samedi 30 octobre 2010

On se parle mardi


L'halloween sonne film d'horreur et début de l'hiver pour bien des gens. Pour d'autres, ça veut dire party-costumé et timoun qui courent les bonbons d'une maison à l'autre. Pour les plus déprimés, ça veut dire début des publicités de Noël !! Ici, on ne fête pas l'halloween, mais les morts. Les gede dans la culture vaudou, donc les gede pour 90% de la population. Je parle de culture, pas de religion. La partie spectaculaire de l'affaire réfère au zombies et aux fêtes arrosées dans les cimetières où, justement, on arrose les morts. Mais surtout, ça veut dire un long week-end de 4 jours ... On prend la voiture pour traverser le pays et se rendre à Labadie. Tout petit village, pas de voiture ni électricité, sur le bord d'un des secteurs les plus 'carte postale' du pays. J'ai commis un billet sur cette plage il y a plus d'un an, allez-y : http://jeanfrancoislabadie.blogspot.com/2009/07/des-rumeurs-sur-labadie.html. Au téléphone, la propriétaire de l'auberge a bien ri quand je lui ai donné mon nom, elle ne me croyait pas. La rumeur (c'est la source principale d'information dans ce pays) veut que le paquebot qui amène des milliers de touristes tous les jours sur cette plage fait des détours depuis que l'histoire du choléra fait la une. On verra de nos yeux si la rumeur est juste. Quant à nous, on traversera en voiture la zone touchée par l'épidémie, ne vous inquiétez pas, on va fermer les fenêtres !!

vendredi 29 octobre 2010

Qui donc est Dieu pour nous aimer tant ?

Grave question dans un pays où quand tout va bien, c’est grâce à Dieu. Et quand ça va mal, c’est que Dieu n’est pas assez présent dans nos cœurs et nos pensées. En voiture avec Jean-Claude cette semaine, j’entendais un ‘preacher’, disons très intense, se questionner sur les motifs du Bon Dieu à nous envoyer coup sur coup sur ce petit pays, ouragans, tremblement de terre et choléra. Que cherche-t-il à nous dire ? Dans lequel de ses enseignements devons nous piger pour analyser cette suite de catastrophes ? Dans son amour bien évidement ! C’est parce que son amour est infini qu’il nous tend ces perches, celles qui nous sortirons de l’atmosphère ‘diabolique’ de la décadence des mœurs dans laquelle cette société s’est laissé glisser depuis des années. Drogue, prostitution, matérialisme, avortement, internet, viol, théorie de l’évolution, laïcité, … Le même discours que des américains et des iraniens se font servir. Le preacher défendait ardemment la thèse que les humains étaient responsables de ces manifestations naturelles, pas qu’ils appuyaient sur le bouton (Dieu ou Satan seraient les seuls à pouvoir enfoncer ce bouton) mais qu’ils forçaient Dieu à manifester sa puissance pour nous ramener dans le droit chemin. J’imaginais le prof lors de ma deuxième année de primaire qui frappait violement sa main sur son bureau pour ramener au calme une classe un peu trop dissipée. Le choc nous rendait silencieux et dociles pour les prochaines heures. Le droit chemin de l’éducation nationale imposait cette force… Si le Bon Dieu ne nous aimait pas si infiniment, il nous abandonnerait, il assisterait sans réagir à notre descente vers la décadence la plus totale. Mais son amour est si grand que malgré qu’on l’humilie tous les jours de plus en plus, il continue de frapper sur la table. Il ne nous abandonne pas, il veut qu’on se ressaisisse, qu’on ne se laisse pas aller à la facilité et que nos esprits et actions soient investis dans la prière, dans le chemin tracé par lui. Le feu était au rouge et un chien daltonien qui passait près de la voiture s’est fait frapper en tentant de traverser la rue. Pas mort, mais une bonne frousse et quelques aboiements stridents. Jean-Claude qui regardait la scène comme moi a laissé tomber li pa mouri, gras a Dye (il n’est pas mort, grâce à Dieu). J’ai fait un grand sourire pendant qu’il me regardait. Li gen anpil chans (il a beaucoup de chance) que j’ai dit. Anpil anpil, gras dye, anpil chans (beaucoup, beaucoup, grâce à Dieu, beaucoup de chance) qu’il a répondu. La lumière est passée au vert et la vie a continué.

mercredi 27 octobre 2010

Que dire !

Ce soir, 21h00, on attend le débat entre les candidats à la présidence. Depuis trois semaines, en ordre alphabétique, trois candidats sont appelés à un débat. Ce soir, tout le monde attend Jude Célestin. Le candidat du Président, son beau-fils. Enfin, on l'entendra parler, il pourra s'exprimer en dehors du discours de son beau-père. Ce matin, à une radio, l'ambassadeur canadien était interviewé et racontait qu'il avait réussi à parler aux différents candidats à la présidence, sauf Célestin. Diplomatiquement, son agenda serait trop rempli pour qu'il discute avec l'ambassadeur canadien. Le Canada qui dépense 4 millions de $ par semaine en Haïti. L'animateur de ce poste radiophonique renchérit : On a réussi à parler à tous, sauf à Célestin... La rumeur qu'il n'a pas de langue (ou rien à dire) se propage comme le choléra. On attend toujours, l'émission a au moins 30 minutes de retard. On nous remplace Célestin par un spectacle d'Henri Salvador. Peut-être aurait-il fait un bon Président ?

21h45, on nous demande toujours de patienter.

22h00, Salvador souffle dans une trompette, 86 ans. Un ruban au bas de l'écran nous demande toujours de patienter. Les ayisien patientent depuis plus de deux ans ans. Je n'ai pas cette faculté, je vais me coucher !

22h04, je ferme les lumières pendant que l'émission commence enfin !!! Je vais me coucher plus tard que prévu.

7h00 le lendemain matin. Les rumeurs sont fausses, il parle.

Jo faisait ses valises ...

Mercredi soir dernier, on est confortablement assis au salon. Jo a le nez dans son roman et moi je bizoune sur mon ordinateur. Claudette sort doucement de la cuisine, juste derrière Johanne, et avec un calme qui aurait inquiété n’importe qui, elle l’invite à se déplacer. Lentement, sans énervement. Un ‘Madame, madame, déplacez-vous lentement’ presque chuchoté. Claudette n’a pu imprégner Jo de son calme, elle s’est levée du sofa comme une bombe pour se rendre à l’autre bout du salon. Je me dirige à la cuisine et pour voir ce que Claudette avait bien pu voir de si important pour que sa réaction soit si intense et si soft en même temps. Une tarentule, une araignée crabe, c’est selon. Pas dangereuse dans le coin, la morsure se soigne. Trente secondes de plus et l’aranéide lui apparaissait entre les deux pieds. Gros stress dans la maison jusqu’ici complètement ouverte sur le jardin. On avait déjà vu ce genre de bestiole dans les alentours de la maison, mais pas dedans, surtout pas sous les fesses de Jo bien installées sur le sofa. Claudette a fait le travail de nettoyage de l’intrus, elle a l’habitude. J'avais eu le temps de sortir mon kodak. Quant à Jo, elle faisait ses valises : ‘Je retourne à Montréal, je ne vis pas dans une maison où il y a des tarentules.’ ‘Jo t’es passée à travers bagay la et les centaines de secousses. Ce n’est pas une araignée qui va te faire retourner à Montréal.’ Après l'aranéicide (homicide de l'araignée), Claudette a jouté : 'On a des serpents aussi...' On a trouvé le moyen d’en rire dans les minutes qui ont suivi, mais malgré le filet qui recouvre le lit, Jo n’a pas bien dormi.

mardi 26 octobre 2010

Mâchoire d'acier et ...

- Ce n’est pas normal !
- Qu’est-ce qui ne serait pas normal ?
- Ça fait au moins deux semaines qu’on n’a pas parlé des élections.
- C’est à cause du choléra, les gens ne parlent que de ça. Des nouvelles ONG débarquent juste pour ajouter au bordel ambiant. On devrait également recevoir quelques millions supplémentaires. La routine quoi !
- On ne parle quand même pas d’une niaiserie. Le choléra peut te décimer une population assez rapidement. Pense aux conditions d’hygiène et aux habitudes de vie des gens, la formule mathématique est parfaite ma fille, ça peut dégénérer.
- Je le sais bien que c’est important, moi aussi j’ai accès au net !
Asefi me regardait comme si j’étais un imbécile. Elle continue.
- Ce qui m’énerve, c’est qu’on aura encore des milliers de gens et des millions de $ qui vont débarquer pour ressortir d’ici dans quelques semaines sans qu’il n’en reste rien. Sans que rien ne change. Pourquoi on est dans la gadoue avec le choléra ? Rien avoir avec la fatalité, c’est l’incurie de nos gouvernements successifs à doter le pays des conditions d’hygiène minimale. Faire entrer de l’eau propre dans une maison, et faire sortir l’eau sale, ce n’est quand même pas du ‘rocket science’ !
- Ouais …
- En prime, il semble que ni notre gouvernement ni la communauté internationale ne soient foutus d’exiger que certaines précautions soient prises par les États qui nous envoient des soldats de la Minustah.
- Je te perds là …
- Écoute, à la radio aujourd’hui, on entendait que les gens de Mirebalais incriminaient un camp des soldats Népalais de la Minustah pour cette épidémie. Ce ne serait pas surprenant, l’OMS s’inquiétait il y a trois mois de la recrudescence de l’épidémie dans plusieurs pays pauvres dont le Népal. L’idée n’est pas de savoir si ces soldats de la Minustah nous ont infectés, mais plutôt de voir comment le pays et les organisations internationales s’assurent que l’installation de troupes étrangères ne met pas à risque la santé de la population. Surtout, comment on va gérer la suite une fois que la bibitte s’est installée dans le pays. Les prochaines crises …
- T’as mangé du chien enragé ?
- Écoute mon gars, la galère qui prenait l’eau de partout vient de perdre un autre morceau de sa coque. Pendant ce temps-là, on n’est supposé de choisir un nouveau gouvernement…
- C’est justement de ça que je voulais que tu me parles.
- Ben tu vas voir comment les gens vont exploiter cette nouvelle du choléra et/ou de la responsabilité étrangère dans les prochains jours. La campagne pourrait tourner au vinaigre.
- En fait, c’était mon point. À part que 90% des affiches et 90% de la publicité électorale à la radio ou à la télé soient du même candidat, il n’y a rien d’autres à dire. Comme s’il n’y avait dans cette campagne que le beau-fils du Président !
- Effectivement, il a le gros bout du bâton dans cette guerre médiatique. Les coffres de l’État ne se sont pas vidés que quelques centaines de millions pour rien !
- Mais sur le fond ??
- Il ne se passe effectivement rien de ‘politique’. Le seul événement ‘fort’ est qu’on a criblé de balles le convoi d’Alexis hier, mais on ne sait pas trop quelle dimension politique attribuée à cette aventure.
- Et le débat de télévisé de demain, ce sera au tour de Célestin d’y être ?
- On pourra peut-être enfin voir le candidat de l’Inité faire autre chose que de sourire comme sur ses affiches électorales ! Sera-t-il capable de proposer une vision, défendre des idées ? Tout le monde n’attend que ce moment où on pourra le voir autrement qu’en photo. Écoute, c’est le prochain président, il faudrait au moins qu’on l’entende avant le 28 novembre !
- As-tu l’impression qu’il peut se péter la gueule ?
- T’inquiète, sa mâchoire est en acier. C’est parfait avec les selles de la population qui sont liquides !!!

lundi 25 octobre 2010

Questions


On entend toutes sortes de choses sur la crise du choléra qui s'amorce. Pour le moment, des questions de toutes natures. Sur la maladie et sa propagation par exemple : Ça s'attrape comment ? Les fruits peuvent-être infectés ? On prévient comment ? Combien de temps dure l'incubation ? C'est sans fin mais surtout, c'est tellement anxiogène. La panique contrôlée, mais la panique quand même. L'autre série de questions concernent la vie sociale : Les pêcheurs et les agriculteurs vont-ils être dédommagés ? Est-ce qu'on ferme les écoles ? On annule les élections ou du moins, les rassemblements populaires ? On ferme les stades de foot ? Les hordes de vacanciers pour le prochain week-end de 4 jours vont-ils déserter les plages et hôtels du nord de PAP ? Comment on va gérer la pénurie éventuelle d'eau ? De médicaments ? Il y a également les questions qui concernent les relations avec les voisins : Est-ce que les USA, le Canada, la France, Cuba ou Puerto-Rico vont faire comme la République Dominicaine, c'est-à-dire fermer leurs frontières ? Mais la grande question est de savoir si l'État va réussir là où il a échoué en janvier dernier : Arriver réellement à contrôler les actions des ONG ? Le président a pris personnellement les choses en main, on le voit partout. Je ne sais pas où il en est notre cher Président, mais on entend déjà toutes ces organisations internationales ou ONG se mettre à l'oeuvre pour sauver le pays. J'imagine encore les grandes rencontres (cluster) qui se déroulent en anglais et où tout le monde s'énerve et tente de coordonner les actions de tout le monde. Est-il nécessaire que je réécrive certains billets qui ont suivi le 12 janvier ? Vous avez compris, la question ne se pose pas !

vendredi 22 octobre 2010

Les élections au temps du choléra


Les conditions de salubrité dans lesquelles des millions d'ayisien vivent sont en train de générer une troisième catastrophe, on n'est pas sorti de la deuxième crise qui s'était installée dans la première. On serait à plus de 200 morts déjà et l'histoire du choléra se confirmerait selon ce que certains sites d'information haïtiens nous annoncent. Wow !! Incubation pendant trois ou quatre jours et pof, en quelques heures c'est fini. Il reste à identifier la source de la contamination du fleuve Artibonite sur le bord duquel on retrouve principalement les personnes infectées. Le fleuve aurait été contaminé par des étrangers selon ce qui a été annoncé à la conférence de presse du MSPP (une souche africaine selon certaines sources), j'imagine que dans le contexte électoral actuel, c'est le genre d'info qui peut devenir explosive. Déjà à la conférence de presse d'hier, le Ministre a été forcé de ramener certains journalistes à l'ordre dans leurs tentatives de politiser l'affaire. Les 'occupants', que déjà plusieurs forces politiques veulent voir partir du pays, deviendront peut-être un réel enjeu électoral !! Dans la bouillabaisse actuelle, il y a trop de matériel explosif pour qu’on s’amuse à craquer une allumette. Et il semble que même dans l’eau du Fleuve Artibonite, on pourrait craquer une allumette !