vendredi 29 juin 2012
Se déguiser
Hier soir, j’ai étrenné une nouvelle fois ma tenue de ville. Je sais que l’expression ‘étrenner une nouvelle fois’ n’a pas de sens, mais dans la mesure où je me déguise de la sorte seulement quand l’occasion l’impose - et elle ne l’impose pas souvent -, j’ai toujours le sentiment de mettre l’habit pour la première fois. Merci d’excuser cette digression avec le ‘bon françâ’. L’ambassadeur m’avait personnellement invité (et au moins 599 autres personnes) à souligner la fête du Canada. Ce premier juillet, le Canada aura 140 et quelques années. Une partie du gratin de la vie politico-diplomatique haïtienne était présente. Le premier ministre Lamothe a eu un passe droit, il ne portait pas sa tenue de ville et on lui a quand même permis d’entrer goûter aux petites bouchées et trinquer à ce pays ami qu’est le Canada. On a eu droit à deux montages vidéo pour les hymnes nationaux. C’est fou comment on représente l’image du Canada, on en vient qu’à penser que tout le monde vit à la campagne, en pleine montagne, sur le bord d’un lac ou dans le fond des bois. C’est sans compter ces références à l’hiver et au grand nord. Quand on pense que la plupart des Montréalais (et j’en suis !) n’ont aucune conscience réelle qu’ils vivent sur une île en plein cœur du Saint-Laurent, l’image du Canada pourrait aussi ressembler à de grandes tours de béton, des graffitis sur les murs et des squats sous les ponts ou les autoroutes surélevées. L’image, vous savez, ça se gère. Donc, tout dépend du gestionnaire !! En parlant de gestionnaire, notre ambassadeur a très bien assumé. Une organisation hors pair où l’accent avait été placé sur la sécurité des invités. Une logistique imparable : Grand stationnement disponible, navette pour éviter que l’on ‘marche dans le monde’, accueil royal, petit rhum punch, …. On a même eu droit à de la tire d’érable sur la neige. De la tire d’érable sur la neige !! Je ne me souvenais plus de la dernière fois où j’en avais mangé, je m’y suis repris à deux fois. L’ambassadeur a donc lancé l’évènement en faisant le lien entre le relèvement d’Haïti et celui de l’ambassade qui inaugurait officiellement la réouverture de son atrium tombé un certain 12 janvier 2010. Vers 16h53 plus précisément. Le premier ministre Lamothe a lui aussi pris la parole pour remercier les canadiens et souligner qu’à plusieurs égard, nous formions un pays porteur d’inspirations pour Ayiti. Les rédacteurs de son discours avaient un peut trop forcé la note sur certaines de nos références historico-politiques, mais le ton était bon. Il faut dire que le canadien se déplace ici avec cet aura de ‘bien intentionné’. Dans le contexte de non confiance qui peut sévir entre le blanc et l’haïtien, c’est une très bonne carte de visite. Après les petites-bouchées, le vin blanc (un gars ne prend pas de chance), les salutations, les embrassades et les discussions, je suis rentré à la maison enlever mon déguisement.
mardi 26 juin 2012
Sympathie sincère
L’ambassadeur français a créé un petit malaise dans l’atmosphère généralement ouatée de la diplomatie. Dans une cérémonie officielle, il a refusé de serrer la main de Jean-Claude Duvalier. Il a poussé un peu plus loin depuis en rappelant aux médias qu’il assumait pleinement son geste spontané, et que sa position était également celle de son pays (goo.gl/xL8Iz). Cet ambassadeur joue un rôle important en Haïti. Le gars chausse habillement les souliers de sa fonction (la France est une diplomatie importante en Haïti) en plus d’attirer la sympathie de plusieurs : Il a vécu le tremblement de terre à la dure et a manifesté un engagement personnel significatif envers Haïti et sa population. Son geste a été reçu avec une certaine sympathie par les gens autour de moi. Plusieurs sont un peu fatigués de voir Duvalier participer à toutes sortes d’activités à caractère officielle. C’est un peu comme si on pouvait accepter l’idée qu’il termine calmement ses jours en paix en Ayiti sans être réellement dérangé par un système judicaire au minimum impotent, mais que de le pavaner dans des espaces officiels se rapprochait un peu trop de l’indécence. Impossible pour moi toutefois de ne pas être pisse-vinaigre dans la mini-euphorie et rappeler à tous que la France ont eu plusieurs occasions de l’épingler et de restituer une partie des sommes volées. Ils sont plusieurs à affirmer que la France a fait preuve d’une complaisance gênante et coupable durant ces 25 années d’exil. L’affirmation forte d’une poignée de main refusée peut-elle effacer un silence qui a duré 25 ans ? Si elle est la manifestation supplémentaire d’une sympathie sincère, peut-être !
Commencer la partie
Bon, je sors de ma tanière, je reviens à la vie. Pas que j’étais mort, plutôt en panne disons. D’énergie, d’inspiration, ... C’est une fois de plus une période où l’ampleur du travail ne te fait penser qu’à la nécessité des vacances, qu’au fait que les dernières vraies se rapportent à décembre 2010 ! Encore quelques semaines avant de plonger dans une farniente aussi gourmande que réparatrice. J’en étais même arrivé à ne plus suivre les médias haïtiens depuis ces semaines. Faut dire que la vie politique était plutôt calme, remplie d’annonces du PM et du président qui inaugurent X, visitent Y, annoncent Z… Là, les choses vont peut-être reprendre une vigueur normale (comprendre normale ici comme synonyme d’habituelle). Avec une éventuelle candidature d’Aristide comme sénateur dans l’Ouest, la promulgation de la constitution remplie d’erreurs matérielles et les élections prochaines, on devrait en avoir assez sur le menu. Je n’ai pas suivi les médias de manière assidue, mais quand même un petit peu. Assez pour entendre le PM rappeler à ces ONG et OI qui font ce qu’elles veulent dans cet Ayiti cheri, que le party était terminé, que c’était maintenant à l’État haïtien de définir la vision, les objectifs et les règles du jeu. Si vous saviez le nombre d’ONG et OI qui n’attendent que cela !! Qui attendent que le gouvernement définisse enfin ses priorités, s’implique, assume son ‘leadership’. Je parle bien de ‘ses’ priorités, et non ‘des’ priorités. Je parle bien de ‘ses’ priorités, et non ‘des’ besoins. Je pense à de ‘vraies’ priorités, celles qui devraient structurer des changements viables, qui renforceront la capacité de l’État à assurer la suite. La pérennité en fait. Et sur ce point, il sera nécessaire de reconstituer le climat de confiance, climat nécessaire à ce que ces ONG et ces OI acceptent de suivre l’État. Acceptent que les millions dépensés soient davantage endigués par les haïtiens. Une confiance basée sur la perception que le partenaire national est bien intentionné et compétent. La partie n’est pas gagnée vous me direz ! C’est vrai, mais si on ne la commence jamais, elle ne pourra pas être gagnée.
jeudi 7 juin 2012
Pousser la communication
Ce matin à Carrefour-Feuille (un quartier limitrophe du centre-ville de PAP), il est 7h15 du matin et il fait déjà 29 degré… La chaleur s’est trop donc bien installée dans cette période où seuls les grands vents d’après la saison des pluies arrivent encore à nous éviter la mort pas asphyxie. « Fallait t’y attendre » vous me diriez ! C’est sûrement cette chaleur qui explique mon long silence, la chaleur ruine mon imagination… Nos politiciens itou, c’est un peu comme si la chaleur les avait refroidis. Les parlementaires sont en vacances de débats et tout le monde est en attente de la décision du gouvernement de publier (ou non) la constitution fomentée en mai 2011, en attente donc de la nomination d’un CEP permanent ou provisoire, ou encore d’une confirmation pour les élections législatives de l’automne. Le gouvernement quant à lui, attend toujours de savoir comment les parlementaires vont jouer la carte de la nationalité du président, du premier ministre et de quelques uns des ministres. Un silence radio qu’il ne faudrait pas analyser comme une paix, mais plutôt comme une trêve stratégique. La seule chose qui n’est pas silence radio dans les dernières semaines, ce sont le président et le premier ministre. La machine de communication fonctionne à plein et il y a plusieurs occasions par jour pour vois les deux têtes de l’État sur devant des caméras. L’autre caméra intéressante depuis quelques semaines est celle du conseil des ministres. Le deuxième qui a eu lieu hier a lui aussi été retransmis sur la télé. J’avais imaginé que la première retransmission télévisuelle était liée au fait que justement c’était un premier conseil pour ce nouveau gouvernement, mais non, ce sera une habitude. Je ne sais pas si cette pratique est répandue sur la planète, et il faut se laisser le temps de voir qui bénéficiera le plus de cette stratégie de communication. Mais disons simplement que depuis maintenant plus de 18 mois, la communication a probablement été le principal atout de notre président.
mercredi 30 mai 2012
Publier ou ne pas publier, provisoire ou permanent
Il y a maintenant plus d’une année, dans la semaine qui a
précédé le 14 mai, le jour où l’assermentation de Martelly a eu lieu, les
parlementaires ont travaillé en urgence sur une réforme constitutionnelle. Pas
une petite affaire, des dizaines d’articles ont été revus à la hâte. Tout devait
être fait avant le départ de Préval pour que cette nouvelle constitution puisse
s’appliquer pour la prochaine présidence, Martelly en l’occurrence. Entre le
moment où les parlementaires ont voté et signé les nouveaux textes, et le
passage à la publication officielle, il y a eu un peu de cafouillage. On
parlait à l’époque d’erreurs matérielles. Une fois sorti du parlement, le texte
passe à la présidence qui a la responsabilité d’en assurer la diffusion dans Le
Moniteur (journal officiel de l’État haïtien). Une fois publié dans Le Moniteur,
le texte devient effectif. Il y aurait donc eu dans le bureau de l’ex
présidence transformation de la loi mère, transformations qui serviraient bien
les intérêts d’un président sortant et de son parti. Il y a sur cette
éventualité toutes les interprétations politiciennes imaginables, bien
évidemment … Une chose est certaine toutefois, c’est que personne ici n’est en
mesure de proposer une version qui serait reconnue valide par tous. Tout ce
qu’il y a de constitutionnalistes et d ,avocats dans le pays (ou presque)
proposent au président actuel (qui a toujours le droit de publier cette
nouvelle constitution) de ne rien publier et de relancer une démarche pour
refaire le travail. On trouve quelques haïtiens qui voudraient bien voir le
président publier la nouvelle constitution, mais la pression reste tout de même
forte pour que la présidence publie. Une pression de qui vous me direz ? Une
pression de ceux qui financeront (ou pas) les prochaines élections (à prévoir
pour l’automne). C’est que dans ces amendements transformés dans le rush de la
fin d’un régime, il y a la création d’un Comité électoral permanent (CEP).
Terminé l’existence d’un comité électoral provisoire (appelé CEP li mèm tou
!!!), porteur, selon certains, de tous les malaises électoraux des 25 dernières
années. Je suis sûrement trop parano, mais je reste avec un petit doute sur le
fait que ce changement d’appellation (CEP pour CEP en passant !!) règlera les
difficultés observées dans les derniers processus électoraux. Que ce nouveau
CEP pourra plus facilement se soustraire aux pressions politiciennes !? Au
moins un petit doute, je vous jure. J’espère donc que les pays amis qui veulent
financer les élections laisseront tomber leur exigence de publication de la nouvelle
constitution. Si non, ils vont nous lancer dans une crise constitutionnelle
éventuellement pire que pourrait l’être une crise électorale. Surtout que cette
dernière crise, ils peuvent plus aisément en gérer les contours.
lundi 28 mai 2012
Triste paradoxe
dimanche 27 mai 2012
Je m’ennuie du Québec
Je ne pensais écrire un tel titre de chronique. J’ai quitté mon pays depuis plus de 3 ans et jamais jusqu’ici j’ai eu envie d’y retourner. Pas parce que plus rien ne m’intéresse là-bas, mais parce que le ici continue de me combler. Il arrive bien évidemment que des proches du Qc me manquent, que des effluves de la tonkinoise de chez Phò Bang New York me hantent, ou encore que l’envie d’un espresso du Café Italia me fasse verser dans la nostalgie, mais pas un ennui persistant. Jusqu’à ce que ces concerts de casseroles qui poussent sur l’asphalte qui dégèle au printemps installent leurs racines. Des racines qui ne seront jamais trop profonde, c’est dans la logique d’une crise, les fleurs ont la vie courte. Mais quand même, j’aurais envie d’y être. Je me vois bien dans les rues à frapper de la casserole et à scotcher toutes ces scènes de vie sur mon kodak. Parce que c’est de cette vie que je m’ennuie. Je ne sortirais pas dans les rues contre la loi 78 ou contre l’interdiction de manifester avec un masque. Je ne jouerais pas de la T-Fal contre la hausse des frais de scolarité ni contre le néo-libéralisme ambiant. Non, je manifesterais pour cette expression de la vie démocratique. Parce que ma grande crainte des dernières années (une de mes grandes craintes avec un nouveau séisme) est c’est épuisement de l’existence démocratique. Je me souviens d’avoir lu des chroniqueurs ou entendu des commentaires au printemps dernier se plaindre d’être appelé aux urnes pour une troisième fois en quatre ans !!! On voit ces taux de participation aux élections fondre comme neige au soleil depuis des années. On ne parle pas des élections municipales … Pas besoin de faire le tour de la planète pour comprendre que cette dimension de la vie collective est une denrée rare (dans son existence tout autant que dans sa qualité) et qu’à se titre, on a la responsabilité de bien la traiter et de l’entretenir. Je l’écrivais ici il y a quelques semaines, j’en étais arrivé à penser que seule l’écologie pouvait mobiliser les gens de mon pays (Suroit, Orford, …). Je me mets à rêver à des manifestations populaires pour dire à nos gouvernements qu’on veut Kyoto, que le libre-choix en matière de procréation est un droit, qu’on ne veut pas d’une justice criminelle plus répressive, que l’on veut un positionnement politique plus modéré dans le dossier palestinien, … Si tout ça arrive, je reviens au pays !
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