samedi 30 janvier 2010

Plus besoin de PROZAC


On tient le fort, mais on ne l’est pas toujours. Fort je veux dire ! Il nous arrive d’avoir le caquet bas, un peu découragé par l’ampleur du défi, celui de maintenant comme celui de demain. À chaque fois que nous sommes dans cet état de fatigue-découragée, il se passe toujours on ti bagay (un petit quelque chose) pour nous transmettre une énergie nouvelle. Aujourd’hui, on a eu droit au genre de scène qui te booste de PROZAC pour la prochaine semaine au moins. En passant devant le camp de déplacés sied sur le terrain de soccer du parc Ste-Thérèse, on entend un chant. La bagnole s’est arrêtée toute seule. Elle s’est même stationnée toute seule ! Mon kodak m’a sauté au cou et je suis descendu entre les choristes et les danseurs. Une centaine de campeurs obligés chantaient et dansaient. Je faisais des photos pendant que Jo filmait le party et naturellement, sans savoir pourquoi et sans gêne de danser comme un 2X4, mon corps s’est déchaîné. J’exagère juste un peu, c’est pour l’effet. Mes voisins de piste de danse se sont mis à rire du blanc qui danse mal (désolé pour le pléonasme) et m’ont encouragé à continuer. Tout le monde a redoublé d’ardeur, petit moment de bonheur.

vendredi 29 janvier 2010

La mort n’arrive pas à se faire oublier


Se termine aujourd’hui une deuxième semaine complète après le brouhaha. Un peu partout, la vie trouve le moyen de sortir des décombres. Presque toute l’économie informelle a repris son pignon sur la rue ; marchandes de bouffe, de linge usagé ou de charbon, cireurs de chaussures, cordonniers, kawoutchou man, chiens jambés (les restaurateurs de coin de rue), taps-taps, … Même chose pour l’économie formelle. Au bureau, on accueille des équipes du Ministère de la santé et de l’Université d’État. Des gens qui recommencent à travailler, du moins à essayer. Ils ne sont que quatre fous (comme moi !) à travailler à l’intérieur de la maison. Toutes les autres moun (plus d’une vingtaine) travaillent dans le jardin, pas question de mettre sa tête sous un toit, même inspecté par une firme d’ingénieur. L’expertise scientifique et rationnelle d’un ingénieur ne pèse pas lourd contre un cœur shaké ! Même si les choses reprennent un semblant de normalité, la mort se rappelle toujours à nous. Une partenaire du Ministère vient de recevoir un téléphone, on a trouvé le corps de son jeune frère dans les décombres d’une des facultés détruites. Tous les jours comme ça, on croise une personne pas vue depuis le tremblement de terre qui nous fait la liste des pertes humaines dans sa famille, proche ou lointaine. Une autre pour te dire qu’elle est sans nouvelle de sa cousine qui travaillait dans l’édifice X et qui a l’allure d’un mille-feuille aujourd’hui ; ‘Elle venait de commencer à y travailler, c’était sa deuxième journée’. J’imagine qu’un jour, la mort ne fera plus partie de notre quotidien…

jeudi 28 janvier 2010

Le style colonial a tenu les secousses


Avec la Doyenne de la Faculté de médecine de l’Université d’État, on descend en bagnole vers le centre-ville ravagé. On zigzag entre les amas de béton qui jonchent les rues et on passe devant un édifice de l’époque colonial qui est bien droit sur ses bases. Un deuxième, un troisième, … Construites en bois, ces belles maisons à l’architecture coloniales ont mieux résistés aux secousses. La Doyenne laisse tomber : ‘Les maisons coloniales ont mieux tenus que les édifices modernes’. Il y a eu un petit silence de 10 secondes et j’ai lancé : ‘Vous parlez de l’architecture ou des structures sociales ?’. Elle s’est mise à rire sachant très bien ce à quoi ma question-blague faisait référence. Plusieurs pensent que le malheur qui s’abat sur le pays depuis plus de deux cents ans serait attribuable à son passage trop rapide dans le giron des pays indépendants. Des yaisien sont choqués de cette fronde à leur statut de première république à s’être libérée du colonialisme, comme si la liberté était toujours d’égale valeur, peu importe le contexte, peu importe l’époque. Un dogme ou quelque chose du genre. Cette idée qu’Ayiti soit devenu libre trop rapidement présuppose que la période coloniale n’aurait pas eu le temps d’instituer des pratiques et des structures sociales qui auraient pu survivre à une révolution. Ajoutez à cette idée le fait que plusieurs dirigeants des cinquante dernières années auraient détruits ce qui aurait pu être naissant, on s’est sûrement débarrassé de la période colonialiste trop rapidement. Les maisons quant à elles sont toujours debout ….

mercredi 27 janvier 2010

Il parait que le pays est au bord du gouffre


Vous pensiez avoir tout vu ! Il en reste encore et pas mal en plus de ça ! Parmi les impacts collatéraux de ce tremblement de terre pour nous, mais directes pour bon nombre de moun, est l’arrêt des activités à la Brasserie nationale d’Haïti. L’usine, remplie de bouteilles mais pas de moun au moment du séisme, s’est écrasée… La Prestige, gagnante du Word Beer Festival 2002, est la bière nationale. Les épiceries sont maintenant presque vides de notre bière préférée depuis un an. Pour dire vrai, c’est la seule mais elle est très bonne. Anpil fret à 36oC, elle fait plus que la job. Jo a réussi à en récupérer une dizaine dans le frigo d’une épicerie aujourd’hui. Elle se sentait un peu mal de vider le trésor national et en a laissé une pour le prochain assoiffé. Je ne sais pas trop comment les haïtiens vont réagir à cette nouvelle hécatombe, Je pense que le pays est au bord du gouffre !

mardi 26 janvier 2010

Plus besoin de planifier la reconstruction


Les aysien ont déjà commencé à reconstruire. Ils n’avaient pas eu besoin des autorités pour se construire n’importe où n’importe comment, ils n’en n’ont pas plus besoin pour lance la reconstruction. On voit donc des gens dans les mornes, relancer la construction de leur maison. La petite usine de bloc de béton à ciel ouvert sur la route qui mène à la maison, a recommencé à produire. Des gens fouillent les décombres pour récupérer feuilles de tôle et autre matériaux leur permettant de se redonner un toit. De la même manière, toute la vie a recommencé. J’ai vu cette voiture (voir la photo) circuler dans les rues de Port-au-Prince hier. Le propriétaire de la bagnole clairement écrasée par un bloc de béton, a des courses à faire, rien ne peut l’en empêcher. Le moteur, les roues et les freins fonctionnent toujours, pa gen pwoblèm !

lundi 25 janvier 2010

Lèd gen on pan kawoutchou


La panne caoutchouc (ou la crevaison) est une réalité haïtienne comme les faux-ongles en plastic sur le boulevard St-Laurent, il y en a partout. Pour le moment, l’aide a fait un ‘flatte’ comme on dit chez nous. Rien ne se rend aux sinistrés. Ni Judaine, Paul, Raymond, Benito, Marie-Carmel ou Thony, des employés de notre projet qui vivent dans des camps, n’ont reçu d’aide de l’État ou des organisations internationales. Nous leur avons assuré un accès minimal à certains produits (pâtes, riz, biscuits secs, fèves, café, conserves de légumes et de sardines), à de l’eau et à de l’argent liquide pour survivre, mais rien pour répondre à leur besoin. Dormir à la belle étoile peut avoir un petit quelque chose de romantique, mais le contexte ne se porte pas vraiment à ce genre de passion. La patience fait vite place au découragement et mes ‘jokes de mononcle’ commencent à perdre leur effet sur le moral des troupes. Il va me falloir des Nations Unies bientôt !

dimanche 24 janvier 2010

De la dignité à la violence


Après presque deux semaines, la vie réussit à se faufiler entre les blocs de béton montés en amas. Du spectacle désolant qui se montre à nos yeux, se dégage une vivacité qui fascine le blanc (étranger) que je suis. Une collègue me raconte que sous les débris de sa maison, on a trouvé sans vie son père, un ami et deux enfants en visite. Grâce à Dieu, elle, son mari et leurs deux filles sont en vie. Gras a die, aussi simplement que ça ! A 32 °C, les espoirs fondent rapidement, il faut donc enterrer la mort et permettre à son antonyme de reprendre une place. Il faut aussi signifier à Dieu qu’on a compris son message et lui rendre grâce pour voir épargné ceux qui l’ont été. On parle beaucoup de la force et de la dignité de ce peuple qui chante sa souffrance dans les campements de déplacés le soir venu. Cette dignité prend le bord quand après 12 jours sans un vrai repas, les services d’aide trébuchent. La violence est assise sur le bout e sa chaise. De la bouffe pour 3000 alors que le camp en compte au moins 5000, des retards de plusieurs heures dans la distribution, des services de sécurité inadéquats, … On voit les grandes difficultés de l’État haïtien à connaître et à contrôler la constitution de ces camps qui ont poussé comme des champignons. Quant aux organisations qui ‘débarquent’ en Haïti, elles n’ont pas nécessairement une connaissance adéquate du terrain pour bien distribuer l’aide. Devinez qui en paie le prix ?