lundi 30 août 2010

Imbéciles-diplômés-humanitaires


Je sais je sais, j'en ai déjà parlé mais ... Mais j'avoue qu'il y a de ces histoires qui se répètent, qui me poussent à chaque fois la moutarde jusqu'au nez ! Je fais des efforts pour ne pas nommer des pays, ce serait inopportun dans le contexte. Des conflits internationaux qui nourrissent d'analyses et d'interprétations tous les grands journaux de la planète, les grandes revues. Ces même conflits qui se transposent ici dans des institutions de santé. Des imbéciles-diplômés-humanitaires qui n'arrivent pas à faire la différence entre l'ennemi politique national, et un collègue éventuel avec qui on soignerait les haïtiens. Imaginez ces ayisien malades qui voient ces blancs vêtus de blanc se chicaner ! Ces directeurs d'institution qui doivent faire dans les relations diplomatiques explosives. Les joies de l'aide internationale. D'une certaine aide pour être plus précis.

dimanche 29 août 2010

Apprendre à pêcher


En revenant de la mer aujourd'hui, il y avait ce jeune vendeur de poissons. Boucané avec du pikliz, je vous jure qu'on y retourne. Le pauvre poisson venait de sortir de l'eau et se préparait déjà à s'étendre dans une assiette. Il fallait tout de même un peu de négociation. Le prix demandé est bien évidement fixé en fonction de la couleur de la peau, comme si l'offre diminuait dramatiquement à l'arrivée d'un client blanc. C'est comme ça presque partout en Ayiti. Depuis bagay la, les choses se sont dégradées, en fait, c'est cette fois-ci on l'a l'effet combiné du décuplement de la demande et de la diminution de l'offre qui pousse les prix à la hausse. Le coût des loyers par exemple, c'est devenu une folie à rendre jaloux les courtiers New-Yorkais. 4 000 $US par mois pour un appartement de trois chambres… Pour les maisons, on commence à discuter à 6 000 $US. La rumeur, cette chère dame qui trouve toujours le moyen de faire parler d'elle, veut qu'un ami d'un collègue a loué sa maison à 16 000 $US par mois (une belle maison familiale, pas un domaine) pour une ONG qui cherchait un espace pour installer sa permanence. Vous vous demandez qu'est-ce que qui se passe avec vos dons … La rumeur (toujours la même) veut qu'il ait refusé quelques propositions jusqu'à ce que la somme atteigne 16 000 $US, il s'est dit que ça valait probablement la peine de se louer un 5 pièces pour 4 000 $US. On entend toujours, de dame rumeur bien évidement, que les ONG vident des écoles pour installer leurs bureaux, Il y a même une histoire qui circule sur une grande organisation internationale, forcée de déménager par le tremblement de terre, qui aurait foutu près de 400 timoun à la porte de leur école, faut quand même installer ces fonctionnaires le plus confortablement possible. Les propriétaires ne semblent pas en mesure de refuser des offres, même si ça veut dire amputer la scolarisation à des milliers de timoun. J'espère pour eux qu'ils seront de bons pêcheurs !

samedi 28 août 2010

Se tenir près des paniers


Une nouvelle épicerie est née. Grosse bebelle neuve et moderne dans l'espace consommation de Pétion-Ville. Depuis la désintégration du Caribean Market (http://jeanfrancoislabadie.blogspot.com/2010/01/premier-tremblement-de-terre-xieme.html), tout le monde attendait le retour d'un gros market. Tellement gros qu'il s'appelle Giant ! Deux étages, des étalages remplis de produits à faire 'dowmner' des concurrents qui ont bien profité depuis plus de six mois de la mort du Caribean. Ces concurrents qui avaient réussi à attirer les blancs et les locaux aux poches bien pleines. C'est en entrant dans ce genre de building que tu comprends l'impact de ce foutus évènement sur nos vies. Je vous annonce une petite nouvelle : J'ai encore peur au tremblement de terre ! Quand j'entre dans un building, je ne peux faire autre chose que de me demander comment je m'en sors si les plaques tectoniques recommencent à avoir des rapprochements amenant au spasme terrestre. Je circulais donc dans ce petit royaume de la consommation, presque aussi beau que ceux que l'on trouve dans nos grandes villes du nord, et je ne pouvais me délivrer de ce sentiment d'insécurité Au tournant d'une allée, je rencontre un employé de l'ex-Caribean. 'Gras a Dye', il est sorti vivant des ruines après trois jours … trois jours ! Tout près de l'entrée, là où il yavait les paniers. Trois jours. Jo lui demande s'il n'est pas trop nerveux de retravailler dans une épicerie ? 'Fo m travay' (Il faut que je travaille). Effectivement, quand il faut, il faut … Il se tient toujours près des paniers !

jeudi 26 août 2010

Mendier parmi les pauvres

C'est le genre d'évidence qui nous saute aux yeux uniquement quand on y est confronté. Comme si notre intelligence - la mienne du moins - n'était pas en mesure d'imaginer que parmi les pauvres, il y avait des pauvres. 'Pluss pauvres' j'veux dire. On a l'habitude à Mtl de penser que les pauvres sont ceux qui sur le coin des rues, nous proposent leur casquette pour qu'on n'y dépose ce qui flotte dans nos poches. Vision un peu simpliste et surtout partielle d'un phénomène plus vaste, plus complexe. À PAP donc, on croise des gens qui présentent leur chapeau aux passants. Au centre-ville, sur la route de Canapé-Vert, sur la rue près de l'hôpital, là où les blancs ne s'aventurent qu'à la climatisation de leur 4x4. Là où les ayisien circulent à pied, ces 80% qui gagnent moins de 2$ par jour. Parmi ces gens qui allongent leur chapeau, il y a souvent des personnes qui montrent des handicaps. Pieds qui pointent derrière, genoux qui plient vers l'extérieur … Des gens qui chez nous, auraient eu accès, à la naissance ou plus tard dans la vie, à une chirurgie et une réadaptation qui leur éviteraient peut-être aujourd'hui d'allonger le chapeau. Il y a donc ces mendiants que les pauvres aident. En fait, l'enjeu est d'arriver à se faire une idée de ce qui flotte dans les poches de ces passants. Sûrement assez pour aider !

Danielle, Earl et Flona

Danielle et Earl (des ouragans) sont bien actifs mais devraient éviter notre île. Derrière (http://www.nhc.noaa.gov/), il y a un autre phénomène météo qui se prépare. Si elle arrive à terme, elle s'appellera Flona. J'espère qu'elle suivra les traces de sa grande soeur et de son grand frère ...

mercredi 25 août 2010

Intimité


Depuis bagay la, il y a ces espaces publiques qui se sont vêtus de nudité, d’intimité. On fait souvent référence au fait que la vie haïtienne ne se déroule pas dans la maison, que l’espace domestique et publique se noient dans le même bain : ‘Ru la se salon pèp la’(La rue est le salon du peuple). Depuis le 12 janvier, on côtoie tous les jours cette presque nudité, masculine comme féminine, qui se douche un peu partout sur le pourtour des camps. L’image est toujours très sensuelle : Ces corps, beaux comme laids, sur lesquels glissent une eau qui lustre la peau noire, un savon blanc qui la contraste. Sous une chaudière d’eau, des yeux fermés sur lesquels glisse le savon, des mains qui fébrilement frottent les parties du corps. On se lave dans la rue comme on y fait nos besoins, plus ou moins à l’écart des regards qui n’ont même pas besoin d’être indiscrets. Il n’y a plus d’autres places... Pour une culture puritaine comme celle de laquelle je suis issu, c’est toujours intriguant. On avait pris l’habitude de voir ces scènes dans les campagnes, mais en plein cœur de la ville ! Autour de moi, plusieurs ayisien sont froissés par l’émergence de ces scènes privées dans l’espace publique, davantage que par la nudité. Comme si le décorum du ‘pseudo-civisme’ de la ville se voyait entaché par ces scènes trop communes de la vie quotidienne. ‘Ça se dégrade’ qu’ils me disent, comme si les gens perdaient la partie lustrée de leur humanité, que l’animalité reprenait le dessus. Il ne faut que réfléchir cinq minutes aux conditions de vie de ces centaines de milliers d'Haïtiens depuis bagay la, et la négation d'humanité nous saute aux yeux.

mardi 24 août 2010

Rumeurs et continuité


- T'as vu le slogan sur les murs de Pétion-Ville ?
Cetout me regardait sans vraiment comprendre de quoi je parlais. Plutôt, à quel slogan je faisais référence.
- Le slogan de l'Initié (L'Unité, le parti du Président).
- Il dit quoi ce slogan ?
- Inite se kontinuitè (L'Unité c'est la continuité).
- Wow !
- Wow ?
- En fait, c'est dure de faire pire. Qui voudrait appuyer la continuité dans ce pays ? Sauf ceux qui en tirent avantage bien évidement.
Cetout n'était pas bavard aujourd'hui. Il fallait que je le crinque pour qu'il me fasse connaître son opinion sur la situation actuelle.
- Peut-être que la continuité c'est mieux, si le changement n'a rien apporté de bon.
- De quel changement tu me parles ? On vit dans le même système de corruption politique depuis plus de 15 ans. Préval ou Aristide, c'est la même gang. C'est la continuité. Il y a eu des périodes de bouleversements, le coup d'état de l'armée contre Aristide et la presque guerre civile qui a précédé son départ, mais sur le fond, on est dans le même bain.
Je n'arrivais pas à le lancer plus à fond jusqu'à ce qu'il me pose une question.
- Dis-moi donc Labadie, à part nourrir ton blogue, qu'est-ce qui peut tant t'intéresser dans notre vie politique ?
- C'est fascinant d'incompréhension justement. Je n'arrive pas à trouver les quelques clés qui me permettraient de saisir l'essentiel des luttes, des divisions. Comprendre les idéologies en place…
- Ne t'inquiète pas, il n'y a aucune clé pour comprendre les idéologies en place. L'individualisme haïtien se répercute également dans la vie politique nationale. Pas d'idéologie ou d'alliance stratégique qui ne tienne, sauf si elle répond à des intérêts personnels bien précis. Pourquoi tu penses qu'on a plus de 120 partis politiques ? Ce n'est pas parce que le spectre idéologique offre une palette aussi variée.
- L'autre bout qui me fascine, c'est la quasi absence d'information confirmée, validée. On nage sans cesse dans la rumeur, comme si on ne pouvait avoir un semblant d'information reconnue par tous comme étant crédible.
- Tu vois, le CEP a rejeté 15 candidatures sans aucunement préciser les motifs. Ce qui permet aujourd'hui à tout le monde de dire n'importe quoi, d'accuser n'importe qui de trafic d'influences , … On va voir plusieurs candidats rejetés porter la décision en appel et on sera dan une valse de rumeurs jusqu'à la fin de la campagne. En fait, s'il y a continuité dans la vie politique ayisienn, c'est dans la valse des rumeurs. Elles sont partout, meublent tout. Si l'information est le quatrième pouvoir, ce dernier s'apprécie ici au poids de la rumeur.
- Pour les 3 autres ?
- C'est également la continuité, malheureusement !