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mardi 22 février 2011

Un regard


Les ayisien ont cette faculté de vous regarder. Même le kodak qui devrait me servir de filtre n’arrive pas à supporter la charge. Il fond. Un regard qui porte toute sa force dans sa simplicité. Simplement, il faut laisser tomber les défenses et accepter l’invitation. Parce que le regard est une invitation. Une fois que notre propre regard a accepté, le visage s’éclaircit d’un sourire à chaque fois. C’est infaillible. Dis-moi ‘salut’, je te saluerai.

samedi 19 février 2011

Le marronnage X


J’écris X parce que je ne sais plus combien de fois j’ai abordé ce thème. Je me suis fait rire cette semaine. En discussion avec un boss (un ouvrier) qui devait venir terminer un travail au bureau. Un boss qui marronne, qui réussit à ne pas dire oui, mais sans dire non. «On a fait toutes les démarches pour que le tout soit fait.» «Donc, ça va être fait» que je lui répond. «C’est ce que je te dis, j’ai demandé qu’on fasse les démarches.» Les autres haïtiens autour voyaient bien dans mon visage rieur que je pointais là un exemple (un autre) de ce qu’est le fameux marronnage haïtien. Ce qui lui permet de rester insaisissable. J’ai donc lancé un petit monologue qui a bien fait rire tout le monde. Imaginez un haïtien devant celle qu’il est en train d’épouser et le curé. Ce dernier lance son «Acceptez-vous de prendre Judette pour épouse?» Le gars de répondre «En principe, c’est pour ça que je suis ici». Bof... La presque mariée un peu interloquée questionne, «En principe !?». Pour rassurer son élue, le gars continue :
- Écoute chérie, pourquoi tu penses que je suis ici, que j’ai loué ce costume, qu’on a invité tout ce beau monde, que j’ai déjà payé 80% du buffet, réservé une salle et engagé un orchestre. C’est un peu désolant que tu ne me prennes pas plus au sérieux.»
-Je ne sais pas trop ce qui est désolant, on en discutera plus tard. Mais pour le moment, est-ce que tu peux juste répondre «oui» à la question du curé ?
- C’est ce que j’ai fait, j’ai dis que j’étais d’accord !
- D’accord !!
Le curé, qui veut calmer le jeu, interpelle le bonhomme en lui précisant qu’il doit normalement répondre «Oui, je le veux» (il peut toujours dire Non, mais c’est une autre histoire). L’haïtien de répondre:
- On dit la même chose. Pourquoi tout ce chichi !! Si vous voulez, je peux répéter ce que vous venez dire.
- Répète mon chéri, répète. Ma mère va s'évanouir.
- Monsieur le curé, vous avez dit «oui, je le veux» ?
- C’es effectivement ce que j’ai dit. Je peux répéter la question pour la forme. Acceptez vous de prendre Judette ...
- Ouais, je pense bien que je le veux...

mercredi 16 février 2011

Le foot au temps du paludisme


Mon aversion envers nationalistes québécois est naturelle (même si je suis un « séparatiss »), les Bizz et VLB de cette ‘province’ monde m’épuisent. Envers les nationalistes de manière générale pour dire vrai, peu importe la couleur qu’ils portent. On va essayer de me faire croire qu’il ne faut pas trop simplement confondre intolérance et nationalisme, mais disons que les deux dorment souvent du même côté du lit, l’autre côté étant atteint d’une maladie honteuse qui ‘dénaturerait’.  Ici, le nationalisme a un auditoire important. Mes amis ‘nationalistes haïtiens’ me disent que ce n’est pas un nationaliste revanchard ou agressif, mais un nationaliste de survivance, de défense. Aujourd’hui à la radio, on a eu droit à une intense démonstration de ce nationalisme local. Plusieurs animateurs de radio (à PAP du moins) pourraient vous faire passer leurs collègues des radio-poubelle de la région de Québec pour des enfants d’école. Démagogico-simplisme postillonné à répétition pendant des heures, à un moment, ça devient vrai. L’animateur (et les auditeurs qui appelaient) a crié (même à pleurer) son indignation patriotique pendant presque une heure. Comment la Jamaïque pouvait imposer un tel ‘rejet’ à l’équipe haïtienne des moins de 17 ans ? Pourquoi l’État ne déclarait pas la guerre ? Comment Ayiti pouvait arriver si bas ? En tournoi de qualification de la CONCACAF pour le mondial qui aura lieu l’année prochaine au Mexique, les jeunes haïtiens se sont vus imposer une quarantaine presque ‘militaire’ par le gouvernement jamaïcain à cause de deux jeunes (ou cinq ?) qui auraient été atteints de la malaria (paludisme en français). Confiner de force dans des chambres d’hôtel, impossible de sortir ou de recevoir des visiteurs. Impossible itou de prendre un vol commercial. Imaginez, la maladie ne s’attrape pas par contact humain !! (Sauf quelques rares cas d’échange de seringues souillées...) Les jamaïcains ont probablement des problèmes dans leur service d’épidémiologie, à moins qu’il y ait une stratégie politico-sportive dans la manoeuvre. L’animateur s’est donc énervé pendant de longues minutes en faisant jouer l’hymne national entre les interventions des auditeurs tout aussi dépités. Du temps de Duvalier, bagay sa yo pat jam rive (ces histoires ne seraient jamais arrivées). Ce n’est pas avec cette fichue démocratie ou ses deux candidats pour la Présidence qu’on va rétablir une certaine crédibilité à notre Ayiti chérie, ... L’animateur a terminé sa longue diatribe en menaçant les familles riches du pays de les nommer en onde si elles ne nolisaient pas un avion privé pour aller sortir ces adolescents de leur fâcheuse posture. Elles ont été capables de financer à coût de plusieurs dizaines de millions de $ la dernière campagne de plusieurs candidats à la présidence, elles pouvaient démontrer un peu de patriotisme en finançant le rapatriement des jeunes athlètes. Duvalier, lui, l’aurait fait !!

samedi 12 février 2011

Le KKK


Klan Ki Klaksòn (la gang qui klaxonne dans une traduction créole personnelle, donc boiteuse) est une nouvelle appellation pour les abrutis qui klaxonnent afin qu’on leur ouvre la barrière pour entrer à la maison, ou que les marchandes déplacent leur étalage de 8 mangues quand il veulent garer leur gros 4X4 sur le trottoir. Putputpuuuuut. Pas le petit putput que les haïtiens se font sur la rue pour se laisser passer ou se remercier. Non, un tonitruant et agressant «arrive mon homme» pour le garçon de cour, ou «tasse-toi matante» pour la marchande. Même les granmoun trônant confortablement devant leur petit commerce. C’est la nature du rapport de force qu’établissent plusieurs biens nantis de ce petit pays à l’origine de la grande lutte anti-esclavagiste. La chose qui a changé depuis cette période où l’application du code noir était officiel, c’est que ce n’est plus nécessairement l’ampleur de la teinte de noire dans la pigmentation de la peau qui détermine la nature des rapports de force... Il faut lire Gary Victor dans le Nouvelliste du 4 février dernier (http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=&ArticleID=88717), il propose quelques clés pour comprendre comment l’acquisition d’un pouvoir, peu importe le contexte, pousse à penser à soi, ne sert jamais l’autre à moins bien évidement qu’il soit dans le 4x4 ou membre du KKK.

vendredi 11 février 2011

Tirer le messager


Dans les bizarreries politiques des dernières semaines, il y a cette poursuite devant le parquet. Le gars qui a lu les résultats définitifs du premier tout en direct pour les télés et les radios, est actuellement poursuivi par trois ex-candidats qui veulent toujours voir les élections complètement annulée. On pourrait imaginer que c'est leur dernière tentative. Raisonnement trop simple... Voici donc l'argument de ceux qui tirent le messager devant le parquet. Des résultats, pour être officiels, doivent être affichés selon l’article xyz de la loi électorale. Dans les faits, ce porte-parole a lu des résultats qui n’avaient pas été affichés, donc des résultats qui n’étaient pas officiels. On a donc amené ce malfrat de force au parquet hier pour le questionner. Il prétend bien évidement avoir lu les résultats que ses patrons du CEP lui avaient demandé de lire, sans plus. Il doit donc revenir lundi devant le parquet avec le fameux document lu sur les ondes pour confirmer que ce document est bien un document officiel du CEP. Il devra de plus démontrer que ses patrons lui ont clairement demandé de faire cette lecture publique. Dans la dialectique hypertrophiée des ayisien quant il est question de , ou de ; dans la constitution ou de n’importe quelle loi, celle-là est l’une des plus rigolote. On Probablement que tous les ayisien sont des avocats, des dialecticiens en herbe du moins.

dimanche 6 février 2011

Les fous sont nus


La société haïtienne est tellement forte au plan de la cohésion sociale, que j’émets l’hypothèse qu’il y a ici beaucoup moins de problème de santé mentale que dans mon Québec natal. Une hypothèse bien évidement impossible à confirmer. Prenez le suicide par exemple, la société haïtienne ‘semble’ en être exempte. De la même manière, on entend à peu près jamais parler de personnes qui confrontent une dépression, un burn-out. Je ne parle pas ici des services de psychiatrie qui sont bien évidement dans un état que l’on ne pourrait même pas qualifier d’embryonnaire. Deux hôpitaux psychiatriques situés à PAP et ... zéro pour le reste du pays. On compte probablement les professionnels (psychiatres et psychologues) sur les doigts de deux mains et de deux pieds. En fait, seuls les patients atteints du VIH et pris en charge par un programme financé par bailleur, ont un réel accès à des services de santé mentale. Ici, malheureusement, il y a peut-être trop de bénéfices secondaires à être atteint du VIH ? Bagay la aura au moins permis une certaine prise de conscience des enjeux de la santé mentale dans la population. Des campagnes de promotion et des services offerts dans les camps par des ONG participent à décloisonner cet aspect de la santé du carcan du ‘ce n’est pas pour moi’. Le Ministère de la santé commence même à réfléchir plus sérieusement cet aspect de l’organisation des services. La nudité est l’une des caractéristiques facilement observable des personnes qui souffrent de problèmes de santé mentale, disons plus lourds, ceux qui impliquent une forme de délire ou d’entrée dans un monde parallèle. PAP compte en effet quelques personnages qui errent librement et nu dans ses rues. Sur le haut de Delmas, juste avant d’arriver au cimetière de Pétion-Ville, il y a cette femme qui déambule entre les voiture, lentement et sans itinéraire apparent. Cet homme qui arpente sans arrêt Lalue jusqu’à la Panaméricaine. Sa démarche est aussi rapide qu’elle semble décidée, on pourrait penser qu’il se dirige à un rendez-vous. Celle qui s’est fait une petite vie sur la route de Bourdon dans les bosquets qui longent les bureaux de la Primature. Cette dernière qui, simplement, fait des alentours du palais sa chambre à coucher. Il y a quelque chose de beau et de doux dans ces nudités. Une individualité sans habit dont toute la vie se passe à l’intérieur, dans la tête. Le monde extérieur n’existe plus, pourquoi s’en protéger ?