dimanche 27 novembre 2011

Attendre

J’attendais le chauffeur. Il avait quelques petits problèmes administratifs à régulariser au poste de police. Un policier qui attendait près de la voiture avait envie d’entamer une conservation. Laquelle ? Je ne l’ai jamais vraiment su !!
- Ki jen ou yè ? (comment ça va ?
- Pa pi mal. (on se maintien..)
C’est comme au théâtre, tu comprends qu’il faut que tu te taises. Un monologue doit exister. Le gars attend fébrilement le rétablissement d’une armée nationale. Fatigué de s’occuper de niaiseries, il attend les vrais défis. Ceux que les soldats relèvent. Les policiers, c’est connu, sont des militaires manqués. Qu’on lui donne enfin la chance de montrer ce qu’il vaut et ‘paf’, tout bagay oke. Le pays sera enfin un pays. Débarrassé d’une Minsutah où des policiers payés au salaire exorbitant viennent leur montrer comment travailler. La Minsutah partie, il va enfin pouvoir devenir quelqu’un…
- Devenir quelqu’un … ?
- Un soldat !!,  de son air du gars qui ne comprend ni le sens ni la pertinence de mon interrogation. Un simple soldat haïtien. Un haïtien !! Vous les étrangers, vous ne pouvez pas comprendre. 

samedi 26 novembre 2011

Malheureusement

Cetout est encore sur les dents. Il l'est presque toujours. La vie politique haïtienne lui fait pousser des boutons. "C'est la médiocrité de la vie politique haïtienne qui me fait pousser des boutons" qu'il raconte pour donner un peu de nuance à ses réactions.
- Sais-tu ce qui peut arriver de pire dans la vie d'un haïtien ?
Je lui fais une moue ignorante avant qu'il ne réplique.
- Un autre haïtien !
- Simple comme ça !?
- Effectivement, simple comme ça. L'individualisme est tellement imprégné dans nos gènes politico-sociaux que personne ne peut s'imaginer qu'un autre haïtien peut leu apporter quelque chose de bon.
- Tu fais écho à ces centaines d'haïtiens qui me disent de ne jamais faire confiance à un haïtien... Comme si personne ne pouvait avoir de sens dans ce pays !
- On ne sait plus si c'est la poule ou l'oeuf, la cause ou l'effet. Mais une chose est certaine, le marasme est maintenu. Tu vois ce qui se passe actuellement avec le parlement et le gouvernement ? Un fiasco annoncé où l'autodestruction nationale est une fois de plus à l'honneur. Je ne cherche pas de coupable, ils le sont tous. Personne d'assez lucide capable de mobiliser positivement la classe politique, la pousser vers d'autres choses, vers quelque chose de constructif pour le pays.
- C'est comme si on voyait effectivement le pays manquer une occasion de se sortir un peu la tête de l'eau. C'est décourageant.
- T'es poli ! C'est hautement déprimant. En plus, la seule idée qui montre un semblant de consensus, la relance de l'armée nationale, est celle qui va nous mettre la communauté internationale à dos. Penses-tu sérieusement que le Canada ou les État-Unis vont maintenir le niveau de budget de développement en sachant qu'une partie significative du budget national va être investi dans une armée ?
- Au plan des relations diplomatiques effectivement, cette sortie de Martelly risque de lui occasionner quelques ennuis dans sa capacité à mobiliser les partenaires internationaux. En même temps, la pression est tellement forte pour sortir la Minustah, les politiques n'ont pas vraiment le choix.
- Les politiques n'en n'ont rien à foutre de la pression. Les gens ne votent pas et sont complètement démobilisés. Non, la nationaux qui pourraient ralentir le projet d'une armée, ce sont les quelques familles riches du pays qui s'en mettent plein les poches avec l'argent de la misère. Toi pis tes amis, vous êtes payants pour bien des gens, maisons, voitures, restos, hôtels, ... C'est gens là vont faire pas mal moins d'argent avec les soldats haïtiens, peut-être que pour une fois, ils vont nous empêcher de sombrer davantage dans l'anarchie qui leur a jusqu'ici été si rentable.
- C'est drôle, les riches familles exploitantes et les blancs (comprendre les étrangers) pourraient éviter la fuite en avant du pays berceau de la 'liberté' et tout ce qu'elle a pu charroyer depuis des centaines d'années. On nage en plein paradoxe non ?
- Malheureusement...

vendredi 25 novembre 2011

Un bouchon dans le blokus

Au lieu de l’habituel 20 minutes pour me rendre au travail ce matin, j’ai pris au moins 60 minutes de plus. Hier soir en entrant à la maison après deux jours de rencontres sur la côte des Arcadins, il était 18h30, un camion bloquait une des deux voies de la route de Kenscoff juste à la sortie de Place Saint-Pierre. Un camion de livraison d’eau à moitié tombé dans l’immense caniveau qui borde la route. Je suis repassé au même endroit vers 22h30 après être allé souper au resto avec des amis et le camion n’avait pas bougé d’un poil.  La remorqueuse venue dans la nuit le sortir de sa fâcheuse position a rendu l’âme. La route à moitié bloquée l’est devenue complètement. Un tracteur (pelle mécanique) est venue déplacer les deux mastodontes et redonner un peu de mouvement à ce long stationnement linéaire qu’était devenue la route de Kenscoff. Hier après-midi en quittant l’hôtel sur la côte, on a également été ralenti pendant près d’une heure par un accident. Deux camions, un 4X4 et un face à face. On imaginait le plus léger des véhicules tentant de doubler et se faisant coincer entre les deux poids lourds. Du dommage mais pas de mort selon l’information qui circulait sur les lieux. À ce bordel, s’est ajouté celui des chauffeurs qui se servaient de tout l’espace disponible pour pouvoir continuer leur route. Un bouchon dans le blokus. Comme la remorqueuse, le tap-tap que vous voyez sur la photo est lui aussi décédé en tentant de reprendre sa place sur l’asphalte après avoir pris l’accotement pour voie de passage.  La petite remontée sur l’asphalte a été fatale… Généralement la PNH est absente de ce genre de situation. Chaque fois, de bons samaritains s'improvisent gestionnaires de circulation. Je ne sais jamais si le bordel s'accentue ou s'amenuise par leur action. Ce n'est pas trop grave...

mardi 22 novembre 2011

Couleur de la margarine

Lors de la marche matinale aujourd’hui, je voyais des ti-culs les yeux jaloux en train de tirer la pipe à leurs amis costumés qui se rendaient à l’école. Eux n’iraient pas, l’habit fait le moine dans certains cas. On se donnait quand même rendez-vous sur le terrain de foot en après-midi. Avec un ballon, plus aucun costume ne peux tenir. On voit l’étendue de l’écart entre l’idéal du président de scolariser tous les timoun, et la pauvre réalité. Un pas à la fois. En voyant ces enfants s’asticoter ce matin, j’ai pensé à l’éternel débat québécois du gel (ou du dégel) des frais de scolarité. Je ne parle pas souvent du Qc, mais j’y arrive et ai encore eu droit à cet interminable débat. Avec la couleur de la margarine, c’est la représentation du genre de dossier qu’une société n’arrive jamais à régler. Pour que les lecteurs français comprennent, disons qu’une fois tous les 3 ou 5 ans, on se lance dans un débat (grèves et le reste) sur le gel des frais de scolarité à l’université. Ce débat qui dure depuis près de 20 ans se règle plus souvent à la faveur des étudiants qui arrivent à soulever davantage d’appui populaire, forçant les gouvernements à reculer dans sa volonté de 'dégeler les frais'. Encore une fois la semaine passée, les nouvelles du Qc nous proposaient les mêmes arguments un peu fanés. J’ai une proposition à faire pour que ce débat devienne enfin un vrai débat politique, politique dans le sens de ‘vision de la société’ du terme. Premièrement, qu’on laisse tomber cette idée de gel de quelque chose, c'est un faux débat. Dans une société capitaliste, rien ne se gèle, tout se transforme et plus souvent à la hausse. Et deuxièmement, posons la première vraie question politique liée à ce débat : Qui a intérêt à ce que les jeunes aient accès à l’université ? Au moins trois groupes, les jeunes (qui vont généralement se garantir de meilleures conditions de vie avec des études), les entreprises (qui vont empocher davantage de profits avec des travailleurs mieux formés) et finalement l’État (qui va tirer davantage d’impôts et de taxes des bonnes conditions salariales de ces jeunes et des profits des entreprises). La deuxième vraie question politique maintenant : Comment on répartit la facture entre ces trois groupes ? À droite du spectre politique où l’individus est roi de sa propre existence, le seul et unique responsable de son avenir (réussi ou raté), la réponse est simple : 100% de la facture pour l’étudiant et 0 pour les entreprises ainsi que pour l’État (qui ne devrait pas exister en fait). À gauche de ce même spectre politique où tout dans ce bas monde n'est que social, la réponse est également simple : 100% à l’État et 0 pour l’étudiant ainsi que pour l’entreprise privée (qui ne devrait pas exister en fait). Une fois ces positions extrêmes posées, lançons un débat réaliste (commission machinchouette) afin de voir comment l’ensemble des acteurs sociaux du Qc arriveraient à une répartition qui serait représentative des valeurs politiques dominante de notre belle province. Un débat gauche/droite sur la répartition des frais de scolarité. Terminé les débats sur les gels et dégels, qu’une révision régulière (au gré des résultats des différentes élections) de la répartition de la responsabilité de l’accès à l’université. Pour moi, la répartition idéale serait 15%, 35% et 50%, mais je ne vous en dis pas plus… Si vous voulez voter pour moi comme prochain premier ministre du Qc, j’accepte. Je vous annonce toutefois que je n’ai pas de solution pour la couleur de la margarine.

Affaire Bélizaire

L'affaire Bélizaire se poursuit et on ne fait pas dans la dentelle. les sénateurs ont déposé leur apport aujourd'hui. rapport lu sur les ondes et que tout le monde écoutait attentivement. Vous pouvez lire le contenu de la première partie (ici) et de la deuxième (http://www.haitilibre.com/article-4312-haiti-affaire-belizaire-rapport-de-la-commission-speciale-d-enquete-partie-2.html). On ne fait pas dans la dentelle dans la mesure où le biais est clair, le choix des mots et des événements marquent cette tendance. Ça ne fait que donner une idée du climat. Serein, pas tout à fait !!

lundi 21 novembre 2011

Volatilité gouvernementale

La guerre maintenant perpétuelle entre le parlement et la présidence pourrait faire ses premières victimes. L’affaire Bélizaire (c’est maintenant consacré) est cette histoire de l’arrestation du député (du nom de l’affaire) suite à on ne sait trop quoi encore : Des accusations criminelles réelles ou encore une dispute un peu trop publique avec le président. Les sénateurs qui avaient commencé à convoquer des grosses têtes il y a deux semaines se sont arrêtés pour mener une enquête dont les résultats devraient faire l’objet d’un débat en chambre dès demain. D’autres grosses têtes (dont deux ministres) pourraient donc se voir déposer sous la guillotine dès demain. On commence déjà à parler de remaniement ministériel, c’est vous dire où on en est. C’est sans compter que le ministre de la culture et des communication est décédé quelques jours seulement après son installation. Le premier ministre Conille battra peut-être un record mondial de volatilité d’un gouvernement, même pas un mois avant que les choses tournent au vinaigre. Un autre record pour ce si petit pays. Imaginez comment peuvent être déçus tous ceux qui attendaient qu’un gouvernement sorte enfin de la longue galère sans gouvernail des 6 premiers de pouvoir du nouveau président pour qu’on embraye la deuxième vitesse du changement. Je le sais, j’en suis …

dimanche 20 novembre 2011

Suer

L'avion venait de se poser sur le tarmac de l'aéroport de PAP. Je venais tout juste d'installer la carte SIM de Digicel dans mon téléphone , Asefi m'appelait.
- Le froid ?
- Il était beau.
- Beau !? Comment le froid peut-il être beau ?
- Juste avant qu'il soit trop intense, l'espace temps où il réconforte sans agresser. Il faut vivre l'automne dans une année pleine, celle qui nous fait vivre les grands froids de l'hiver, la chaleur naissante du printemps, l'intensité de la chaleur de l'été et la longue entrée automnale dans l'hiver. Tu comprendrais comment le froid peut être beau.
- Je ne te comprends pas vraiment, mais ce n'est pas très grave.
- En parlant de ne pas comprendre, j'avoue que je ne suis pas trop certain de comprendre l'annonce de votre président en ce 18 novembre. Relancer l'armée nationale dans ce contexte. Au plan des priorités nationales, des finances publiques et du contexte socio-politique, c'est au moins questionnable.
- Au plan symbolique, c'est toutefois essentiel. Il faut redonner aux haïtiens un petit espace de fierté, de contrôle sur leur propre histoire. La nostalgie associée à l'idée de l'armée transmet cet espoir que le pays recommence à ressembler à un pays.
- C'est drôle que dans cette dimension nostalgique, les gens semblent oublier les dizaines de coups d'État réalisés par l'armée ou encore comment cette même armée a été l'un des instruments du maintien d'une dictature de 30 ans. La nostalgie est normalement liée à des souvenirs heureux ou positifs dans l'histoire d’une nation !
- T'as raison sur ce point, mais la nostalgie nationaliste tire ses racines dans un marasme informe d'intelligence et de rationalisme qu'il est impossible d'appréhender intellectuellement.- Je te laisse tirer cette conclusion, mon statut de blanc m’impose une retenue certaine.
- Non, en fait, je voulais te parler de ton dernier billet.
- C'est à dire ...
- Tu te demandais comment la communauté internationale allait réagir. Je reconnais là ta grande naïveté. T'as pas encore compris que la communauté internationale, c’est des dizaines de pays qui cherchent à améliorer leur position les uns envers la autres, et aider Haïti est l'un des échiquiers sur lequel cette guerre se joue. Donc, ce n'est pas parce que les américains se sont manifestés contre le projet d'armée nationale, que tu ne trouveras pas des pays d'Amérique du sud intéressés à placer des pions dans leur guerre perpétuelle contre les USA.
- T'es en train de me dire que vous allez encore devenir des pions dans cette guerre !?
- Tu me fais suer...
- C'est pour ça entre autres que le froid de l'automne est beau, on arrête de suer.