau coincée dans sa maison. Selon les infos publiées sur HPN, on comptait déjà quelques morts hier soir, des gens emportés par des ravines en crue. Des quartiers complets de la capitale auraient été inondés. Et dire que Maria hésite encore à nous placer dans sa trajectoire.

jeudi 8 septembre 2011

Planifier sa sortie

S’en va, ne s’en va pas … C’est le genre de dilemme pseudo cornélien sur lequel la Minustah arrive toujours à faire l’équilibriste. En fonction d’une certaine logique légaliste, il faudrait plier bagages, mais sur le fond de l’affaire, quitter risquerait de plonger la population et les expats dans un nouveau chaos. J’essaie de m’imaginer la réaction canadienne à un retrait de la Minustah, je pense que nous serions fortement invités à rentrer dans le froid. Ici donc, le ton a augmenté d’un ton (justement) au cours des derniers jours. La Minustah, outre le simple fait d’être une force d’occupation, a engrangé quelques gaffes au cours des dernières années, gaffes qui poussent beaucoup d’haïtiens à souhaiter son départ. Il y a des histories de viol, de meurtre, de vol, le choléra et la dernière en date, l’agression sexuelle de soldats uruguayens sur un jeune de Port-Salut, zone touristique du sud du pays. La grogne est si intense que « tous » les haïtiens ont vu la vidéo qui a circulé sur Youtube montrant les soldats en train d’humilier le jeune homme, tous même si probablement moins de 20% des haïtiens ont accès au Web ! Rien n’est encore confirmé (et ne le sera jamais…) sur la véracité de cette histoire de viol du jeune haïtien par des soldats uruguayens, mais la Minustah n’a pas pris de chance à remis ces joyeux soldats sur l’avion, un aller simple vers la maison. La vidéo (qui ne présente pas le viol mais une scène de domination franchement humiliante) est en soi assez choquante pour que le président uruguayen offre des excuses à son homologue et au peuple haïtiens. Les médias et la rue se sont emparés de l’histoire. Aux abords du Champs de Mars, on trouvait cette affiche où on invitait les masisi (homosexuels) à quitter au plus vite le pays. La Minustah répète aujourd’hui ce qu’elle répète depuis deux ans, qu’elle planifie son retrait. Martelly le répète également et parle de la mise en forme d’une force nationale capable de prendre la place que les soldats onusiens vont laisser. Son discours est moins décisif sur cette question, le bonhomme comprend que ses plus grands alliés dans le contexte politique actuel sont à l’extérieur du pays. Les forces politiques haïtiennes comme la fonction publique (dont la PNH) seraient plutôt à couteau-tiré avec un président qui prend une bonne partie de sa popularité dans le creuset de la désaffectation populaire envers les politiciens et fonctionnaires. Si la Minustah continue de se tirer dans le pied, on peut penser que son plan de sortie (auquel je ne crois pas du tout) confronte un échéancier un peu plus serré.

mercredi 7 septembre 2011

Le Cap

Cette photo a été faite sur le pont qui permet d'entrer dans la ville du Cap-Haïtien. Deuxième grande agglomération du pays avec ses universités et son hôpital universitaire. Tout le monde raconte que le Cap était la plus belle ville du pays. Les trente dernières années ont permis une lente descente vers, disons, la bidonvillisation. On peut bien voir que le cadre a sûrement été attrayant. La ville vit quelques émois depuis deux semaines, deux lieux de culte ayant été saccagés dont la cathédrale. Dans ce pays où la diversité des religions faisait enfin l'objet d'une paix relative. Il y a bien eu la lutte contre le vaudou, mais on serait dans une phase pacifiste depuis les dernières années. C'est sûrement pour cette raison que les responsables de tous les cultes s'unissent pour dénoncer ces actes. Pas besoin d'une guerre de religion dans cet enfer !!

La pêche

Pour faire suite à mon dernier billet. Aux petites heures du matin, ce pêcheur 'artisanal' sort de l'eau avec une prise qui lui permettra de nourrir la petite famille.

lundi 5 septembre 2011

La mer


Les ayisien sont comme les montréalais, ce sont des insulaires qui ne savent pas nager. Je veux dire qu’ils vivent sur une île sans trop sans rendre compte. À la mer ce week-end, on voyait ces familles débarquer de Port-au-Prince ou de Pétion-Ville, des maillots de bain tout neufs, les enfants avec des swim-aid bien gonflés et la panique des ‘bonnes’ de voir des ti-culs se mouiller jusqu’au cou. À la plage, on amène la bonne s’occuper des enfants, question de mieux siroter le whisky. Chacun son dimanche de congé. Je pensais à cette fausse insularité ce matin en traversant le pays en avion. On voit toutes ces villes ou tous ces villages dont les résidents n’ont jamais senti le sel de la mer. Pas d’argent, pas de temps, pas de transport. Claudette ou Jean-Claude nous ont déjà accompagnés à la mer avec … leurs enfants. Tu vois des familles haïtiennes qui mettent le pied dans la mer pour une des rares fois de leur vie. Je ne parle pas des villageois qui sont bercés par les côtes, eux, vivent dans l’eau. C’est l’une des réalités dont on entend presque jamais parlé en Ayiti. Pour le développement économique, on parle de tourisme et les zones franches. Peut-être y aurait-il des mines intéressantes dans le centre du pays ? Mais les pêcheries ? Absentes, la proximité de la mer ne sert qu’à inspirer une fraîcheur relative des produits proposés sur le bord des plages par les adolescents-pêcheurs. Jamais on n’aborde la mer comme stratégie de développement économique.

vendredi 2 septembre 2011

Bruckner


Deux des portes du salon sont ouvertes sur l’éclairage des étoiles. Jo, comme moi, est assise à son ordinateur. Je me garde ce qui reste du dernier Fred Vargas pour la plage ce week-end. Bruckner fait compétition aux grillons qui frottent leurs élytres (vive Internet !!). J’écoute Bruckner depuis qu’un fou d’Ayiti m’a dit que c’était son exutoire pour continuer à y vivre. Au lieu de prendre l’avion quand l’haïtianité le fait trop souffrir, il écoute Bruckner. Des écouteurs pour couvrir les sons de la vie haïtienne, la musique d’un orchestre allemand où 100 musiciens oublient l'individualité de leur extraordinaire talent pour participer à une œuvre collective. Une grande œuvre collective. C’est de cette façon qu’il m’a décrit son antidote contre la déprime. Depuis,... j’écoute Bruckner.

jeudi 1 septembre 2011

Et si on attendait novembre


Le sort du prochain premier ministre désigné a déjà commencé à se jouer. Celui qui est toujours sous les feux de la rampe, Dr Garry Conille, pourrait faire l’objet de plusieurs complications à la chambre haute. En premier lieu, un passionnant débat philosophico-politico-historiso-juridico-banane sur l’application des six critères définis dans l’article 157 de la constitution. Est-ce qu’ils s’appliquent tous de manière équivalent ? Si non, lequel ou lesquels pourraient être plus facilement négociable. Parmi ces critères, il y a celui qui détermine que la personne doit rester depuis 5 ans dans le pays. Le bonhomme travaille depuis quelques années aux Nations-Unies et en Afrique depuis au moins deux mois. La porte est donc ouverte aux élucubrations politiciennes pour nous offrir une longue et pénible joute oratoire, spécialité locale. Au plan de l’analyse stratégique, je fais une hypothèse. Martelly gagne du temps avec une autre candidature qui risque de se dégonfler, question de pousser le tout jusqu’en novembre où on devrait assister à des élections sénatoriales qui met entre autres dans la balance le sort de 9 des 16 sénateurs du G16, le groupe d’opposition. Bien jouer ces prochaines sénatoriales pourrait permettre au bonhomme de se constituer enfin une majorité dans la chambre haute. Pour la majorité de la chambre basse, l’affaire est déjà dans le sac. Vaut peut-être mieux attendre le mois des morts pour enfin gouverner.