samedi 31 mars 2012

Bureaucrate

Je ne vous ai pas parlé de mon livre bleu depuis des mois. Depuis des mois parce qu’on attend que le ‘pluss beau pays du monde’ se décide et que se décider peut prendre des mois. Surtout quand on est le ‘pluss beau’. Ses 16 ans vont bientôt approcher le 18 et j’anticipe que les règles changeront, que de nouvelles formalités devront être complétées. Une collègue vit le même genre de complications (que je ne qualifie pas …) avec une petite fille qui arrive bientôt dans la préadolescence. Même genre de situation, des gens au Qc prêt à assumer toutes les responsabilités de parents happés trop rapidement par la mort (restés sous les décombres dans certains cas). On s'énerve et rapidement on voudrait voir le bureaucrate sur le grill. Toutefois, ce n’est pas lui le problème, mais l’espace d’intelligence et d’humanité que sa bureaucratie lui offre.

jeudi 29 mars 2012

Sortez les guirlandes

On souligne aujourd’hui les 25 ans de la constitution. Celle qui a été définie par les haïtiens dans les mois qui ont suivi le départ du fils dictateur. On devrait voir quelques manifestations annoncées comme pacifiques afin que la lettre et l’esprit de cette constitution soient respectées. D’ex-militaires viendront répéter que l’armée est une des constituantes définie dans la constitution et qu’à ce titre, elle n’est pas respectée. D’autres viendront demander des logements alors que la loi mère garantit le logement. Même chose pour la santé ou l’éducation. On pourrait même voir des parlementaires manifester pour demander au président de respecter le principes de séparation des pouvoirs inscrits dans la constitution. À la fin, peut-être entendrons-nous Martelly répéter que cette constitution mène dans un autre culs de sac, elle aurait créé une dictature inefficace des parlementaires afin d’éviter celle tout aussi inefficace d’un président. Lors du colloque de la semaine dernière – qui portait sur la décentralisation des services de santé –, la constitution a fait l’objet de trois conférences. Tout ce qu’il y a d’intellectuels dans ce pays s’entend pour dire que le papier est théoriquement approprié et n’empêcherait en rien la modernisation du pays (sauf pour certains aspects dont la nationalité multiple), mais que le bas blessait au moment où on la manipule. Quand les humains la manipulent. L’anthropologie 101 que je pratique à l’occasion m’amène à penser à cette dimension fondamentale de la culture nationale qui est la fuite, l’insaisissabilité. Comment un cadre, qui par définition structure et donc contraint, peut être mis en application ? Je pense aussi à une autre dimension fondamentale de la culture nationale, c’est cette ‘immatérialité tangible’, une immatérialité qui porte des résultats concrets dans la vie de tous les jours. Je fais référence à cette capacité des haïtiens à marquer le quotidien de choses qui positivement (positivisme) n’existent pas. Le dollar haïtien est une illustration intéressante de cette faculté. Sur Alter Presse aujourd’hui, on parle d’une constitution ‘foulée aux pieds’ depuis 25 ans. Une constitution qui concrètement n’existe pas, mais qui continue à servir de munitions à cette stagnation nationale. Asefi me disait à la blague ce matin : « Sortez les guirlandes pour la fête du petit. Il est né il y a 25 ans, mais n’existe toujours pas ! »

mardi 27 mars 2012

Ça ne change rien 2

J’ai écrit un billet intitulé Ça ne change rien en juin dernier (le lien). Le texte faisait référence à une nouvelle qui avait eu l’effet d’une bombe ici, il n’y aurait pas 250 ou 300 000 morts comme annoncé dans les suites du tremblement de terre, mais nettement moins (60 000 probablement). Je me souviens de plusieurs animateurs de radio qui s’époumonaient pour décrier quiconque voudrait diminuer (discréditer) la tragédie nationale. Le fait que le rapport était américain n’aidait bien évidemment pas la cause de l’auteur, l’antiaméricanisme étant ce qu’il est … Un neveu en visite à la maison m’a donné la référence d’un anthropologue américain qui a écrit sur Haïti (Timothy Shcwartz). En fouinant sur le net, j’ai trouvé son blogue et ai compris qu’il était l’auteur (ou un des auteurs) du fameux rapport américain qui avait fait la commotion ici. Aller lire son billet (le lien) sur le dossier, ça vaut le coup. Encore une fois, la question à se poser est "qui aurait eu intérêt à gonfler les chiffres, à y mettre des bulles ?" Dans la mesure où ils l'auraient été !!

lundi 26 mars 2012

Pas de bonnes nouvelles

Dans la dernière semaine, j’ai été tellement coincé par ce foutu colloque que je n’ai même pas suivi les nouvelles locales. Deux minutes dans la voiture, deux minutes entre les conversations téléphoniques. Voici donc quelques infos pour ceux qui comptent sur moi pour s’informer sur la vie politique haïtienne. En premier lieu, le dossier de la nationalité du président n’a pas bougé ‘officiellement’ outre pour laisser courir les rumeurs sur les incongruités qui pulluleraient dans les 8 passeports déposés, et l’introuvable carte de résidence américaine. Le dossier stagne, comme l’eau que le soleil n’arrive pas à sécher. Toujours au sujet du président, les députés qui ont enquêté sur l’arrestation de leur collègue en novembre dernier (le député Bélizaire) ont tiré la conclusion inaltérable que l’ordre d’arrestation était venu directement du président. Mais au lieu de le poursuivre tout de suite et ajouter une couche de plus d’enfer dans la vie politique nationale, ils ont décidé de ne pas le poursuivre. Pas tout de suite du moins. Les députés gardent donc ouverte cette option et pourront ainsi faire chanter le président dès que ce sera à leur avantage. Il faut dire que Martelly est aussi un chanteur … Finalement, le directeur de la police subirait de forte pression de l’exécutif pour donner sa démission. Tout ça sur fond d’une montée toujours plus forte de ces groupes d’ex-militaires (pseudos) qui envahissent les anciennes bases militaires. Le ministre de la justice et de la sécurité publique aurait demandé au directeur de la PNH de ramener ces démobilisés à l’ordre, mais ce dernier ne veut pas mettre son doigt dans cet engrenage qui risque de lui bouffer le reste du bras. Personne n’ose sérieusement croire que la Minustah va être plus motivée à s’impliquer dans ce dossier. Finalement, le dossier du premier ministre n’avance toujours pas … Ok, je ne recommencerai plus, je vous le jure.

dimanche 25 mars 2012

Saison des pluies

Il y a ce tap-tap qui accumule plus de déchets que de clients. Les sachets (sacs de plastique en québécois) se sont agglutinés partout où c’était possible sous le véhicule. C’est que la saison des pluies a repris ses droits et les soirées sont arrosées de manière tellement importante que des rues sont complètement bloquées de déchets, des roches (pas des cailloux, des grosse roches !!) ou de boue le lendemain matin. Canapé-Vert était presqu’impraticable la semaine dernière. Même chose pour Pan-American ou Juvenat. Les torrents déballent les ravines jusque dans la bas de la ville en transportant tout ce qui est trop léger ou pas attaché. Les rues se transforment en rivières et les voitures stationnées deviennent des espèces de filtre à ordures. Les rapports sociaux étant ce qu’ils sont, toutes les immondices de Pétion-Ville finissent leur jour dans les rues de PAP ou dans la mer. Ces immondices-là, finissent accrochés sous un tap-tap stationné sur la rue qui borde le cimetière de Port-au-Prince…

samedi 24 mars 2012

Un peu de repos

Je ne suis pas mort. Épuisé, mais pas mort. J’ai passé les derniers jours, soirées et nuits à travailler à l’organisation d’un colloque qui a réuni plus de 200 personnes. Pas l'énergie pour prendre le 15 minutes journalier pour donner des nouvelles. Un boulot fou où des dizaines de détails se transforment constamment en urgence. Je ne sais plus qui a dit ‘le diable est dans les détails’, mais j’aurais bien voulu boire le rhum-punch du cocktail avec lui hier soir… À la fin de ce genre de folie, on se dit toujours que c’est fini, qu’on nous y reprendra plus et que l’année prochaine, on fera les choses autrement. Autrement !? Un des premiers conférenciers du colloque a présenté cette matrice simple et efficace d’aide à la prise de décision où sur un axe on a le degré d’urgence, et l’autre le degré d’importance. L’idée étant de situer dans cette matrice l’ensemble des ‘problèmes’ que l’on doit gérer pour définir sa tactique, l’ordre dans lequel on passe l’action. Je l’écoutais en tentant d’analyser à partir de ce modèle comment nous aurions pu prendre de meilleures décisions tout au long des semaines passées afin d’éviter l’enfer de ces derniers jours. Trop fatigué pour être brillant … je ne suis arrivé à rien. Le plus réconfortant dans l’affaire, c’est de voir la satisfaction des participants. On se dit que sur le fond, nous ne sommes pas passé à côté.

samedi 17 mars 2012

Dépenser moins d'énergie

Les marchandes doivent vraiment être en furie … Le changement d’heure les force à marcher une bonne heure de plus dans le noir. Le matin, je partage leur point de vue. Il faut que je trouve le moyen de faire la marche matinale sans avoir à me promener avec une frontale … Les préoccupations sécuritaires sont ce qu’elles sont, surtout dans ce contexte un peu trouble. Le soir toutefois, l’heure d’été nous plait davantage. Plus de temps pour poireauter sur la terrasse, prendre un verre de plus, grignoter davantage … Comme un vase communiquant, les livres perdues reviendront au bercail ? À moins que je contrôle ma consommation de rhum … Dire qu’on change l’heure à l’automne pour dépenser moins d’énergie !!

vendredi 16 mars 2012

Irresponsabilité

Les députés et sénateurs préparent une loi qui va protéger leur immunité. Je ne commente pas autrement qu'en rappelant le titre de l'article qui nous présente le détail de ce projet de loi (le lien). Lisez bien et merci de ne pas diffuser, ça pourrait donner des idées à d'autres parlementaires.

jeudi 15 mars 2012

Discussion avec Cetout

- T’as vu comment l’ambassadeur américain s’en est bien tiré jeudi dernier ?
- Cher Cetout, je suis certain que tu peut être précis !
- Il a dit que le président n’était pas américain, il n’a pas dit qu’il ne l’a jamais été !!
- Aide moi un peu. - En fait, la constitution indique que le président ne doit jamais avoir renoncé à sa nationalité haïtienne. L’ambassadeur ne nous a pas confirmé que le président n’a jamais eu la nationalité américaine, mais qu’il ne l’a pas actuellement. Ce qui maintient toujours vivante l’hypothèse que le président ait déjà obtenu la nationalité américaine, et conséquemment, qu’il ait un jour renoncé à sa nationalité haïtienne. Quand on pense à toutes les incohérences qui sortent de l’analyse des ses 8 passeports, on semble loin d’avoir noyé la braise.
- Effectivement, on sent que le pétard lui éclate au visage. C’est surprenant qu’il n’ait pas pu prévoir que ses passeports allaient donner encore plus de munitions à ses adversaires. Surtout qu’avec ce qui se dégage comme erreurs et incohérences dans ses passeports, surprenant qu’il se soit lancer de telle manière dans la gueule du loup.
- Il semble en fait qu’il se soit fait coincé. Il voulait présenté ses passeports devant les gens de Religions et paix, mais ne souhaitait pas que ces derniers les apportent aux sénateurs. On comprend que les gens de Religions et Paix n’ont pas souhaité être utilisés par Martelly et lui auraient imposé de transférer les passeports aux membres du comité sénatorial.
- Tu peux m’expliquer comment les représentants de Religions et Paix ont réussi à lui imposer ce que les sénateurs n’avaient pas réussi ?
- C’est une des limites des rumeurs, elles n’expliquent pas tout …

mercredi 14 mars 2012

Triste vie

Une des choses pénibles de mon boulot est cette manie haïtienne de tenir des réunions dans un hôtel en bordure de mer. Tu entres dans ta chambre et le bruit des vagues perturbe ton petit roupillon. À chaque fois, j'ai besoin d'un rhum sour pour m'en remettre... La vie est trop triste.

mardi 13 mars 2012

Claire et définitive

Un chercheur avec qui j’ai travaillé plusieurs années reprenait quiconque utilisait le mot ‘évidence’. « Si vous voyez quelque chose d’évident, c’est que vous avez besoin de nouvelles lunettes. » Il faisait référence à cette position philosophique relativiste qui interdit toute forme de certitude, la réalité et les perceptions qu’on peut en établir étant complexes, compliquées et multiformes. Il y a dans cette expérience de l’aide internationale, certaines réalités inscrites (malgré moi) dans mon intelligence comme des évidences et qui glissent dans la section de mon cerveau intitulé ‘tout est relatif’. Comme par exemple, la distinction entre les dimensions techniques et politiques dans les fonctions de l’État. Comme celle de valider la véracité de passeports ! Fonction évidemment technique dans ma petite tête, mais non… tout est relatif. Les médias nous balancent certaines informations depuis quelques jours sur la tâche intensive d’analyse des passeports du président dans lequel les sénateurs se sont lancées. Les sénateurs assis devant les passeports à comparer les dates des poinçons avec les informations fournies par les compagnie aérienne, ou vérifier la véracité des passeports. Le président a déposé 8 passeports, de quoi passer quelques belles journées et offrir des centaines d’occasions aux sénateurs de soulever des doutes. Parce que des doutes mes amis ... Allez lire cet article de Haïti Libre (le lien) pour avoir une idée de ce qui circule et la seule chose qui reste évidente, relativisme ou non, c’est qu’on ne sortira pas de cette histoire avec une vision claire et définitive.

dimanche 11 mars 2012

Un vrai débat politique


À la mer aujourd’hui, ces deux langoustes se faisaient bronzer pour nous servir de repas. Le pêcheur ‘en chaloupe’ n’était pas peu fier de nous griller les deux bêtes. Pour l’analyse culinaire, elle se confond comme souvent avec le moment : Exquis. On avait quitté la maison à la même heure que d’habitude, mais on avait déjà une heure de retard sur l’agenda. On avançait l’heure aujourd’hui, comme on le fait à chaque année ailleurs dans le monde, je le sais … L’évènement ici est que c’est la première fois en 3 ans qu’on change l’heure. Le changement d’heure est une prérogative présidentielle. Préval ne voulait pas qu’on change l’heure, on ne la changeait pas. Martelly l’a voulu, on l’a fait. L’analyse politique droite-gauche serait en cause. Les présidents issus de la gauche ne changeraient pas l’heure pour faciliter la vie du ‘peuple agricole’ (surtout les femmes) qui doivent se lever aux petites heures pour aller vendre leur production. Elles travaillent entre 3 et 7 heures du matin et  pour la plupart, n’ont pas l’heure. Pas question donc de modifier leur horaire. Les présidents de la droite voudraient plutôt aider les bourgeois qui se lèvent plus tard et ont besoin de faire des affaires plus longtemps en fin de journée…  Enfin un vrai débat politique !

vendredi 9 mars 2012

Discussion avec Asefi

- Tu sais Labadie, le président n’a absolument rien prouvé hier soir dans sa conférence de presse ‘spectacle’.
- C’est à dire ?
- Il a montré des passeports haïtiens et des preuves qu’il a voyagé avec ces passeports, mais il n’a pas fait clairement la démonstration qu’il n’avait pas la nationalité américaine ou italienne.
- L’ambassadeur américain a pourtant précisé que le président haïtien n’avait pas la nationalité américaine. Ça me semblait clair !
- Une déclaration en l’air comme ça dans une conférence de presse, à la demande spontanée du président. Tu penses que c’est valide comme déclaration ‘officielle’ du gouvernement américain ?
- Spontanée … tu y vas fort. On a beau faire semblant d’improviser, le tout avait l’air d’avoir été bien orchestré.
- Orchestré ou non, ça ne change pas grand chose au fond de l’affaire, nos amis sénateurs ne pourront pas se servir de cette déclaration pour fermer le dossier. Ils vont en exiger plus du gouvernement américain. C’est sans compter que celui qui l’accuse prétend que le président a aussi la nationalité italienne.
- J’ai effectivement entendu le sénateur Moïse ce matin, il n’en démord pas. Il a qualifié la conférence de presse d’hier de ‘mascarade’ tout en continuant d’affirmer (preuves en main (!?)) que c’est un étranger qui dirige le pays. Que la prestation du président n’ait pas convaincu le sénateur Moïse, ce n’est pas vraiment une surprise. À cette étape toutefois, la question est plutôt de savoir si le président a convaincu assez de sénateurs pour clore le dossier.
- Je pense qu’il a davantage convaincu les sénateurs et les députés de son mépris des institutions de l’État. De ce point de vue, il a éventuellement ajouté de l’huile sur le feu.
- T’as pas l’impression qu’il a au moins repris un peu de l’appui populaire en acceptant de rendre ses pièces ?
- Je ne crois pas. Les gens ne sont pas dupes à ce point. La tactique de s’associer aux autorités religieuses est une mauvaise lecture de la grande dévotion de la population haïtienne. Ses ennemis sont dans les deux chambres, pas dans les rues. Il n’aurait rien perdu de son appui populaire en se rendant devant les deux chambres pour remettre ses pièces et se serait ainsi éviter des complications pour la suite. Vraiment, il a une drôle de façon de naviguer dans cet espace politique, comme s’il ne comprenait pas les règles du jeu.
- On a plutôt l’impression qu’il ne veut pas les respecter.
- Pas si certaine. Vraiment, j’en arrive à penser qu’il est incapable d’intégrer des dimensions de la fonction, de l’ordre constitutionnel dans lequel il doit naviguer. Je peux comprendre que sa personnalité le pousse à vouloir briser certains moules inutiles ou rendus caduques par la sclérose de nos parlementaires, mais là, il pousse trop fort, comme s’il s’attaquait à toute la baraque.
- T’es pas surprise que les américains et les églises aient accepté de participer à ce petit jeu ?
- Pour les églises, c’est normal. Elles n’ont jamais vraiment accepté cette idée d’un État laïque, surtout les catholiques. Martelly leur a offert l’occasion de se repositionner au centre de l’échiquier politique. Pour ce qui concerne l’ambassadeur américain, j’avoue ne pas comprendre le bourbier dans lequel il a accepté de mettre les pieds. Ceux qui veulent la tête de Martelly ont maintenant une carte de plus dans leur jeu et pourront plus facilement faire intervenir le spectre américain.
- Ils sont quand même capables de se défendre.
- Effectivement, on n’a qu’à menacer les parlementaires de couper leur visa pour aller faire des courses à Miami et hop, tout bagas ok !

jeudi 8 mars 2012

Prise 2

Les salutations pour tout ce beau monde invité dont le groupe 'Religion pour la paix. Ce corps qui regroupe les autorités de toutes les religions. Il accepte donc publiquement de remettre toutes ses pièces de voyage à ces autorités religieuses suite à une demande du groupe qui voulait voir la tension sociale diminuée. Il en profite pour demander à l'ambassadeur américain de confirmer sur place qu'il n'a pas la nationalité américaine. L'ambassadeur s'est commis en réponse à la demande du président. Martelly serait donc haïtien 'natif natal' comme on dit ici. Il termine en lançant un appel au calme. Je n'ose pas imaginer la réaction de certains sénateurs (et autres analystes de la situation politique haïtienne) qui ne se verront pas 'calmés' par cette conférence de presse. Ils seront sûrement plusieurs à lui reprocher une fois de plus de ne pas avoir respecté les structures de l'État, l'ordre constitutionnel. D'autres pour nous rappeler que ce n'est pas parce qu'il a déposé des passeports haïtiens, qu'il n'a pas d'autres passeports... On attendra la suite.

Prise 1

Le bonhomme est décontracte, pas de cravate. Il commence en saluant 'la femme' en ce jour du 8 mars en soulignant l'importance des femmes pour une société juste, égalitaire. "bonne fête."

La conférence de presse commence

Je vous tiens informé !!

Un 'kouri'

Sauve-qui-peut !!! C'est ce que deux sénateurs ont hurlé sur les ondes des radios cet après-midi. La sécurité de la coopération canadienne nous achemine un courriel pour nous demander de fermer les bureaux. On s'assure que tout le monde peut entrer en sécurité et on entre à la maison. Les rues sont comme un long stationnement et des foules foulent les trottoirs. Sur les radios, on apprend que le président fera une conférence de presse à 16h00 et qu'à partir de ce moment, on va rentrer dans une crise qui risque de pousser quelques excès de violence. Donc mes amis, 'kouri, kouri, ...'. Sur les ondes, j'ai entendu au moins trois versions de la 'panique' actuelle. En premier, Martelly fera une conférence de presse avec l'ambassadeur américain, le président de la court de cassation et l'archevêque de PAP. Le président annoncerait qu'il a effectivement menti sur sa nationalité, demanderait pardon à l'archevêque, demanderait à l,ambassadeur américain de confirmer sa nationalité américaine et au président de la court de cassation de le remplacer. Deuxième rumeur, il ne se passera absolument rien. Des sénateurs en mal de popularité crient au loup. La troisième rumeur impliquerait Aristide et ses chimères, réarmés et prêts à passer à l'action afin de profiter des tensions actuelles dans la vie politique et sociale pour ... pour ... je n'en sais rien !! Pour le moment, Jo et moi sommes assis au salon à attendre que mMrtelly prenne la parole. Il a déjà plus de 40 minutes de retard ...

mercredi 7 mars 2012

Impuissance et embarras

Il y a des ces petites questions toutes simples qui peuvent être silencieusement porteuses d’une médiocrité violente … D'une sourde violence. Je pense à une strophe de Richard Desjardins dans ‘Un beau grand slow’. Sur le chemin de la dompe, confortablement couché dans une ‘station’, le gars demande à la fille avec qui il vient de niquer : « Cé quoi ton nom ? » On sent l’impuissance, on sent l’embarras. Dimanche, on a visité l’orphelinat en apportant aux enfants la bouffe que vous nous avez aidé à acheter. Il y avait cet homme qui venait visiter ses deux fils, 6 et 8 ans. Ils sont à l’orphelinat depuis quelques semaines parce que leur mère est partie pour le dernier voyage en octobre dernier, un billet d’avion payé par le choléra. Le bonhomme démuni jusqu’à l’os s’arrache la tête pour s’occuper de leurs 5 enfants. Il a trouvé cette place pour les deux gars, une place où les enfants peuvent manger et aller à l'école. Il doit également trouver une solution pour les deux suivants. Pour la dernière de 18 mois, il a regardé Jo pour lui demander : « La voulez-vous ? » On a senti l’impuissance, on a senti l’embarras. Mais je ne sais plus de qui …

mardi 6 mars 2012

Stratège

Sortirons-nous de ce marasme politicien dans lequel le pays s’enfonce toujours un peu plus ? Toutes sortes d’informations sur la (ou les) nationalité de Martelly circulent sur le net, reprises par les médias. Un parlementaire qui nous raconte que Michel J Martelly serait Mickeal J Martelly aux États-Unis, et aurait fait de la prison !! On apprend que ce parlementaire aurait reçu des menaces de mort depuis … Un autre se rappelle avoir pris le même avion que Sweet Micky en 2007, mais ne trouve pas son sur la liste des passagers envoyés au Sénat par American Airlines. « Ça va s’arrêter où ? Ça va s’arrêter quand ? » que je demande à Cetout. « Difficile de le dire. Si j’étais Martelly, je ne ferais rien pour régler la situation pendant encore quelques mois, tout en convaincant certains sénateurs de prendre mon camp. Déjà, des défections génèrent des tensions au sein du groupe majoritaire (Inite) et le sénat deviendra caduque en mai, des sénatoriales sont attendues dans les prochains mois. S’il navigue bien, ce dossier pourrait sortir de l’agenda politicien dans les prochains mois et s’il contrôle bien les prochaines sénatoriales, il sera en paix dès novembre.»
- Peut-il réussir à naviguer sans faire couler la barque ?
- C’est la grande question. S‘il n’arrive pas à contrôler son impulsivité, il ne s’en sortira pas. Il faudra que les gens autour de lui arrivent à le conseiller adéquatement et à le contrôler. Il ne leur restera qu’à habilement manipuler les parlementaires, une tâche relativement facile.
- T’as jamais pensé offrir tes services à Martelly ! Tu ferais un bon stratège.
- Pas assez machiavélique …

lundi 5 mars 2012

Trafiquants

« Aujourd'hui, j'ai comme l'impression que nous revenons aux temps anciens d'il y a huit ou neuf ans quand le trafic avait ses belles années. Au temps où les trafiquants avaient des amis haut placés et bénéficiaient de la couverture de certains policiers ripoux. Je suis très préoccupé, car je constate qu'il y a des éléments qui reviennent sur le terrain et nous avons des indices qui laissent croire qu'ils essaient de renouer avec ces anciennes pratiques. Ils cherchent a réactiver leurs anciennes filières. » Dixit qui ? Dixit le chef de la Police nationale haïtienne (PNH) dans le Nouvelliste. Pas anodin comme sorti du chef de la PNH qui met dans la même phrase l’idée qu’on observe le retour d’une période florissante pour les trafiquants, et l’idée qu’ils peuvent compter sur des amis près du pouvoir. Après le populisme, c’est la deuxième fois qu’on fait des rapprochements entre le style présidentiel d’Aristide et de Martelly. Marcus racontait ce matin que ce chef de police avait effectivement été forcé à quitter le pays au moment de la présidence d’Aristide. Dans les médias depuis une semaine, on parle du non renouvellement de son contrat comme chef de police, et du fait qu’il aurait été forcé de demander la protection de la Minsutah… Sur une radio durant le week-end, on apprenait que le mois de février a produit 84 décès violents à la morgue de l’hôpital universitaire, dont 62 par balle. Des prochains mois intenses pour la PNH. En espérant qu'elle ne soit pas en plus forcée de gérer la nouvelle armée.

samedi 3 mars 2012

La femme

Dans Le Devoir de ce matin, on prépare le 8 mars. Un texte sur le nouveau féminisme québécois (pour ne pas écrire québécoise), du moins celui qui semble vouloir se redonner une place après que des grandes aient creuser un sillage tellement profond et large, qu’on oublie que c’est un sillon. C’est la route, aussi simplement que ça. Le Québec serait (ou aurait été) l’un de ces lieux où le féminisme a marqué le plus de points. Tellement que l’homme ne s’en serait pas encore remis, à moins qu’il ne s’en remette jamais. Martelly disait cette semaine dans une rencontre de la fondation ‘Femmes en démocratie’ : «La femme haïtienne est la base de notre société. Elle demeure le principal pilier pour le développement de notre pays. » Ce n’est sûrement pas aussi simple que ça bien évidemment, mais je continue de croire que les choses pourraient être faite autrement. J’aimerais bien voir si des politiciennes peuvent agir comme des politiciens, des sénatrices comme des sénateurs. Il m’arrive souvent de dire à Asefi que la révolution dans son pays devrait être féminine. Pas nécessairement féministe, mais au moins féminine. Je l’incite, avec les autres femmes que je côtoie au quotidien, à prendre l’espace politique. À sauter. Le supposé ‘machisme’ haïtien a l’ouverture pour voir davantage de femmes investir le monde politicien, j’ai cette petite certitude. « Ne me fais surtout pas la blague facile du ménage à faire dans la vie politique... » Asefi est une haïtienne jusqu’au bout des ongles, impossible de l’attraper, elle maronne, s’enfuit dans la blague. Elle et nos autres collègues n’ont jamais sérieusement répondu à ma suggestion. N’empêche que je suis sérieux.

vendredi 2 mars 2012

Dilemme du vendredi


Vendredi après-midi. Dans mes oreilles, Supper’s ready joue sûrement trop fort pour l’avis des audiologistes de la santé publique. Nécessairement trop fort pour quelconque spécialiste de la santé publique. À cette heure, la mer charrie des vidanges…  Chaque vague transporte un petit quelque chose de cette civilisation. Un sachet de plastique, une assiette de styromousse, une bouteille de plastique … Je n’ai jamais su si ces restes viennent de l’île de la Gonâve de l’autre côté, ou d’un bled un peu plus au nord sur la côte. C’est congé aujourd’hui, juste pour moi, mais c’est congé quand même. Le soleil commence doucement à se diriger dans ses terres et les quelques dizaines de voyageurs de la compassion qui peuvent peupler cette plage certains jours de la semaine sont déjà repartis, le bus qui les ramène vers la ‘mission’ n’en pouvait plus d’attendre. Sur la payasse d’à côté, un ti-cul de trois ans dort du sommeil du juste, tout une journée à construire des châteaux de sable et à courir dans l’eau. La plage est maintenant presque déserte, mais mon rhum sour manque un peu de … rhum justement. Vais-je être forcé d’en prendre un deuxième. Le genre de dilemme du vendredi. Supper’s ready se termine et un deuxième rhum est en chantier.