lundi 12 décembre 2011

Élémentaire ...

Ici, on parle beaucoup d'insécurité depuis quelques semaines. Juste avant le passage du Père Noël... Je ne sais pas vraiment si la chose a évolué d'une manière telle que nous aurions changé de statut sécuritaire, mais on en discute amplement. Il y a eu des enlèvements dans les derniers jours, mais il y en a toujours... Quelques délits graves, mais encore là, il y a une certaine habitude. En passant, il faut rappeler à tous vos amis qui ne lisent pas ce blogue que "HAÏTI N'EST PAS UN PAYS VIOLENT". Comparez avec toutes les statistiques des pays de la région ou de l'Amérique du Sud, et vous verrez qu'une réputation, ça se gonfle. Qui a intérêt en cette période de nous raconter que le pays sombre encore davantage dans l'insécurité, et ce sans aucune données à l'appui ? Pour le moment, ceux qui à la radio nous parlent d'insécurité nous ramènent toujours l'importance dans ce contexte récemment dégradé, de la reconstitution de l'armée nationale. Ces analystes n'entendent pas la critique qui s'appuie sur l'hypothèse inverse, que l'armée augmentera l'insécurité. "Impossible, c'est bien connu, l'armée est par définition une force de sécurité. Elle ne peut donc pas générer davantage d'insécurité" de répondre notre expert. Élémentaire mon cher Watson ... C'est drôle comme une phrase logique puise corresponde à un argument aussi absurde !

vendredi 9 décembre 2011

Monter dans les rideaux


Tôt ce matin dans un hôtel de Jacmel où j’ai été forcé d’engager un dur combat contre deux oreillers pour qu’on me laisse enfin sortir du lit, je me décrassais les yeux en regardant cet homme monter dans un cocotier. Il faut faire tomber le fruit dur et mûr avant qu’il ne s’attaque à un passant. Dans les minutes qui ont suivi, j’ai eu droit à une montée dans les rideaux du gérant de l’hôtel. Je lui propose ma carte de crédit pour régler la note.
- On ne prend plus de carte de crédit !
- Un chèque personnel ?
- Pas plus, que du cash.
- Vous n’avez pas penser me le dire avant que je déplace mes valises jusqu’ici. Je n’ai pas le cash qu’il vous faut.
- On a du trouble avec cette fichue banque qui ne peut nous donner de cash, carte de crédit ou chèque, ça ne me sert plus à rien!!
Le pays est (serait selon des spécialistes) dans une crise de liquidité depuis quelques jours. J’avoue que je comprends pas grand chose aux multiples analyses lues dans les journaux ou entendues à la radio, mais ilsemble que la crise ‘artificielle’ ait quand même des effets réels. Le bonhomme est donc à court de liquidité même si son compte de banque serait bien nanti. La femme qui mangeait une assiette de fruits juste à côté de nous s’est mêlé de la conversation pour nous annoncer qu’elle s’en allait dans la minute vider son compte de banque. « C’est mon argent, ils sont mieux de me le donner. M’ap fè anpil dezod !!» L’hôtelier a donc été forcé d’accepter ma Visa mais ne sait pas encore quand il pourra voir mon petit bout de plastique se transformer en argent sonnant. Effectivement préférable de se faire sonner par l,argent que par une noix de coco !

mercredi 7 décembre 2011

Boum .. et crise !?


Un ami journaliste me faisait suivre aujourd’hui une dépêche où on apprenait que la chaîne hôtelière Marriott se préparait à construire un superbe hôtel en plein de Port-au-Prince. À Turgeau plus précisément. Le nouveau Marriott  s’ajoutera à deux gros projets hôteliers actuellement en construction du côté de Pétion-Ville, à la remise à neuf du Karibe et à la reconstruction du Montana. Cette effervescence hôtelière est proche de la folie des ‘markets pour blancs’ qui s’est également emparée de la capitale. Je vous fais une petite confidence, je n’ai aucune fibre business. Aucune comme dans ‘rien pas pantoute’. Mais j’ai quand même le feeling que les gens qui font les analyses de marché devraient prendre un peu de Prozac. À moins que ce soit une petite pilule bleue, question de mieux assouvir toutes leurs aspirations. Il y a eu dans les mois qui ont suivi le tremblement de terre, un boum économique sans précédent dans les commerces de luxe, le commerce fréquenté par les blancs. Des milliers d’ONG sont débarquées les poches pleines et tout le monde a vu le Klondike. Le prix des appartements a gonflé en flèche, les restos et les hôtels débordaient, les rues de PAP étaient piétinées par des beaux 4X4 neufs, et tout ceux qui coulent dans le fric étaient heureux. Un de ces restaurateurs bienheureux me disait toutefois que depuis septembre ou octobre dernier, les affaires reviennent à la normale. Il ne loue plus ses appartements aussi facilement qu’avant et surtout, il doit baisser ses prix. Comme si l’économie gonflée par le tremblement de terre commençait à reprendre ses attributs de normalité, les ONG ayant enfin épuisé l’extraordinaire générosité des gens. Je ne sais donc pas comment ces spécialistes du cash planifient leurs affaires, mais j’ai un petit sentiment (bien naïf il faut le préciser) que le Klondike annoncé pourrait dégénérer en crise. Heureusement, ce ne sera peut-être pas une vraie crise économique pour le pays, tout le monde sait bien que 99,99% des haïtiens sont exclus de ces marchés, très peux y travaillent et presque personne peut en profiter.

mardi 6 décembre 2011

Chacun son drame

Il y a quelques fois des choses qui font sourire. Sourire franchement et sourire jaune. Sur le site de certains journaux (et sur youtube surtout), on s’amuse cette semaine avec un carambolage de voitures de luxe qui s’est produit en Chine. Des Ferrari qui emboîtent des Lamborghini… Quelques millions de $ de casse pour des gens qui ont assez de cash pour se payer un bolide de course, mais qui éprouveraient certaines difficultés à en maîtriser la conduite. Presque au même moment survenait ici un accident qui n’a sûrement pas coûter si cher. Un camion enfonce un pilonne électrique. Bilan : 10 personnes mortes électrocutées. Des gens qui n’ont pas d’Argent pour se payer l’électricité mais qui meurent électrocutés … Autre bout du monde, autre drame !

lundi 5 décembre 2011

Faire des bulles

À tous les jours, on se couche un peu moins imbécile. C’est peut-être la seule vérité, je parle de vérité vérifiable. Je travaille depuis quelques semaines sur des nouveaux dossiers relatifs à l’appui des ONG amies d’Ayiti à la construction de nouvelles structures hospitalières. Le tremblement de terre ayant mis près de 60% des structures sur le cul (dans les départements touchés bien évidemment), on construit beaucoup d’hôpitaux. Des hôpitaux modernes bien évidemment, « il faut ce qu’il faut !! » Des hôpitaux ‘designés’ en fonction de critères définis ailleurs dans le monde où la modernité a fait son nid, pour ne pas dire s’est arrêtée. Deux de ces nouveaux machins qu’on veut livrer au ministère de la santé auront des frais de gestion évalués à 9 millions de $ (US). 9 millions chacun !!! À titre d’information, question de mettre les choses en perspective, le plus gros hôpital du pays fonctionne actuellement avec un budget total de près de 6 millions de $. Je ne parle pas ici des frais de gestion de l’hôpital, mais de son budget total… Comment donc ces grands penseurs de l’aide internationale (il y en a entre autres un qui fait le tour du monde pour raconter comment les choses devraient être faites …) peuvent-ils intelligemment gonfler la bulle autant ? Comment l’État haïtien pourra-t-il faire vivre ces éléphants blancs (dans le sens de blanc !!) sans multiplier par 20 la part du budget de l’État dévolu à la santé ? Qui sera accusé d’avoir saccagé un si beau cadeau des ONG amies ? « Avec le tremblement de terre, on a récolté trop d’argent, on ne sait plus comment la dépenser » me disait un de ces promoteurs un peu gêné.

dimanche 4 décembre 2011

Vaccinés


Hier matin, j’écrivais à un ami de Québec qui prépare une petite visite en Haïti pour venir voir son vieux chum et la blonde de son vieux chum. Ce sera sa deuxième visite. Je lui écrivais une petite phrase très simple (pour ne pas dire simpliste) qui une fois terminée, m’afait sursauté : ‘Les haïtiens sont toujours heureux’. Sans trop réfléchir,j’écrivais tout légèrement cette ‘vérité’. Ok, j’exagère un peu, mais à côtoyer des haïtiens à temps plein depuis plus de trois ans, on comprend qu’ils ont au moins été vaccinés contre la tristesse ou la déprime. En fait, on cherche les défaillances quand on voit ces gens maintenir une joie de vivre pendant des décennies baignées dans une pauvreté extrême et ponctuées de crises politiques violentes, d’ouragans et d’un tremblement de terre dévastateur. Ici, on parle de résilience, pas de dépression. Ce flash du ‘bonheur’ m’est venu en pensant à l’adolescente québécoise qui s’est données la mort cette semaine. La fille estimait que la mort valait mieux que l’enfer de sa vie perturbée par des consoeurs d’écoles un peu trop harcelantes. Ou encore en lisant ce reportage dans La Presse de samedi sur les gens de Lanaudière dont la vie s’est arrêtée depuis que l’usine qui les embauche a décidé de transporter leurs jobs aux États-Unis en les laissant eux-mêmes au Québec. Ils sont déjà 8 ou 9 employés à avoir choisi la mort plutôt que cette vie qu’ils appréhendaient. Dans notre petite tête de québécois, le suicide est une option dès que l’insoutenabilité de la vie semble penser plus lourd que sa fin définitive. Les haïtiens ne parlent pas du suicide. Pas que ce soit tabou, simplement que ce n’est pas une éventualité.

jeudi 1 décembre 2011

Il y a pire que l'hiver canadien

Je ne vous ai pas donner de nouvelles du livre bleu depuis déjà plusieurs semaines. Pour les néophytes, c'est un ti-cul de 16 ans qu'un membre de sa famille tente de faire immigrer vers le Canada (le plussss meilleur pays du monde) depuis ... quelques semaines après du tremblement de terre du 12 janvier 2010. Il y a eu une petite secousse cette semaine, au cas où vous confondriez ?! Le gars est 'orphelin' depuis  bagay la et une tante maintenant canadienne tente de le prendre sous son aile. Quant à moi, je suis le grand frère qui aide l'ado (même pas boutonneux !!) à passer par la course à obstacles haïtiano-canadienne afin d'obtenir tous les papiers nécessaires à faire le voyage vers le froid. Il avait 16 ans au début du processus, maintenant 17 et je souhaite qu'il n'arrive pas à 18 avant d'obtenir le visa. Le Canada (le plusss meilleur pays du monde, désolé pour le bis, ça me fait trop plaisir), à donc tout ce qu'il faut (preuve du décès des parents, conformité du lien entre l'enfant, papa et maman, la conformité du lien familial entre la mère et la tante au Canada, ...) pour prendre la décision tant attendue. Hautement souhaitée du ti-cul qui ne rêve qu'à prendre l'avion ! "C'est comment l'hiver ? Tout le monde me dit que c'est froid" "Tu sais pour le froid, il y a pire que l'hiver ..." Donc dans l'attente des dernières semaines, mon cher pays vient de demander des tests d'ADN pour confirmer les liens de parenté entre le ti-cul et la tante. Merci de rester calme. Merci de ne pas rejoindre les indignés qui campent dans votre voisinage. Merci de ne pas appeler Radio-Canada, la Facture ou les Francs-Tireurs pour dénoncer la tabarn... de niaiserie. Des tests d'ADN... Des tests d'ADN. On arrête pas le progrès. Ai-je dit des tests d'ADN pour faire migrer une jeune de 17 ans. "Pour le froid, il y a pire que l'hiver canadien." Désolé encore pour le bis.