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lundi 7 mars 2011

Gros samedi


Pour tout le monde en fait. Vers 3h30 du matin samedi, on me téléphone. Une collègue canadienne est prise d’une tourista trop intense selon l’armada médical du projet. En ces temps de choléra, l’alerte se sonne, peu importe l’heure. Plus de peur que mal, mais une bonne frousse. Le départ pour la République Dominicain est donc décalé de quelques heures. On prévoit ce grand voyage depuis des mois. Pour Claudette en fait. Quelques semaines après le tremblement de terre, son fils a été malade. Le frère de Claudette qui vit en République Dominicaine passait voir la famille à PAP, ils ont décidé qu’il ramenait le timoun avec lui pour le faire soigner. Depuis près d’un an donc, Prony vit à Santo Domingo avec son oncle. Des enfants qui vivent chez l’oncle ou la tante, c’est tout à fait conforme à la vision haïtienne de de la famille. Depuis l’automne, Jo planifie ce voyage avec Claudette. Je dis planifie dans la mesure où si j’avais le temps de vous détailler toutes les étapes qu’une haïtienne du rang social de Claudette doit déployer pour obtenir un passeport, vous me proposeriez d’installer MSProject sur mon ordinateur... Toutes ces étapes dans le fouillis administratif d’Ayiti et dans la mauvaise foi que ses fonctionnaires sont capables de déployer, je vous le dis, ça mérite un Nobel. Depuis septembre donc, Claudette et Jo se sont empêtrées dans des démarches administratives pas possible pour que Claudette puisse enfin mettre la main sur son passeport à la fin du mois de janvier. 24 heures plus tard, la République Dominicaine lui délivrait un visas. Il ne restait maintenant qu’à permettre à Claudette de prendre la route vers Santo-Domingo. On fait toutes les démarches pour le billet de bus de Claudette pendant qu’on tente de préciser le lieu de rendez-vous avec Roni, le frère qui s’occupe du petit depuis un an. Depuis les années, son créole s’est effrité. Pas facile de bien se comprendre au téléphone. Est-ce qu’il y a un ou des terminus ? Lequel ? Ce serait préférable qu’elle descende sur la route ? Où ? Comment elle le saura ? Un flou anxiogène pour Claudette qui n’a jamais voyagé et qui ne parle pas espagnol. Anxiogène itou pour nous. Tout ça dans un contexte où les relations entre les ayisien et les dominicains sont au beau fixe... On a donc décidé de venir passer un long week-end à Santo-Domingo et de donner une roulib (une roue libre, un ‘lift’ en québécois ...) à Claudette. Vendredi, la journée avant le départ, elle s’est fait faire une beauté. La totale. Dans la voiture, elle a tenu un silence de six heures. Sa peau noire nous empêchait de constater qu’elle était rouge d’anxiété. On le sentait. ‘T’es anxieuse Claudette ?’ ‘Nonnnn.’ ‘Oh, un ti menti...’ Elle a sourit. Arrivée à Santo-Domingo, on trouve facilement le lieu de rendez-vous. Le frère n’y est pas. Pour nous aider, une jolie républicaine enceinte lui téléphone et lui indique où nous sommes. Ne trouve pas, rappelle notre sauveuse. Ne trouve pas plus. Le manège téléphonique durera près d’une heure. Claudette n’en peut plus. Nous, on est sur le bord... Notre sauveuse qui avait d’autre chose à faire lui a demandé de ne plus bouger et nous a amenés le rejoindre. Cinq minutes à pied... Le frère a peut-être perdu le créole, pas mais pas cette habitude haïtienne de donner des indications qui évitent les précisions. Je pense qu’il était le plus heureux des retrouvailles. Le petit n’était pas encore là, pas de place pour lui, le frère se promenant en moto, pensait ramener Claudette et sa valise. On a repris la voiture et l’avons suivi jusque chez lui, nous aussi on voulait retrouver Prony. Elle qui avait été silencieuse durant tout le trajet s’installera le menton entre nos deux sièges pour parler sans arrêt jusqu’aux embrassades avec son fils. De rues en ruelles, on a abouti dans un quartier populaire de Santo-Domingo, probablement aussi animé que tous les quartiers défavorisés de Santo-Domingo. De la musique, de la bière, des femmes qui se font belles (avec des bigoudis pour se défriser les cheveux), des bonhommes qui jouent aux cartes, des enfants qui jouent. Tout ça se vit dehors bien évidement. Prony sera fou de joie de voir sa mère. Ils passeront sûrement une semaine de rêve. Nous, il nous fallait sortir de ce labyrinthe et trouver l’hôtel. Embouteillages de fin de journée du samedi, il est presque 19:00 quand on déposera les valises dans le lobby de l’hôtel. Vers 20:00, on reprendra la voiture pour migrer vers un autre hôtel... Plus de place pour nous, du ‘fuckage de chien’ comme les hôteliers un peu véreux de la République-Dominicaine peuvent en faire. Vers 22:00, on déposera nos fesses sur une terrasse pour prendre une bière et manger un pizza. Claudette ? Elle dort sûrement.

vendredi 25 février 2011

Le paon


Trois jours à me promener en 4X4 de Miragoane à Jacmel. À dormir dans des hôtels où internet se cache. Écrire un billet sur son Iphone, ça limite un peu. En quittant Miragoane, on a été coincé plus d’une heure sur la route. Une petite fille de 5 ans aurait été heurtée mortellement par un camion quelques heures avant que nous arrivions. Le chauffeur aurait tenté de se pousser pour ne pas être lynché mais la police aurait réussi à mettre la main dessus. La population locale aurait bloqué la route pour que la PNH lui redonne le chauffeur, elle voulait en fait se faire la justice que l’État ne sera pas en mesure de faire. Tout dans ces dernières phrases est au conditionnel parce qu’on ne sait pas si c’est vrai... La route s’ouvrira pour nous sans qu’il y ait un dénouement plus solide sur l’histoire réelle. Côté campagne électorale, Tet Kale est partout. Tèt Kale, c’est Martelly. Il a la tête complètement calée, pas un poil sur le coco. Tèt Kale signifie aussi déterminé, engagé. Il ne se pavanerait plus comme un candidat, mais déjà comme un président selon Asefi. Il s’affiche partout dans ce rose qu’on appelle maintenant le rose Tèt Kale. Asefi est certaine que bientôt tout le pays arborera fièrement cette couleur. Ça la déprime, mais c’est beau.

samedi 19 février 2011

La plaie


J’ai pris prétexte de la crise footballistique cette semaine pour vous parler de ces animateurs de radio qui carburent au démagico-nationalisme, et dont les chauffeurs sont friands. Chacun son heure pour fixer la chaîne ! N’empêche que cette mésaventure jamaïcaine laisse un goût amer dans la bouche d'Ayiti. En fait, elle tourne le couteau dans la plaie de .... la plaie. Ici, tout le monde connait l’association historique entre SIDA et les 4 H. Homosexuels, Hémophiles, Héroïnomanes et Haïtiens. Dès le début de l’épidémie, les haïtiens ont eu mal à partir avec cette idée bien ancrée aux USA que la maladie avait été importée par un haïtien. Allez sur MEDLINE (la base des publications scientifiques en médecine), vous allez même trouver tout le débat ‘scientifique’ sur l'affaire ; parce qu'il y a débat. Il faut quand même identifier 'le' premier arbre qui a a brûlé dans un feu de forêt !! Cette idée avait donc créé des problèmes importants aux haïtiens qui se rendaient aux USA (ou ailleurs dans le monde) vers la fin des années 80. À l’époque, les banques de sang de plusieurs pays refusaient celui des haïtiens. Une petite gêne. Le choléra génère également pour les haïtiens le même genre de comportements soupçonneux, il fallait voir le représentant du gouvernement français à notre arrivée en Guadeloupe en décembre dernier. Habile le bonhomme, mais quand même proche du profilage racial. Dans le cas de l’équipe de foot des moins de 17 ans, la Jamaïque semble avoir défoncé une porte ouverte, en réussissant tout de même à faire des dommages. C’est vous dire ... Les excuses de la Ministre Jamaïcaine des affaires étrangères ne changent rien au fait qu’Haïti a été retiré de la compétition. Une égratignure de plus dans le miroir de ce pays qui aime tant se regarder si beau. Disons que dans ses relations avec les partenaires de la Caraïbes, les haïtiens continuent de jouer le rôle de la plaie galeuse. Ils sont les seuls citoyens de la CARICOM à ne pas avoir accès au visa régional (le Caricom special visa) qui leur permet de circuler dans la zone et d’entrer dans plusieurs autres pays (le Canada par exemple). Le plus beau dans l’affaire, c’est de se rappeler la sortie du Ministre de la santé qui demandait aux haïtiens, il y a quelques semaines, de ne pas sombrer dans une chasse aux sorcières auprès des étrangers qui avaient (auraient) amené le choléra en Ayiti. Se servant de son propre exemple (rejeté dans des banques de sang au moment où il résidait en Belgique), il rappelait à ses compatriotes que l’amalgame donnerait une bien mauvaise image de son pays.

mercredi 16 février 2011

Le foot au temps du paludisme


Mon aversion envers nationalistes québécois est naturelle (même si je suis un « séparatiss »), les Bizz et VLB de cette ‘province’ monde m’épuisent. Envers les nationalistes de manière générale pour dire vrai, peu importe la couleur qu’ils portent. On va essayer de me faire croire qu’il ne faut pas trop simplement confondre intolérance et nationalisme, mais disons que les deux dorment souvent du même côté du lit, l’autre côté étant atteint d’une maladie honteuse qui ‘dénaturerait’.  Ici, le nationalisme a un auditoire important. Mes amis ‘nationalistes haïtiens’ me disent que ce n’est pas un nationaliste revanchard ou agressif, mais un nationaliste de survivance, de défense. Aujourd’hui à la radio, on a eu droit à une intense démonstration de ce nationalisme local. Plusieurs animateurs de radio (à PAP du moins) pourraient vous faire passer leurs collègues des radio-poubelle de la région de Québec pour des enfants d’école. Démagogico-simplisme postillonné à répétition pendant des heures, à un moment, ça devient vrai. L’animateur (et les auditeurs qui appelaient) a crié (même à pleurer) son indignation patriotique pendant presque une heure. Comment la Jamaïque pouvait imposer un tel ‘rejet’ à l’équipe haïtienne des moins de 17 ans ? Pourquoi l’État ne déclarait pas la guerre ? Comment Ayiti pouvait arriver si bas ? En tournoi de qualification de la CONCACAF pour le mondial qui aura lieu l’année prochaine au Mexique, les jeunes haïtiens se sont vus imposer une quarantaine presque ‘militaire’ par le gouvernement jamaïcain à cause de deux jeunes (ou cinq ?) qui auraient été atteints de la malaria (paludisme en français). Confiner de force dans des chambres d’hôtel, impossible de sortir ou de recevoir des visiteurs. Impossible itou de prendre un vol commercial. Imaginez, la maladie ne s’attrape pas par contact humain !! (Sauf quelques rares cas d’échange de seringues souillées...) Les jamaïcains ont probablement des problèmes dans leur service d’épidémiologie, à moins qu’il y ait une stratégie politico-sportive dans la manoeuvre. L’animateur s’est donc énervé pendant de longues minutes en faisant jouer l’hymne national entre les interventions des auditeurs tout aussi dépités. Du temps de Duvalier, bagay sa yo pat jam rive (ces histoires ne seraient jamais arrivées). Ce n’est pas avec cette fichue démocratie ou ses deux candidats pour la Présidence qu’on va rétablir une certaine crédibilité à notre Ayiti chérie, ... L’animateur a terminé sa longue diatribe en menaçant les familles riches du pays de les nommer en onde si elles ne nolisaient pas un avion privé pour aller sortir ces adolescents de leur fâcheuse posture. Elles ont été capables de financer à coût de plusieurs dizaines de millions de $ la dernière campagne de plusieurs candidats à la présidence, elles pouvaient démontrer un peu de patriotisme en finançant le rapatriement des jeunes athlètes. Duvalier, lui, l’aurait fait !!

lundi 14 février 2011

Les jambes sont lourdes


Ce matin, les jambes sont lourdes. Randonnée pédestre très tôt hier matin avec des amis. À l’heure des poules, la Montagne Noire était complètement dans la brume. L’ascension se fait avant que le soleil ait le temps de trop chauffer l’air (entre 6h et 9h). Un peu plus de deux heures de marche avec une ascension continue et intense, tellement intense qu’il est de notoriété publique que les automobilistes attendent la fin des pluies pour s’y aventurer. On perd vite l’habitude marcher dans ce monde de ‘4X4 pour les blancs’ qu’est PAP. J’aurai donc quelques difficultés à monter les escaliers du bureau aujourd’hui...