mardi 31 mai 2011

Les habitués


L’habitude est cette faculté qui peut rendre aveugle, sourd ou anosmique (perte de l’odorat). Dans certains cas hautement pathétiques d‘habitude, les trois facultés sensorielles s’éteignent en même temps. C’est  à peu près ce qui se passe ici autour des camps. Il y a bien évidement quelques bourrasques entourant la situation des camps qui ont suivi notre cher ami bagay la dont on ne parle presque plus. L’habitude je vous dis. Des bourrasques comme celle du maire de Delmas la semaine dernière qui est entré dans un camp (plus ou moins un vrai camp selon des rumeurs) avec des bulldozers pour débarrasser la population de ces cachettes à brigands que seraient devenus les terrains de camping urbains. Il y a aussi certaines bourrasques soufflées par des organisations internationales qui souhaitent mieux reloger les sinistrés. Mais sur le fond, le nombre de sinistrées serait passé de 800 à 600 000  au cours des derniers mois. Vous dire qu’il reste du travail à faire … Hier, en passant dans un des grands camps du bas de la ville, je suis sorti de la machine pour faire un petit safari photo de 3 minutes. Immortaliser le tout pour faire revivre la réalité, celle que l’habitude transforme malheureusement en souvenir.

lundi 30 mai 2011

Chita !


Chita, ou assoyez-vous en kreol. On entend cette phrase dans presque tous les lieux où l'on pose les pieds ... avant de poser le cul. Les haïtiens détestent vous voir attendre debout, même 30 secondes, c'est avouer que l'on vous a mal accueilli. J'avais un rendez-vous la semaine dernière et la réceptionniste était dans ses petits souliers, je voulais rester debout. "Vous ne comprenez pas monsieur, madame va comprendre que je vous ai mal accueilli." "Avec votre sourire madame, je n'arrive pas à m'imaginer que l'on puisse être mal accueilli, les fesses bien assises sur un chaise ou non." Ma charmeuse tentative n'a pas eu d'effet contre les attentes socialement définies d'une  patronne qui tient à un certain statut. J'ai pris un temps à comprendre la signification de l'intensité de cette proposition et j'avoue que je lutte toujours un peu contre elle. Comme une stratégie pour créer un moyen de pression : "J'attends, je suis pressé." Parce que faire attendre ici est aussi un moyen d'inscrire son rapport de force, son statut. C'est la même chose chez nous, mais la ponctualité est aussi une qualité qui démontre que "l'autorité" a le contrôle sur son propre agenda. Elle fait contrepoids sur l'élasticité du concept de présence, "j'ai le statut, donc je suis là !" Pour le moment, chita et attendez.

dimanche 29 mai 2011

Un petit chat est un chaton


«Un petit chat est un chaton. Le chaton buvait du lait.» Merci de copier ces deux phrases, c’est votre exercice de la journée. C’était du moins l’exercice du 27 mai 2011 que des élèves d’une classe de Kenscoff où on a passé une bonne partie de l’après-midi d'hier. Ils sont plus d’une soixantaine de timoun de 4 à 16 ans à suivre des cours dans cette salle grande comme mon salon et ma salle à manger combinés (si vous êtes gentils, je vous ferai visiter notre maison un jour...). Probablement 4 ou 5 tableaux pour un contenu et des exercices adaptés aux différents groupes d’âge, tout ce beau monde dans le même espace. La tolérance, j’en suis certain maintenant, est une qualité qui se développe. Ces jeunes, et cette classe en fait, sont dans la mire de notre nouveau président qui veut veut voir sa principale promesse se concrétiser dans au moins un département (le Sud) pour septembre prochain. Le gars (et son acolyte premier ministre toujours en attente de confirmation) avance sérieusement avec son projet d’écoles gratuites et obligatoires, un peu trop sérieusement au goût de plusieurs. Certains cette semaine invitaient notre nouveau président à tenter de réfléchir à la nuance entre rapidité et précipitation... Il a donc lancé cette semaine le Fond National pour l’Éducation (FNE) qui sera entre autres financé par des taxes perçues sur les appels et transferts entrant de l’international, de la diaspora en fait. Asefi fait partie de ceux qui trouvent que le nouveau président va trop vite et bouscule un peu trop les habitudes politiques du pays. Déjà, des députés réagissent en rappelant au Président que même s’ils partagent sa vision pour l’enseignement, qu’il doit quand même respecter les lois en vigueur et respecter le ‘législatif’ s’il veut faire avancer ses dossiers. La diaspora serait-elle aussi un peu sur les dents dans la mesure où au même moment où on lui demande de financer cet engagement, le président et son acolyte proposent d’intégrer le Ministère des Haïtiens vivant à l’étranger au sein du Ministère des affaires internationales. On voit donc notre nouveau président s’inscrire dans ses premières luttes politiques avec une fougue que plusieurs qualifient de juvénile. Les règles ‘en vigueur’ dans la vie politicienne haïtienne s’en voient quelque peu bouleversées et le pays compte assez de vierges ‘offensables’ pour s’en scandaliser. En fait, c’est la guerre de fond annoncée qui se joue actuellement : Transformer ou maintenir le système politicien en vigueur. Martelly a inscrit son discours de campagne dans ‘l’anti-politicien’ et dans le changement alors que ces adversaires parlaient de lui comme un incompétent inculte de la vie politicienne nationale. Comme le choix de son premier ministre, l’éducation devient l’espace où le rééquilibrage de la nouvelle réalité politique s’opère. À la manière du déroulement de la campagne électorale (comprendre les débats entourant les résultats des deux tours), Martelly a un allié de taille dans le dossier de l'éducation. La communauté internationale et les américains en particulier auront beaucoup d’intérêt à aider le nouveau président à réaliser son engagement de poser les fesses de tous les timoun haïtiens sur un banc d’école.

mercredi 25 mai 2011

En attendant ton retour


La pluie a réinvité sa saison à danser cette année encore. Comme toujours bien évidement ! On est donc depuis quelques semaines en période des pluies, période qui devance celles des ouragans (on en parlera quand ce sera le temps, une chose à la fois). Avec la nouvelle saison des pluies, se passe ce que tout le monde appréhendait, une recrudescence du choléra. On revoit les tap-tap transformés en ambulance circuler dans les rues. Ce n'est pas encore la gadoue, mais ça pourrait le redevenir. En fait, les ONG et les organisations internationales avaient plié bagages en janvier au moment où l'épidémie s'essoufflait. "Ils attendaient une autre catastrophe pour pouvoir tirer des fonds, venir tout chambouler dans le système pour théoriquement nous aider, repartir dès que la crise ralentira et attendre la prochaine saison des pluies pour relancer leur machine à billet. Le marché de l'aide m'exaspère..." J'ai répondu à mon collègue qui manifestait son impatience qu'ils n'auront peut-être pas le temps de repartir, les ouragans sont aussi à nos portes. "Tu sais, les charognards de la misère ont trouvé un buffet en Haïti, ils n'on ni l'intention ni l'intérêt de partir trop loin." Je ne suis pas tout a fait certain de partager pleinement l'opinion de mon collègue, mais une chose est certaine, on n'a pas fait grand chose pour ramener les messages et les activités de prévention, sûrement une stratégie qui avait permis de ralentir l'épidémie en janvier dernier. Il faut dire également que le gouvernement (et Préval qui avait fait de la lutte au choléra son activité principale à l'automne) n'a rien fait depuis janvier pour prévenir une trop forte recrudescence. Pas vraiment le temps, tout ce beau monde était en élection.

mardi 24 mai 2011

Un métis qui croit en Dieu

Avec le chauffeur aujourd'hui, on écoutait l'entrevue du Premier ministre désigné. Le gars, avec son patron Martelly, s'est lancé dans une vaste campagne d'auto-promotion. Daniel Gérard Rouzier a été choisi par Martelly pour devenir le prochain Premier ministre. Ami d'enfance de Martelly, le gars vient d'une famille de politicien, son père ayant été un ministre important de Duvalier. Lui, il avait fui la politique  pour réussir dans la business. Il est propriétaire de la plus grande chaîne de distributeurs de véhicules neufs en plus d'avoir une compagnie de production d'électricité. Martelly l'a choisi pour ses réussites en affaire, ses non-accointances avec le monde politique des 25 dernières années et le fait qu'ils partagent la même vision du développement du pays. Après s'être fait tiré grandement l'oreille par son ami le Président, il a accepté de servir sa nation. Le gars a vécu assez dur les dernières années, deux membres de sa famille ayant été enlevés. Il voulait donc éviter l'espace publique pour le reste de sa vie, mais ses amitiés ont eu le dessus. Le gars est fortement imprégné par la religion (il a même publié des livres en lien avec cet engagement) et comprends le mandat proposé comme Martelly comme une mission que Dieu lui donne. Dans l'entrevue que j'écoutais avec Jean-Claude dans la voiture, l'animateur lui a demandé comment il allait réussir à surpasser le fait que ce soit un mulâtre ? Il a habilement répondu que la couleur de la peau n'avait rien à voir avec l'engagement envers la nation et la capacité des gens de participer au développement de leur pays. Jean-Claude m'a dit que s'il était le choix du Président et que s'il était réellement engagé auprès de Dieu, les haïtiens n'avaient rien à cirer de la couleur de sa peau. Il lui reste maintenant à convaincre les députés et sénateurs de lui faire confiance. Là, on ne sait pas si c'est le vert des billets américains (et du visa dans le passeport) ou la couleur du parti politique qui feront la différence.

dimanche 22 mai 2011

Petit tour en OVNI


Vous ne serez pas surpris, j’ai des collègues très croyants. Durant la journée, Jean-Claude écoute intensément des preachers protestants (Baptistes si je comprends bien) qui hurlent leur foi en Jésus à la radio. Tout y passe, je vous laisse imaginer. J’ai d’autres fervents collègues qui font des vacances de réparation, des semaines de réconciliation, … Cet engagement de plusieurs se déroulent toujours dans la tolérance. « Labadie, si t’es athée, tu vas aller en enfer. » Mon « S’il y a du Barbancourt… » fait toujours sourire les gens. Une seule collègue a travaillé fort pour me convertir à quelque chose (Témoins de Jehova si je ne me trompe pas), assez pour être un peu déçue (peut-être choquée même) de mon apathie à croire. Je reste impressionné de cette très grande ferveur de tous en leur église (et elles sont nombreuses), mais également à cette ouverture à voir les autres partager d’autres croyances, même celles qui ne se veulent pas des croyances religieuses. En fait, la seule petite zone de tension concernerait le rapport de certains groupes protestants face au vaudouisme. Comme beaucoup de tensions religieuses, il ne faut pas chercher le conflit dans les interprétations divines, mais dans le partage de certains rapports de pouvoir... Durant le week-end, la fin du monde annoncée et attendue par plusieurs n’a pas eu lieu. Ils étaient plusieurs ici coincés dans la fébrilité de cette heure. On a eu dans les jours et des semaines qui ont suivi le tremblement de terre (qui est en soi une manifestation de la fin du monde !) plusieurs dates ou heures butoirs. En fonction de notre carte de membre, on en attend encore quelques autres, la plus populaire étant le 12 du 12 2012. J’ai eu récemment une discussion animée avec un collègue qui le dimanche, met des habits de preacher. Il expliquait ces événements qui n’arrivent pas comme la confirmation que Dieu existe : « En fait, Dieu nous confirme qu’il est maître du monde en ne provocant pas ces apocalypses annoncés. Il nous rappelle que notre foi doit être encore plus forte, que notre engagement en lui doit continuellement être fortifié. Que la fin du monde n’arrive pas parce que nous ne sommes pas prêts, encore indignes de lui. Il est tellement bon, qu’il nous offre l’opportunité de guérir, de nous réconcilier avec sa parole ». Ouais… C’est assez pratique comme analyse. Au plan de la logique (de ma position philosophique au moins), je dirais que ça se mord un peu la queue. C’est l’absence de validation externe qui m’agace, la croyance s’expliquant par la foi, la foi par la croyance. Il m’arrive de me dire que dans 300 ans ou dans 1000 ans, les adeptes de Raël vont continuer à s’entretenir dans une religion bien inscrite sur des supports (les livres ou enregistrement de Raël), de la même manière qu’aujourd’hui, on maintien active une religion à partir de livres (la bible, le coran, …) écrits il y a belle lurette. En fait, la différence entre Jésus et Raël, c’est l’apport du réel dans l’imaginaire. À son époque, Jésus pouvait marcher sur l’eau ou aller au paradis, Raël peut aujourd’hui faire des tours en OVNI !

samedi 21 mai 2011

Banalités


Cette photo a été faite vendredi matin très tôt (pas pour un ayisien) quelques minutes après qu'un autre mango ait fait sonner la caisse de résonannance qu'était ma chambre. C'était le calme reposant d'un bord de mer somme toute banal. Mais je n'y peux rien, je me fais prendre à chaque fois. Dans le hasard de toutes ces photos, un jour je ferai le 'portrait' d'un coucher ou un lever de soleil qui gagnera des prix. Les odds sont de mon côté. Si je ne me fatigue pas de ces banalités, je reste toutefois toujours un peu surpris de ce que les gens appellent ici des banalités politiques. La banalité de ces manœuvres (magouilles si vous souhaitez) ne tient pas à l'absence de conséquences sur la vie nationale, mais plutôt au fait qu'elles fassent partie de la vie courante de ce peuple désabusé. On a donc eu droit avant le 13 mai à un marathon législatif qui a permis de modifier plusieurs articles de la constitution. Qu'ont-ils fait pendant toutes ces années pour avoir été forcés de faire ces changements dans la loi fondamentale du pays à la sauvette ? Sujet d'un autre billet, désolé. Tout s'est donc fait dans l'empressement des derniers jours de la présidence prévalienne. Ou laisser un legs politique, ou embêter un peu plus le prochain pésident, à vous de choisir. Tout ça pour en arriver aujourd'hui à une contestation généralisée de ce qui a été publié dans le Moniteur, le journal officiel de la République. Des députés et des sénateurs qui ne reconnaissent pas les textes qu'ils ont négociés et votés dans la précipitation des derniers jours, des signatures perdues. "Un dernier coup fourré de Préval pour embêter Martelly" disait un commentateur de la vie politique, de simples "erreurs matérielles faciles à corriger" pour d'autres. Le genre de débat politico-juridique qui marque le début d'une présidence qui se donne comme objectif principal (et stratégique) de couper avec les anciennes façons de faire. Ces anciennetés sont bien ancrées et comptent sur plusieurs protagonistes pour continuer d'exister. Moins paisiblement sûrement, mais de continuer quand même.