jeudi 7 octobre 2010

Du virtuel au réel


Combien de gouttes d’eau forment l'océan ? Quelles gouttes d’eau participent à notre bonheur quand nous sommes à la mer ? J’imagine souvent que cette aventure virtuelle qu’est mon blogue représente une de ces gouttes d’eau qui participent à la vie sur la grande toile. Comment ma goutte d’eau participe à la vie de personnes que je ne connais pas ? Comment ces personnes participent à la mienne ? On reste généralement dans les formalités virtuelles des commentaires et des courriels. Il y a ces quelques assidus que je ne connais pas, jamais rencontrés, jusqu’à récemment du moins. Parmi les gens qui se sont abonnés (pas besoin de carte de membre, c’est gratuit et aucun représentant n’ira chez vous), un couple nous avait titillé. Un couple qui était dans un processus d’adoption et qui pestait autant que pleurait devant les lenteurs administratives de leur État. Le tremblement de terre est bien évidement venu amplifier l’anxiété de cette grossesse internationale. Une grossesse qui dure plus de 9 mois et dont l’accouchement peut être douloureux. Face à ce qu’on comprenait comme un découragement, Jo et moi les avions contactés dans les derniers mois. Il nous avait donné les coordonnées et on a bien tenté de trouver l’orphelinat et d’y retrouver la petite, mais le marronnage existe même dans les adresses… On avait frappé à plusieurs portes sans rien repérer. Depuis presqu’un mois, ils sont ici. On les a rencontrés dans les premiers jours de leur arrivée et on maintient le contact. On tente de se servir de nos ‘plugs’ pour les aider à avancer dans le labyrinthe administratif de l’État Haïtien et il ne reste que deux petites étapes. Peut-être s’installeront-ils dans le bec de la cigogne dans les prochaines heures ? Allez savoir ! Hier soir, ils sont venus souper à la maison. La paternité et la maternité existent à l’extérieur de la génétique, c’est une fois de plus confirmé. Ce petit bout de bonne-femme aussi charmante que belle, des yeux noirs qui illuminent l’intelligence. Des parents qui malgré les embrouilles respirent le bonheur. Une petite vie virtuelle qui devient réelle. Vive le web !

mercredi 6 octobre 2010

Va jouer dehors !


Aller voir la vidéo que j’ai faite il y a quelques jours. Un camp de déplacés installé sur un terreplein, route nationale numéro 2. Aussi simplement que ça, des gens se sont construit des abris entre les machines qui quittent Potopwins vers le Sud, et ceux qui y entrent en direction Nord. L’existence de ce camp en plein milieu d’une route nationale est tellement psychédélique que je n’arrive pas encore à savoir quoi en penser. L’État est complètement irresponsable ! Les organisations internationales dorment au gaz ! Les gens qui s’installent là sont fous ! Pourquoi ne vont-ils pas ailleurs ? Rien à faire, ma machine à avis est en panne, enrayée par l’incrédulité. Depuis 8 mois, des familles vivent sur cette voie. Ils y seront peut-être pour quelques années encore. Une vie ponctuée d’histoires d’horreur : Deux gamines heurtées à mort par un poids lourd en jouant la marelle dans le jardin !

Exil ou prison


- Malheureusement, les esprits s’échauffent.
Asefi ne semblait pas vouloir faire du pouce sur mon commentaire. Mon amorce était malhabile ou elle ne se sentait pas d’attaque. Allez savoir ! Cetout, qui a patienté le temps qu’il faut pour laisser à sa grande sœur l’opportunité de réagir, a doucement entrouvert l’échange.
- Prévisible. Presque toutes les conditions sont réunies pour que ça chauffe comme tu dis.
Depuis quelques jours effectivement, certains événements ponctuent la campagne. Un bureau de l’ONI (l’Office national d’identification qui produit les cartes d’électeurs) a été vandalisé et pillé, un autre a été la proie des flammes (aurait été incendié selon les infos disponibles dans les médias) et finalement ce matin, Alexis qui prétend que Préval distribue des armes à la population. C’est sans compter une rentrée estudiantine qui a tourné au vinaigre au centre-ville ce lundi 4 octobre.
- Il ne faut pas penser que les choses vont se calmer surtout que nous ne sommes pas encore dans la vraie campagne.
- La vraie campagne ?
- Les partis n’ont pas le droit avant la mi-octobre de faire des rassemblements. On devrait voir le niveau d'anxiété monté d’un cran à partir du moment où des moun commenceront à constituer des foules partisanes plus ou moins importantes.
- Les accusations d'Alexis, c'est du solide ?
Asefi s'est enfin réveillée et coupe son frère avant qu'il ne puisse commencer sa réponse
- L'utilisation des menaces et de la force, c'est la stratégie de Préval. Lors des dernières élections, des sympathisants de Préval ont envahi l'Hôtel Montana pour faire de la pression sur les gens de la communauté internationale, tout de suite après le premier tour. C'est là que ces experts de la communauté internationale ont décidé de modifier la méthode de calcul et que ses appuis sont passés de 48 % à 51 %. Là, les sondages ne sont pas en faveur de son candidat, il trouvera le moyen de faire changer la tendance, ne vous inquiétez pas. Surtout qu'il ne veut pas finir ses jours en exil ou en prison …
- Heuuu !
- Si un de ces ennemis politiques est élu, tu peux être certain qu'il y aura ce qu'il faut d'enquêtes criminelles pour le garder à l'abris pendant quelques années.

mardi 5 octobre 2010

Petite info

Pourles curieux, ceux qu veulent ajouter une vision à l'image des camps de déplacés. Un site web (http://www.haitilibre.com/galeries-photos-haiti/album.php?page=1&cat=1) nous donne une série de photos aériennes des principaux camps. Selon les chiffres qui circulent (je n'ose pas les qualifier d'officiel dans la mesure où l'officiel continue de me paraître confus, informe), 1,3 million de personnes vivraient dans près d'un millier de camps. Bonne visite !

lundi 4 octobre 2010

Moi ! Ce n'est pas la même chose …


L'ignorance facilite la vie. Le 'je ne savais pas' permet souvent de rétablir sa crédibilité. Surtout, ne pensez pas qu'il y a un paradoxe dans cette société dite du savoir de pouvoir rétablir sa crédibilité en reconnaissant son ignorance. C'est davantage l'humilité qui est salutaire dans ce genre de circonstance. Mon problème aujourd'hui est de savoir. Je le sais, je l'ai lu. J'ai les yeux dans un livre sur le développement international depuis quelques jours : 'Les mirages de l'aide internationale'. Le sous-titre est assassin : 'Quand le calcul l'emporte sur la solidarité'. Je sais maintenant que j'ai les deux pieds dans une aventure qui risque de participer à l'effondrement de l'État haïtien. L'auteur fait effectivement une démonstration à l'effet que l'investissement massif de l'aide dans un pays tend à anéantir la capacité de l'État aidé à assumer pleinement ses responsabilités à l'égard de la population. Plus on aide, moins l'État serait compétent. 'Dans mon cas, ce n'est pas pareil' est la phrase que je répète en silence, juste pour moi, pour me convaincre. Je n'ai pas encore terminé la lecture, mais pour le moment, les constats nous incitent davantage à prendre un billet aller sur Montréal… Je termine cette lecture, la digère et vous en reparle.

dimanche 3 octobre 2010

Encore des morts évitables

Le mauvais temps des derniers jours est encore venu faucher quelques vies. Près d'une quinzaine selon le site de HPN. Des glissements de terrain souvent associés au déboisement sauvage. Des crues amènent des familles complètes qui avaient construit leur maison trop proche d'une rivière ou d'une ravine. Aucune autorité pour réguler les constructions anarchiques. Encore des morts évitables. Imaginez maintenant si un ouragan frappe le pays d'ici la fin de la période des ouragans, à la fin novembre. À peu près au même moment que les élections...

samedi 2 octobre 2010

La machine diplomatique


On raconte généralement que je suis gentil. Que je suis poli et que je sais me tenir devant le monde, le grand aussi. Mon travail m'amène à circuler dans des sphères remplies de personnes dont le statut (ou la stature) imposerait certains égards, un certain décorum. J'écris 'imposerait', parce que face à ce qui est une évidence pour la plupart, je reste souvent perplexe. Je viens d'une société où 'l'honorable' se mérite davantage qu'il s'attribue en regard d'une fonction. On est donc appelé à faire des pirouettes pour inviter Madame Y, ou des stepettes pour Monsieur X. Les choses se compliquent quand X et Y sont invités à une même rencontre. Qui parle en premier, donc qui parlera en deuxième ? Qui on salue formellement en début d'une réunion ? Quand entonnons-nous l'hymne national ? En plein milieu d'une rencontre, on doit arrêter les échanges pour souligner formellement l'arrivée d'un retardataire important, pas celle d'une autre personne moins importante. Ce genre d'artifice habille une bonne partie des activités auxquelles je suis associé. La machine à formalisme est tellement bien huilée dans ce pays où la communauté internationale joue presque tous les rôles. Les haïtiens raffolent de ces scènes bien léchées, bien orchestrées. Ça contraste tellement avec le foutoir dans lequel 99% de la population survie… Un simple contraste qui s'ajoute à tout ceux que ce couple diplomatique Haïti/Communauté internationale nous offre en permanence.