mercredi 29 septembre 2010

Débordement d'âmes

C'est bien connu, 60% de la population haïtienne est catholique, 40 % sont embrigadés dans une des nombreuses église protestantes et 90 % sont vaudouisant. Vaudouisant ne veut pas dire qu'on pratiques les rites vaudous. En fait, très peu de gens pratiqueraient formellement à des cérémonies vaudous et surtout accepteraient de l'affirmer publiquement. La chasse aux sorciers vaudous a eu cours pendant des années en Ayiti. Aujourd'hui encore, certains églises combattent cette religion jusqu'à refuser de participer à certaines activités œcuméniques. Le vaudou se vit ici dans la culture, les croyances, les artefacts. Un chat qui atterrit sur la toiture d'une maison au moment où une enfant est malade impose une visite urgente à un ougan, ces prêtres vaudous qui guérissent. Dans cette histoire, si les parents avaient donner de l'eau à la petite malade, elle aurait ainsi été possédée par de mauvais esprits. En fait pour une grippe, un mal de dent, une cheville foulée ou tout autre problème de santé, les gens vont voir le ougan qui lui donnera une dimension animiste et proposera un traitement en conséquence. Moyennant quelques gourdes bien évidement, le savoir se paie ! Il y a malheureusement quelques histoires d'horreur entourant ce genre de croyance. L'année dernière par exemple, un jeune enfant de six ans a été lynché par une communauté qui suivait les ordres d'un prêtre qui avait probablement mélanger quelque chose d'un peu trop avec son clairin… Aux nouvelles cette semaine, on tentait d'expliquer d'où venait cette habitude des ayisien de jeter leurs fatras dans les ravines où coulent les eaux de pluie. L'explication était animiste : Une chose qui m'a appartenue contient mon âme, si je jette cette chose, quelqu'un d'autre pourrait s'en approprier et donc, s'approprier de mon âme. En jetant le tout dans une ravine au moment des pluies, ce que je jette sera entraîné plus loin, évitant par le fait même qu'une personne proche puisse prendre le contrôle de mon âme. On voit donc dans le bas de la ville, juste sur le bord de la mer, ces caniveaux qui débordent d'âmes. Parties de partout dans les hauteurs de Potopwins ou de Pétion-Ville, ces âmes attendent qu'une grue, quelques fois par année, vienne permettre l'écoulement de l'eau vers la mer.

lundi 27 septembre 2010

Aller voter ?!


- Je te le dis, le défi sera de sortir ces deux gars là de cette mer paisible pour les amener mettre un X sur quelques bulletins ? Dans un contexte où l'odeur d'irrégularités a remplacé celle laissée par les morts, ça me semble impossible.
- Tu as les mêmes inquiétudes que ton Président si je comprends bien ?
Asefi a attendu avant de me répondre, comme si l'idée de partager quelque chose avec son président lui semblait impossible.
- Ouais, peut-être !
- Pour la désaffectation, c'est difficile de ne pas être d'accord avec lui. Moins de 3 % aux dernières sénatoriales. J'avoue que je ne sens pas trop d'engouement dans le climat actuel.
- La chose politique n'existe plus pour la population, mais uniquement pour quelques centaines de personnes impliquées de près. L'agora est déserte, seuls les balayeurs y sont restés et en ont pris le contrôle.
- En espérant qu'ils se lancent dans un grand ménage !
- Tu peux rêver, plus il y a de déchets, mieux ils se portent.
- Tes préoccupations sont vraiment semblables à celles que ton Président a émises durant le week-end, tu me surprends.
Mon sourire trahissait mes intentions.
- Arrête de me tirer la pipe avec 'mon' Président, c'est le vôtre. C'es la communauté internationale qui l'a installé il y a cinq ans, celle elle qui a déterminé son remplaçant. La seule chose qui risque de se passer, c'est que le taux de participation vous crée une petite gêne.
- Tu sais, la gêne, ça se gère.
- Le plus navrant, c'est d'entendre 'mon' Président s'inquiéter du taux de participation et des irrégularités pour des élections dans son propre pays !! Comme si ces élections se déroulaient chez un voisin. Il a souvent eu des occasions de démontrer son impuissance dans les dernières années, mais là ... Comme il le dit, l'État n'y est pour rien, c'est la communauté internationale (OEA et CARICOM) qui garantira la qualité du processus électoral. Il racontait les même âneries aux journalistes français il y a deux semaines, on n'a des élections parce que la communauté internationale nous a dit qu'on pouvait en organiser. Je te répète, c'est vous qui l'avez installé et c'est vous qui choisirez son successeur.

Tout est prêt

Ça commence enfin !! Je parle des élections. Déjà hier soir, j'ai vu la première affiche d'un candidat à la Présidence, Jude Célestin, celui que tous les observateurs voient gagnant.
- C'est normal, il est de l'Inite me dira Cetout.
- Explique au blanc …
- Si tu crois qu'il peut y avoir des élections vraiment démocratiques dans un pays pauvre, c'est que tu es aussi imbécile que naïf ! L'Inite a trouvé des kob dans la caisse de l'État depuis plus d'un an et ils ont déjà acheté l'élection. Ne t'inquiète pas, même les résultats sont déjà connus.
- Tout le monde fait une course pour rien si je te suis.
- Pas tout à fait, un course pour tenter de faire dérailler le train. Une course qu'on veut assez percutante pour que l'Inite ne puisse pas gagner facilement sans perdre un peu de sa crédibilité. En fait une course pour entacher la légitimité du gagnant, la crédibilité du processus.
- T'es sarcastique !?
- Pas du tout. Tu verras même que s'il faut de la violence pour entacher cette légitimité, tout est prêt.

dimanche 26 septembre 2010

Poudrières


Encore une belle haïtienne, mes yeux ne se lasseront jamais. Cette femme lumineuse vit cependant dans le noir. C'est une vendeuse de charbon, assise toute la journée sur une montagne de charbon. Je n'ose même pas imaginer ses poumons. C'est une autre de ces femmes de l'économie informelle qui se tue au travail pour nourrir les enfants. Son activité économique participe toutefois à l’un des plus importants fléaux qui frappent Ayiti depuis des décennies ; la déforestation. En 1920, 60% du territoire national était boisé. Aujourd’hui, … 2% ! Bien évidement, des ouragans ont donné un bon coup de pouce aux humains, mais sur le fond, ce sont les conditions de vie et les pratiques qui ont participé au plus gros de ce gâchis. J’ai quelquesfois abordé cette question sur ce blogue, mais comme les autres poudrières sur lesquelles ce pays est installé, la sociale et la géologique, la bombe environnementale a davantage des effets à long terme. On sait déjà que plusieurs des régions inondées en cas de forte pluie le sont dans la suite causale de la déforestation. Une grande partie de la vie agricole est famélique également à cause de cette habitude de koupe tout pyebwa (tous les arbres). Sécheresse, érosion, destruction des systèmes d'irrigation ou des routes, détérioration des terres arabes, tout y passe. Dans le vide actuel, on a aucunement l’espérance que l’État prenne cette menace réellement au sérieux et se serve de quelques centaines de millions disponibles sur les 10 milliards avancés, pour convaincre la CIRH de coordonner un vaste projet de conversion vers le gaz (http://jeanfrancoislabadie.blogspot.com/2010/05/glissement-de-terrain-et-terrain.html).

samedi 25 septembre 2010

Éole


Les ouragans ont tout fait pour nous éviter depuis le début de la saison. Bonne idée. Ils sont passés à l'Est (Earl, Igor, Lisa, …) ou à l'Ouest (Karl et Mattew). Même Karl a diminué sa cadence juste avant de passer tout près, pour reprendre de la vigueur avant de frapper le Mexique. À ceux qui pensaient qu'Ayiti était une terre maudite, détrompez-vous. Hier après-midi toutefois, on a eu droit à une petite poussée d'Éole, comme s'il avait eu une petite toux… Pas assez ambitieux pour être baptisé, mais assez pour faire des dégâts significatifs au centre-ville principalement. Les camps près du Palais National y ont particulièrement goûté. Tentes et toilettes 'chimiques' ont dévalé dans les rues. Le spectacle n'était pas très beau ce matin quand on y est passé. On se dirigeait vers le Sud, à Grand-Goave. On nous avait promis le meilleur resto d'Ayiti dans une petite bicoque sur le bord de la mer. On a effectivement très bien mangé, mais Gros Bébé au Cap-Haïtien demeure mon coup de coeur. En arrivant à la dite bicoque, on discutait avec les proprios avant de mettre bikini et crème solaire. Éole s'est envolé avec des vies hier après-midi. Un détour sur la route nationale qui nous amène à Grand-Goave (détour occasionné par l'affaissement de la route depuis le 12 janvier 2010, 'Y-a-t-il eu un 12 janvier 2010 ?' nous a demandé le sympathique propriétaire), nous fait passer en 4X4 dans une rivière. Ce matin et sur le retour, tout s'est bien passé pour notre Toyota. Hier toutefois, la rivière était tellement forte et haute, qu'elle a apporté une machine avec ceux qui y étaient attachés ! Sur la même route, quelques kilomètres avant ce détour, on voyait un de ces bus déglingués qui font la liaison entre les grandes villes. Bien couché sur le côté, à 15 ou 20 mètre dans le champ. Des dizaines d'ayisien assis sur leurs valises qui attendent un prochain tap-tap qui aura de la place pour les amener à bon port. La PNH était présente et gérait la circulation, l'accident s'étant probablement déroulé quelques heures avant notre passage. Encore là probablement (je n'ose pas dire sûrement, c'est ce fameux doute qui me ronge tout le temps !), des gens y ont connu leur dernières sensations fortes. Dans le silence du retour, en pensant à tous ces morts sur 5 kilomètres en moins de 24 heures, je me disais que la vie ne sort jamais de la mort. Surtout ici où le quotidien est meublé d'imprévisibles.

vendredi 24 septembre 2010

Montée de lait

Il arrive que certains éléments de ce peuple chéri me fassent perdre patience. La conduite de nuit est une de ces occasions. Dans mes cours de conduite, on nous expliquait la nuance entre les phares de croisement et les phares de route. En québécois, entre les basses et les hautes. Théoriquement, on navigue sur les basses en ville ou au moment on croise d'autres véhicules. Les hautes, c'est quand on est seul sur la route. Ici, cette distinction haute/basse n'existe pas dans la tête de plusieurs conducteurs. On croise donc en continue des chauffeurs qui nous éblouissent, pas par leur intelligence, mais par leur ignorance. Ils roulent sur les hautes en permanence, croisent ou ne croisent pas, pa gen pwoblèm. T'as l'impression de croiser le genre d'andouille qui te dirait : 'Quand je conduis, l'important est que mon éclairage soit adéquat pour ma vision, si j'aveugle un autre chauffeur, c'est son problème.' Wow, tu vas me dire qu'il n'avait qu'à se fermer les yeux !! Cette pratique trop répandue ici est la continuité du fameux proverbe ayisien, chaque luciole fait de la lumière que pour elle-même (Tout koukouy klere pou je-l).

jeudi 23 septembre 2010

Marchandes


Regardez cette silhouette transporter habilement quelques douzaine d’œufs, sa démarche a de la verve. Elle fait le tour de des petits kiosques du quartier de Martissant pour vendre ses œufs. Les haïtiens déjeunent dans des petites binneries installées sur les trottoirs. Une femme, une chaudière (chaudron) et un réchaud au charbon. Elles sont plusieurs les unes à côté des autres. On mange des spaghettis avec des œufs, de la saucisse, du ketchup ou de la sauce piquante. C’est une des activités économiques informelles qui envahissent tous les trottoirs passants de PAP. On peut y acheter de tout. C’est à cause de ce genre d’activités que les statistiques économiques du pays sont toujours difficiles à interpréter. On parle de 70% de sans emplois en Ayiti alors que dans les faits, ils sont des centaines de milliers à survivre de ces petits commerces. Je ne suis pas en train d’écrire que la situation de l’emploi n’est pas si tragique que peut le faire croire l’analyse des grandes données économiques, mais seulement d’inscrire une nuance difficile à documenter dans ces efforts de compilation de données économiques. Il faut voir tout le marché qu’il y a derrière ces activités informelles, tous les acteurs (importateurs, distributeurs et vendeurs au détail) ainsi que l’organisation de l’espace commercial. Tu trouves à tous les matins (dès 5h30 ou 6h00) les gens qui installent leur kiosque. Aucune enseigne sur le trottoir, mais tout le monde sait bien que c’est la place de Getruna. Il y a également les itinérantes qui circulent avec leur matériel, elles n’ont pas encore réussi à faire leur place dans le marché. Dans la journée, passent les distributeurs. La femme qui vend des souliers (souliers usagés parfaitement cosmétiqués pour donner l’impression d’être neufs) reçoit ses distributeurs qui stationnent leur camion (à moins qu’ils aient loué un tap-tap) et qui offrent leurs marchandises. Même chose pour la femme qui vend du poulet, des fruits, du linge, …. Pour les vendeurs de fruits ou de poulets vivants, ce sont les madan sara qui descendent avec le matériel sur la tête pour venir renflouer le stock. Le plus impressionnant est de voir que la majorité des acteurs de cette économie informelle sont des femmes. Celles qui arrivent à apporter à la maison les kob nécessaires pour faire manger la famille. Pas plus malheureusement. On me disait que dans une bonne journée, pour ces femmes qui travaillent 12 heures par jour, on arrive à se faire profit 10 $US. Dans le contexte où 80% de la population gagne moins de 2 $US par jour, ça peut sembler une bonne affaire. Ça demeure toutefois insuffisant pour inscrire les enfants à l’école…

mercredi 22 septembre 2010

Vent et casino

Je suis au Cap-haïtien ce soir. L’Hôtel Picolet, directement sur le bord de la mer. Assis à la terrasse du premier étage, je prends une Prestige et écris ce billet. Devant moi, il y a cette mer en furie. Petite furie mais quand même, je dois garder le son de mon Iphone presqu’au max pour entendre Gianmaria Testa chanter. La lune presque pleine porte un éclairage intense sur cette mer trouble. Les vagues viennent s’écraser sur le bord du boulevard qui longe la mer, la promenade des amoureux est complètement inondée. Dans le commerce voisin, on termine les préparatifs d’un nouveau casino, l’ouverture est toute proche. L’autobus scolaire stationné devant sert d’échafaudage aux travailleurs qui installent la nouvelle enseigne. Ils viennent tout juste de tester l’électricité, ça marche. Je ne sais pas si le gars qui a dessiné l’enseigne a évalué ses qualités aérodynamiques, mais à la voir résister à se faire balader par le vent, on n’a l’impression qu’elle ne sera pas présente au party d’ouverture. Ce genre de commerce clinquant est en croissance en Haïti, il faut bien amuser ces coopérants venus de partout aider le pays. Comme il faut bien permettre au crime organisé de blanchir les kob tirés du trafic de drogue, Ayiti, c’est bien connu, sert d’escale dans le passage de la drogue des pays du sud vers les États-Unis. J’imagine ces humanitaires ainsi que ces soldats ou policiers de la Minustah en train de permettre au crime organisé de nettoyer cet argent sale, et je me disais que si le ridicule tuait, il faudrait l’inclure dans la liste des armes de destruction massive !

mardi 21 septembre 2010

Haut gradé et dégradation


Une histoire pas très jojo défraie les manchettes depuis quelques temps en Haïti. Il est difficile de se faire une idée précise de ce qui s’est vraiment déroulé et j’ai donc glané des informations de plusieurs sources pour essayer de me faire une tête un peu plus solide. Pour dire vrai, je n’y suis pas arrivé. On continue de nager dans les rumeurs et les hypothèses. Voici donc certains éléments de l’histoire. Un jeune ayisien (16 ou 17 ans) travaille sur une des bases de la Minsutah située au Cap-Haïtien, base occupée par un contingent de soldats népalais. Le contingent lui donnerait 10 $US par mois pour s’occuper de certaines tâches domestiques. Une jeune aysièn assume quant à elle les fonctions de traductrice auprès du plus haut gradé népalais. Selon les rumeurs, elle ne s’acquitterait pas simplement des responsabilités de traductrice, mais jouerait également le rôle de petite-amie de ce haut gradé. Attendez, ça va se dégrader… La traductrice se serait plainte qu’on lui ait volé 800 $US et, quelque temps plus tard, on retrouve le jeune ayisien pendu tout près de la base. Des voisins raconte avoir entendu et vu les guerriers torturer le jeune homme avec la technique de la simulation de la noyade… Tout le monde aujourd’hui cherche à savoir si le jeune est mort par pendaison ou par noyade et il semble qu’on n’aura pas de réponse claire. Même le Sénateur du coin s’en mêle ! La population capoise se rebiffe et manifeste depuis quelques jours : Les soldats de la Minustah ont tué ce jeune et on demande le départ de cette force d’occupation. À cette étape, l’affaire peut avoir la couleur d’un fait divers supplémentaire dans l’histoire des relations tendues entre la population et la force onusienne. Jusqu’à ce que le grand patron de la Minustah (Edmond Mulet, un guatémaltèque) intervienne pour ralentir les fonctionnaires du Ministère de la Justice qui voulaient la comparution de la traductrice soupçonnée de complicité de meurtre. Une lettre supposément envoyée aux hautes autorités du système judiciaire haïtien par ce haut gradé des NU aurait permis à la traductrice d’obtenir une immunité internationale qui la rendrait ainsi inattaquable par la justice nationale. Les esprits s’échauffent autour de cette histoire et même s’il reste encore beaucoup de zones d’ombre, elle illustre bien les rapports complexes et tordus que les internationaux et les locaux établissent et comment, si les choses s’avéraient justes, les haïtiens en arrivent à perdre toute confiance sur la capacité de l’international de leur venir en aide. Pire, elle confirmerait l’idée que l’action internationale peut être déstructurante pour le système haïtien. Si tout est faux, on pourra conclure à la mauvaise foi des haïtiens à l’égard de ceux qui sont ici pour les aider ou à la piètre qualité de leur journalisme.

lundi 20 septembre 2010

Pauvres donateurs

J’essayais de m’imaginer d’où ils venaient. Qu’est-ce qu’ils faisaient là assis depuis près de 5 heures sous un arbre d’ombre à attendre qu’on s’intéresse vraiment à eux. Comment, poussés par une très grande motivation à aider, ils pouvaient s’être placés dans un aussi beau merdier. On fera contact et je comprendrai qu’ils sont quatre français. Une petite ONG qui a trouvé le moyen de dénicher des doses de vaccins, 4000 en tout. Ils ne comprennent pas vraiment pourquoi on les fait poiroter de la sorte depuis des heures avant de leur fournir ce qui leur permettra de sortir les vaccins des services de la douane. Comme si les ayisien n’avaient pas besoin de ces vaccins. Leur expérience a transmets certaines aromes de frustrations. De l’autre côté de l’attente, il y a ces autorités haïtiennes qui ne savent plus où donner de la tête, trop de monde viennent à leur secours. Il y a premièrement l’enjeu de la quantité des vaccins, d’autres organisations les font entrer par million de doses, pour faire des campagnes de vaccination nationale … ‘Comment serons-nous en mesure de gérer et d’utiliser une si petite quantité ? il faudra trouver le moyen de les distribuer dans quelques institutions pour la vaccination régulière.’ Le deuxième problème est le timing : Ils arrivent au moment où prend fin une vaste campagne nationale de vaccination. La troisième contrainte, la plus importante probablement, il n’y a eu aucune analyse des besoins du département ou du ministère, pas de planification ou de coordination avec ces mêmes acteurs. Ces gens bien intentionnés ont réfléchi ce projet de Paris avec la certitude que ces doses de vaccins pouvaient servir, et on pouvait déceler une certaine frustration de ne pas trouver de receveurs heureux, enthousiastes. L’organisation de la chaîne de froid pour une telle quantité, l’homologation de ces vaccins par l’autorité nationale responsable, … Toutes sortes de tourments logistico-administratifs que les ayisien ne semblaient pas près à gérer. Au delà de la frustration liée à l’attente, on pouvait deviner chez ce groupe de français la déception que les efforts déployés de chez eux depuis des mois ne recevaient pas toute la reconnaissance attendue. Pauvres donateurs.

samedi 18 septembre 2010

Les camps : La révélation


On entend souvent l'expression 'les camps de réfugiés' pour parler des milliers de camps que compte la zone touchée par le tremblement de terre. Ce serait une erreur selon les bonzes de l'international, ils sont dans leur patrie. Il faudrait plutôt dire des camps de déplacés. D'où le défi, probablement, de déplacer les camps de déplacés. Tentative de blague … Mes oreilles ont été visitées ces dernières semaines par un commentaire émis par plusieurs ayitien aisés que je côtoie : Il commencerait à être temps qu'on fasse quelque chose avec ces camps, ça ne peut plus durer. Demandez aux millions de moun toujours coincés dans cet enfer et je suis pas mal certain qu'ils seront de votre avis. Dans ce commentaire, il y a au moins deux interprétations : 'La situation n'a pas d'allure pour ces gens, ça ne peut plus durer' et la deuxième, 'Ces camps dérangent, ça ne peut plus durer.' Le premier s'inquiète des gens qui vivent dans ces conditions inhumaines et il espère (ou désespère) que ça ne dure pas. Quant au deuxième, il n'en peut plus de ce que ces camps apportent dans le paysage urbain. Il faut questionner un peu le deuxième pour mieux comprendre que ses sources d'irritations sont nombreuses. Au plan de l'image, c'est laid et ça défait le paysage : 'Peut-on retrouver notre ville ? Nos parcs, nos places ?' Au plan des odeurs, des détails seraient superflus. Au plan économique, comment intéresser des investisseurs dans un tel fouillis ? Mais c'est au plan des rapports sociaux (pour ne pas dire des rapports de classes) que l'irritation est la plus, …, disons intéressante. 'Je n'en peut plus de cette proximité, de voir cette nudité, de cette vie-de-tous-les-jours affichée partout.' En fait, le tremblement de terre aura agit comme un révélateur de la vie de ces millions de port-au-princiens qui s'engloutissaient dans les mornes pour habiter ces dizaines de milliers de petites maisons construites les unes sur les autres. C'est cette 'vie de quartier', auparavant cachée, qui s'étale aujourd'hui dans tous les espaces publiques et qui dérange. 'Je comprends mieux mon peuple' me disait récemment une collègue aussi riche que sensible. 'Ce qui nous énerve aujourd'hui, c'est ce qui ne nous avait jamais été aussi clairement visible.' C'est la faille sociale, bien après la faille géologique, qui se manifeste. Je prenais une bière avec une suédoise et deux québécois cette semaine. La question de la durée de vie des camps est venue sur la table - il restait de la place entre les consommations - et le commentaire des gérants d'estrade a été encore 3 ou 4 ans. Je suis de ces gérants d'estrade. Imaginez maintenant que la CIRH qui a le mandat de coordonner la reconstruction de ce pays n'a pas encore vu cette fissure dans le tissus social.

vendredi 17 septembre 2010

Mononcle pis matante


On a tous un mononcle ou une matante* qui s’estime de bon conseil. Peut-être même l’est-on chacun à son tour ? Donc un de ces deux là qui te dit, quand tu leur racontes tes problèmes avec le plus jeune, la plus vieille, le chien ou peu importe, ‘as-tu essayé ça’, ‘il faudrait que tu fasses ça’, ‘il ne faut pas trop faire ça’. Comme si toi, l’abruti présumé, n’y avais pas déjà pensé, ne l’avais pas déjà essayé. J’ai souvent ce sentiment de frustration quand je vois débarquer ces nouveaux experts venus sortir Haïti de son pétrin post-bagay la. Je sais, je parle comme si j’étais ici depuis 20 ans, mais 22 mois, ça reste plus long que deux semaines ! Et à la limite, ce n’est pas une question de temps passé ici davantage qu’une question d’attitude, de prédisposition. Je vois mes partenaires ayisien expliquer pour une centième fois les problèmes ‘insolubles’ de gestion et d’organisation des services de santé auxquels ils sont confrontés depuis des décennies, et j’entends les réactions de ces experts. Il y a les plus intelligents qui tentent de comprendre, posent des questions pour se faire une idée générale du contexte, de l’histoire , … Arriver à mieux comprendre l’enchevêtrement de variables associées au problème qu’on souhaite solutionner. Dans certains cas, ils s‘intéressent aux différentes solutions qu’on a tenté de mettre en place pour améliorer la situation : ‘On a évalué pourquoi ça n’a pas fonctionné ?’ Je parle ici d’attitude, d’une attitude d’ouverture et d’écoute de celui (ou celle) qui veut mieux comprendre avant d’avancer une idée. Il y a les imbéciles légers qui orientent leurs questions autour de solutions éventuellement apportées. ‘Avez-vous essayé cette stratégie ?’ ‘Ou celle-là ?’ Quelquesfois, on n’y va de références internationales du type ‘Avez-vous tenté, comme au Togo, de mettre en place telle modalité de gestion ? Là-bas, on a réglé le problème.’ Non mononcle, on n’y avait pas pensé... Ça fait trente ans qu’on est confronté aux mêmes difficultés et après 45 études et 217 experts, personne n’y avait encore pensé !!! Et finalement, les imbéciles purs, les matantes qui s’énervent. ‘Ben là !! Mais ça pas d’allure, ça fait des années qu’on ne fait plus ça de cette manière !!’ ‘Non ! Tu ne me dis pas, on ne se savait pas autant dans la gadoue…’. Donc on voit de plus en plus de matantes pis de mononcles, aussi bien intentionnés que formés, venir faire les experts, venir donner leurs conseils pour faire d’Ayiti un pays enfin normal. Il y a en plus une corrélation négative entre leur âge et leur degré d’imbécilité : moins ils ont de l’expérience, plus ils sont remplis de certitudes. S’intéressent-ils au travail déjà fait, à ce qui est en train d’accoucher ? Mais, non, la vie commence bien évidement avec leur arrivée !

*Pour les français qui suivent ce blogue, matante est en français du Québec, l’équivalent de tante en français de France. J’ai donc une matante ou des matantes, Gertrude est ta matante. Même chose pour mononcle.

mercredi 15 septembre 2010

À regarder ou à écouter


L’internet est un endroit magnifique pour apprendre des millions de choses, pas toujours pertinentes vous me direz … Ouais. Entre-temps, laissez vous distraire sur cette vidéo (en trois partie au moins sur Youtube) où des sismologues racontent ce qui s’est déroulé à Port-au-Prince en janvier dernier (http://www.youtube.com/watch?v=Ud-cJshsfEA). La vidéo est fort intéressante même si un on y sent une petite dimension ‘sensationnaliste’. Cette vidéo est une deuxième version d’un reportage diffusé sur Discovery Chanel. C’est un peu alarmant, mais c’est surtout très informatif. Deuxième piste pour vous informer davantage, une entrevue de Préval sur Radio-France International. Le tout a été fait la semaine dernière. Je ne commente pas, mais Asefi me disait qu’on pouvait mieux comprendre l’absence de l’État Ayitien en écoutant les propos du président (http://www.rfi.fr/emission/20100912-1-invite-le-president-haitien-rene-preval).

mardi 14 septembre 2010

Le petit personnel

Petite épine dans le pied d’un coopérant qui vient d’une culture et d’une classe sociale qui ne permettent pas ce genre de pratiques. Le petit personnel est le personnel de maison : Garçon de cours, ménagère, gardien, jardinier, chauffeur pour certains. Le personnel payé à un salaire de misère (entre 70 et 90 $ par mois pour six jours de travail par semaine) pour une besogne au service d'une famille riche. Riche ici ne veut bien évidement pas dire la même chose que chez nous, mais une famille qui se tire un revenu de 1 500 $ par mois pourra se payer du petit personnel. Plus on est riche, plus on en a … Au plan de l'image, c'est bien aussi d'avoir du petit personnel. Ça donne doublement du prestige : Je suis riche et j’aide de pauvres haïtiens à être moins pauvres. Pour ce qui est de la qualité de vie, vous pouvez facilement vous imaginer des bienfaits de quelqu'un (ou plusieurs) qui prend soins des enfants, fait les repas, s’occupe de la maison, de la voiture, …. À l'épicerie l'autre matin, ma voisine inconnue racontait à son amie qu'elle ne pourrait maintenant plus vivre à Miami, ‘Ayiti c’est dur, mais la vie à Miami est trop difficile sans petit personnel’. Le sujet du petit personnel est difficile à aborder avec mes collègues ayisien dans la mesure où de plein fouet, on entre dans des dimensions de valeurs, de culture. En premier lieu, il y a l'appellation 'petit personnel'. Dans ma tête formée à la rectitude langagière, l'expression dérange.
- Si eux sont du petit personnel, nous autres on est du grand personnel ?
- T'es trop simpliste Labadie, ne donne pas aux mots une signification qu'ils n'ont pas. Vous autres les québécois, vous êtes trop tordus sur les questions linguistiques ! Trop sensibles. Il faut vous voir réagir quand on parle des 'nanas' … Il n’y a rien de péjoratif dans l’expression petit personnel pour un haïtien.
- On peut bien relativiser la signification des mots, mais tu ne me feras pas avaler l'idée que le traitement offert au petit personnel est toujours adéquat.
- Là, tu parles d'un autre problème. Celui de la perpétuation du code noir. Le code qui établissait la supériorité du maître sur ses esclaves, et surtout leur droit de propriété sur ces derniers. Sur ce point, t'as raison, c'est toujours bien vivant dans la tête de certains de mes compatriotes.
Si effectivement la majorité des gens que l'on connait semble traiter de manière adéquate ce personnel (ils sont nourris, on assume les frais d'écolage des enfants, leur assure l'accès aux soins de santé, offre toutes sortes de compensations pouvant les aider), on a le sentiment que certains autres voudraient voir revenir l’esclavagisme. Les jours et mois qui ont suivi le tremblement de terre nous ont offert des histoires à faire vomir, comme si la catastrophe annihilait la capacité de certains humains à reconnaître la douleur de l'autre. En fait, l’enjeu est là, certains 'grands personnels' sont effectivement dans la logique du code noir qui leur permet de traiter cet autre comme un sous-humain. Asefi avait raison, le code noir est toujours en vigueur dans la tête de plusieurs à la différence qu'aujourd'hui, on doit leur donner un salaire… C’est selon cette même perception du sous-humain qui est cause dans le contexte de la non-confiance évoquée quelques fois sur ce blogue. Cette capacité que peuvent avoir les ayisien de penser que leurs compatriotes sont bons, intelligents, honnêtes, des gens de confiance. Leur capacité à penser les choses dans une logique de solidarité.

dimanche 12 septembre 2010

Marchons unis

videoDans un camp ce samedi, on a croisé ces jeunes files qui n'en finissaient plus de vouloir se faire photographier. On leur a demandé de nous faire une petite chanson et bang, elles ont entamé l'hymne national. Imaginez 3 petites québécoises de 5 ans à qui vous demandez la même chose, quelle est la probabilité qu'elle vous chante le Ô Canada ? Passons… Le plus fascinant dans ces camps, c'est de voir que la 'normalité" a repris sa place. Les enfants jouent, les ados draguent et les adultes assument leurs responsabilités. On se lave, on n'y fait l'école et on n'y célèbre la messe. Le coiffeur vous fait une tonte exemplaire et les marchandes vendent ce qu'il y a à vendre. Pis les timon sourient… Sourient comme s'ils possédaient toutes les dents du monde. Il faut passer dix minutes avec eux pour que l'optimisme gruge un peu d'espace perdu.

samedi 11 septembre 2010

2500 fois

Ce matin, je faisais ce qu'il y a à faire dans une salle d'attente, j'attendais. Je saluais tous les aysien qui entraient, comme j'avais été salué par tous ceux qui y étaient au moment où j'y suis entré. En Ayiti, les salutations sont essentielles. Une politesse élémentaire, une obligation culturelle qui peut s'étirer mais surtout, un formidable outil de prise de contact. Il faut saluer cet ayisien qui partout te fixe du regard pour lui faire apparaître un sourire sur le visage. 'Il m'a salué celui-là !'. Ne pas saluer les inconnus, ce qui est très propre à notre culture, est ici une marque de snobisme. Blanc et snob en même temps, ça fait un peu trop. Dans la salle d'attente où j'attendais donc, tout le monde regardait à la télé américaine la lecture des noms des personnes décédées dans l'écrasement des tours jumelles. Quand je suis arrivé, ils en étaient à la lettre S et 45 minutes plus tard quand je quittais les lieux, on égrainait les W. On n'a nommé comme ça en direct 2752 personnes qui sont décédées il y a 9 ans (sur un peu plus de 3000 morts si ce qui circule sur le Net est juste). J'essayais donc de comprendre quelles dimensions 'individuelles' d'un tel événement pouvaient convaincre les autorités (et les chaînes de télé !) à identifier chacune des victimes de cette manière dans une cérémonie. J'avoue que je n'y suis pas encore arrivé. Oui pour l'importance de se rappeler des victimes, mais 2500 fois, ça pose minimalement des questions d'efficience. je sais, ma grille d'analyse est sûrement trop sociale ou politique. En regardant ceux qui comme moi attendaient, j'espérais que personne ne soit membre du comité national d'organisation des commémorations du 12 janvier. Pis ces ayisien pour qui les salutations 'personnalisées' sont si importantes... 250 000 fois !! On sait jamais, ça peut donner des idées ces petites télés là !

vendredi 10 septembre 2010

Le-gars-de-la-CSST


Le relativisme culturel est un sacré bel outil pour comprendre et accepter certaines pratiques qui peuvent nous intriguer. Pour plusieurs tout est culture, donc tout est relatif ... On rencontre ici plein d’experts qui affirment haut et fort que l'information X est vraie, peut importe les contextes. Ils me donnent généralement mal à la tête, je n'ai pas l'habitude de coucher avec les dogmes, je préfère les doutes. Je suis donc de ceux qui estiment que les vérités universelles se font plutôt rares, ou du moins relatives à des aspects bien spécifiques de la réalité. Ce matin, on a été réveillé par un homme qui coupait un arbre dans la cour du voisin. Je l’ai photographié et je me disais qu’on pourrait envoyer les clichés à nos amis de la CSST (Commission de la santé et de la sécurité du travail du Québec). Ceux qui édictent des normes en matière de protection des travailleurs. Des normes souvent ‘universelles’ dans ce domaine. Universelle réfère ici à l’idée que plusieurs pays ‘modernes’ les ont adoptées. Le gars était donc juché dans l’arbre, à près 50 pieds du sol (plus de 15 mètres), pieds-nus et bien évidement aucunement attaché. Les bottes protectrices, le casque, les lunettes, les gants, les sangles et le harnais pour assurer sa sécurité, pa gen bezwen bagay sa yo (pas besoin de ces affaires là)! Il descendait une à une les branches de l’arbre avec sa machette. Avec de l'adresse mes chers amis. Même le ‘gars-de-la-CSST’ aurait été impressionné. J'essayais de m'imaginer une scène comme celle-là dans mon beau pays 'normé' ... Il faudrait une commission d'enquête pour examiner ces écarts aux normes et le gars serait forcé de mettre des souliers pour aller témoigner.

jeudi 9 septembre 2010

Les confiances


Durant notre passage aux États, on a eu droit à quelques discussions avec des inconnus sur l’évolution d’Haïti. On sent bien la tristesse de tous à l’égard des constatations produites par les médias, mais on sent surtout une espèce de désespérance quant à l’avenir. Comment s’en sortiront-ils ? Peuvent-ils s’en sortir ? Ouais … grosses questions. Plusieurs éclairages peuvent être apportés pour tenter d’illustrer les forces et les lacunes qui sont en cause dans l’explication de l’actuel, comme dans la prévision de l’avenir. Parmi ces éléments, il y a la notion de confiance, cette capacité sociale de penser que ce que l’autre dit est plausible, se réalisera. La dictature a bien évidement creusé cette tranchée entre des individus qui ne peuvent se faire confiance (http://jeanfrancoislabadie.blogspot.com/2009/09/les-suites-de-la-dictature.html), qui voient leur capacité de rêver le solidaire complètement amputée. Comment reconstruire un pays si on ne passe par l’autre, si ce n’est que l’entrepreneur qui rebâtira ma maison ? On glisse ici dans un individualisme qui éteint tout ce qui doit passer par le social, la vie en société, le développement des communautés... La deuxième dimension de l’absence de confiance s’affirme à l’égard des élites. Des élites politiques, les techniciens de la fonction publique, ceux qui œuvrent dans le privé. Ceux que la mode nous fait appeler les ‘champions’, ne génèrent pas une grande confiance de la part des non-champions. Pas assez du moins pour soutenir une mobilisation, si petite soit-elle. En troisième lieu, il y a la confiance envers le blanc et ses organisations. Une non confiance qui prend racine à la période de l’esclavage et dont les pousses forment toujours le décor. Un ayisien est donc pas mal barré, personne à qui faire confiance pour réfléchir et planifier une sortie, la bonne cette fois-ci. Personne sauf le Bon Dieu bien évidement.

mercredi 8 septembre 2010

Mettez-ça sur la glace !


La rumeur, toujours la même, veut que les pannes d'électricité soient assez fortement associées à une recrudescence des naissances. Neuf mois plus tard bien évidement ! Comme si l'absence de téléviseur, d'ordinateur, de lumière de lecture, de système de son ou de micro-onde perturberaient la capacité des humains à maintenir le focus sur la survie de l'humanité. Je sais que plusieurs croient que le maintien du cap actuel en matière de survie de l'humanité implique la fin de la vie sur la terre, mais ce n'est pas le sujet de ce billet. Ici, il ne faudrait pas que les pannes d'électricité poussent les ayisien à faire des bébés, on y est confronté à tous les jours… Non, ici, c'est la vie dans les camps qui stimuleraient les scènes d'intimité. En discutant avec des collègues aujourd'hui, j'apprenais que les médecins qui travaillent dans les camps sont un peu catastrophés de voir le nombre effarant de grossesses pousser dans les camps. PAP devrait donc connaître un important baby-boom d'ici quelques mois. Malheureusement, trop de ces grossesses sont le résultat de viols… La situation de la violence dans certains camps (près des zones fortement criminalisées avant le séisme) préoccupe grandement les NU où, selon un rapport fraîchement publié, on observe une recrudescence des activités illicites menées par les gangs. Trafic d'armes et de drogues, viol, kidnapping, …, tout ce que l'état de non-État dans lequel le pays vit depuis le 12 janvier rend plus facile. Moins risqué. La situation est davantage préoccupante dans la mesure où ces gangs peuvent jouer un rôle (ils l'ont déjà fait) dans la joute politique qui s'annonce. On est donc un peu plus sur les dents du côté des NU et quant aux filles qui se feraient davantage violées, on attend l'arrivée d'un nouveau Président (ou d'une Présidente) pour que l'État ayisien règle la question. Il y a de ces êtres un peu trop testostéronés qu'il faudrait mettre sur la glace d'ici là.

mardi 7 septembre 2010

Gaston s'est dégonflé

Avant de prendre l'avion pour Miami, Gaston qui quittait l'Afrique avait pris des allures de grosse tempête. Heureusement, il s'est complètement dégonflé tout au long du trajet, tellement qu'on lui a retiré son nom il y a quelques jours. Demain, ses restes (désolé Gaston !!) passeront sur nous. Au diable la mise en plis, le vent va faire la job, heureux ceux qui se lavent la tête à la débarbouillette. Pour le moment, la chance nous sourit : Gras a Dye, les ouragans nous ont évité et celui qui nous passe sur la tête a perdu de sa jeunesse. Désolé encore Gaston !

Think big sti !


«Ils l'ont tu l'affaire, les Amaricains !» Ça, comme le titre, c'est du Elvis Gratton. Le personnage du bon colonisé québécois qui a permis à Pierre Falardeau de dénoncer tout ce qui à ses yeux devaient l'être après le référendum sur l'indépendance québécoise perdue de 1980. Il se sera servi de ce personnage grossier et abruti jusqu'à sa mort en 2009 (http://jeanfrancoislabadie.blogspot.com/2009/09/il-y-de-ces-tristesses.html). C'est impossible de circuler dans les rues de Key West sans réciter ces strophes de Falardeau. Impossible, je vous le dis. Comme n'importe quelle caricature, certains traits sont exagérés au détriment des autres. Dans un pays de contrastes comme les États-unis (pour paraphraser tout le monde !), les Keys ne font pas exception. Des zones hautement commerciales affublées de tous le toc patriotique que vous pouvez imaginez, aux petits havres de paix simples et remplis de délicatesse. Le beau et le laid se voisinent. Dans les Keys (à Key West en particulier), tout carbure à l'image d'Ernest Hemingway, clinquante comme sobre. Il écrivait et pêchait, tout ce qu'il faut dans ce pays de la mer pour agglutiner des vacanciers. La visite de sa maison vaut le détour sauf si vous n'aimez pas les félins, ou que vous en êtes allergique. Les chats se comptent par dizaine. Ici encore, un marketing touristique qui sent presque le roussi. Il semble que notre Michel Tremblay y a installé sa deuxième demeure. J'avoue que la section non touristique du vieux quartier invite à y installer ses pantoufles pour plus longtemps.

vendredi 3 septembre 2010

Élection, ouragans et crocodiles

- Pour le moment, les ouragans font comme les élections, ils passent à côté.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? Me demande Asefi un peu surprise.
- C'est simple, les trois derniers ouragans ont évité notre île et sont allés faire du dommage ailleurs. Comme les élections, il ne s'est rien passé ici et tout le monde sur la planète s'est énervé au sujet de la participation de Wyclef. Je te le dis c'est mem bagay, plus de bruit ailleurs qu'ici, comme les ouragans.
- Attends, ce n'est pas encore vraiment commencé. Dans quelques semaines, on en reparlera.
- Je ne peux pas dire que j'ai hâte que ça saute, mais j'ai au moins hâte que ça bouge.
- En parlant de bouger, j'entends dire que tu nous quittes encore pour quelques jours.
- Ouais, 5 jours. C'est pour continuer de vous aimer.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Je te l'ai déjà dit, pour survivre dans un pays comme Ayiti, un blanc comme moi, avec toutes les valeurs et les habitudes de vie qui y sont associées, a besoin de prendre l'air aux deux ou trois mois, question de ne pas virer fou.
- Je te comprends, si je pouvais sortir à l'occasion, moi aussi je le ferais. Où vous allez ?
- Voir les crocodiles dans les Everglades et marcher dans les rues de Key West. Ça va faire changement d'ici où on voit des requins et on ne peut pas marcher dans les rues.
- T'aurais dû faire humoriste… Allez, bonnes vacances !

jeudi 2 septembre 2010

Le médecin 2

J'oubliais de vous raconter dans mon billet d'hier soir que les médecins ayisien ont cette réputation d'avoir un flair clinique hors du commun. Comme si l'absence de technologies et de moyens forçait le développement de compétentes différences, davantage liées au rapport au patient. Alors que la technologie et le contexte légal (la crainte des poursuites) poussent nos médecins à développer un mode d'intervention davantage préventif. On objective notre intervention en cherchant le plus de résultats de laboratoires ou autres, limitant ainsi au maximum tout espace de subjectivité dans l'intervention (ou d'intersubjectivité ce qui serait encore plus dramatique). L'autre aspect de cette pratique est l'utilisation de toute la batterie de tests possibles (pertinents ou non) pour éviter d'être blâmer de négligence. Les médecins ayisien sont également très questionneux. La première dimension qu'ils abordent en détail est l'alimentation. C'est aussi cette dimension qui revient le plus rapidement dans les recommandations. L'activité physique y passe itou. La consultation va durer un bon 30 minutes, nettement plus que le 7 minutes de nos amis québécois. Ceux qui font des stages réguliers aux USA, au Canada ou en France ont le double avantage de maintenir cette dimension humaine et globale de leur art, tout en nous assurant un rapport aux connaissances et aux intervention le plus optimal. Je vous le dis, le meilleur des mondes.

mercredi 1 septembre 2010

Le médecin

Vous savez cet homme ou cette femme qui prend soin de nous. Prendre soin est le bout de phrase le plus important. De la prévenance, du souci, de la diligence, tout ça dans des mains habiles, compétentes. Le temps pour bien faire le choses. Le genre de 'prendre soin' comme on l'imagine. Ça c'est le médecin ayisien que je consulte. À chaque fois que je sors de son bureau, je suis content !! Il est surpris d'apprendre qu'à Mtl je n'ai pas de médecin de famille, en fait que je suis comme près de 30% de la population. 'C'est pas payant, vaut mieux faire de la clinique sans rendez-vous !' Je vais donc devoir trouver un moyen de le ramener avec moi à Mtl un jour, ou encore de revenir le voir systématiquement en Ayiti. Il est davantage probable qu'ici, il puisse conserver les moyens d'être un médecin, comme on l'imagine.