mercredi 30 septembre 2009

Que la grève continue...


Il y a quelques mois, j’ai écrit un texte sur une grève étudiante à la Faculté de médecine et de pharmacie (FMP) de l’Université d’État d’Haïti (UEH). Bêtement, j’annonçais, à cause du début des vacances d’été, la fin d’une grève étudiante qui durait depuis trois mois, les étudiants ayant d’autres choses à faire durant l’été que de ‘grèver’. Bêtement vous dites… Le bordel s’est continué tout l’été (avec la loi sur le salaire minimum et le paiement du 14ième mois) et perdure toujours. Quelques petites séances de violence ou de perturbation, l’intervention de la police nationale mais surtout, un élargissement des troubles à l’ensemble de l’UEH. Les cours n’ont pas encore repris (sauf en agronomie) et la dernière grande information sur la crise est l’intervention du Président. Il a créé un comité présidentiel afin de régler les problèmes de l’UEH. Les étudiants grévistes refusent l’intervention de ce comité en prétextant que l’UEH vient de vendre son autonomie au gouvernement. Imaginez le sérieux de l’argumentation quand cette université est une université d’État et que la presque totalité de son budget vient du gouvernement… Quand la Police nationale d’Haïti (PNH) est intervenu au cours du mois d’août pour sortir les squatteurs de la FMP, l’argument a été le même : L’UEH et la FMP venaient de s’inféoder à l’État en demandant à la PNH d’intervenir dans leurs locaux. Parmi les rumeurs qui circulent actuellement sur les grévistes, il y a celle qui veut que ce serait de faux étudiants (difficile en effet pour une université sans registraire de bien identifier ses inscrits !) payés par des politiciens intéressés à s’assurer qu’un certain bordel soit continuellement maintenu dans le pays. Le bruit et l’agitation de la foule remplissent un vide et offrent toujours des occasions de générer un dérapage que certains qualifient de ‘contrôlé’. L’animisme est même politique dans ce pays. Existent dans la tête de tous ces forces immatérielles qui tirent en permanence les ficelles d’une désorganisation. Aristide ou Baby Doc, qui sait ? Le plus significatif pour moi est l’absence d’un journalisme réellement crédible permettant aux acteurs de ramener le débat sur des bases plus tangibles. Les adversaires discourent sur les grands principes (autonomie de l’UEH, représentativité des étudiants, …) à des journalistes qui se font leur porte-voix sans aucune analyse ou vérification. Imaginez une négociation strictement appuyée sur des rumeurs et qui se déroule par médias interposés… Ajoutez à cela le fait que les ayisien sont les champions du monde d’une parole discursive et sans fin, l’idée étant d’avoir dans le discours raison sur son adversaire. On a donc droit à des débats continus depuis des semaines. Hier midi à la radio, on interrogeait un vieux professeur de l’UEH sur la question qui a simplement rappeler qu’en plus de 6 mois de déboires, il n’avait presque jamais été question de négociation et encore moins de trêve. Probablement trop concret !

samedi 26 septembre 2009

Il y a de ces tristesses…

Pierre Falardeau est mort. Grosse nouvelle. Triste surtout. Ce vieux nationaleux était capable de brasser habilement ce qu’il faut, les émotions comme les idées, pour faire avancer sa vision d’un Québec. Subtilement ou violement, c’est selon. Il nous aura donné des moments de jouissance comme spectateur, pensons simplement Au temps des bouffons ou au jeune Paul qui bouffe du PFK dans Pea soup. C’est une grande perte. Une grande tristesse.

vendredi 25 septembre 2009

Les suites de la dictature

Depuis près d’un an, j’ai croisé plusieurs dizaines d’haïtiens avec qui, dans le cadre du travail ou dans d’autres contextes marqués par le divertissement, j’ai pu discuter plus sérieusement de la situation du pays, de sa population. Ils ont été plusieurs à me dire – pour ne pas dire à insister fortement – de ne jamais donner ma confiance à un haïtien. Avant de quitter Mtl il y a un an, les haïtiens que je croisais et à qui je racontais notre projet de ‘migrer’ dans la perle des Antilles pour deux ans, me faisaient le même conseil. Il y a bien évidement – pour ne pas dire drôlement – le paradoxe d’un haïtien qui te demande de lui faire confiance en te disant de ne jamais faire confiance à un des siens : « Tu peux me faire confiance, il ne faut jamais faire confiance à un haïtien…. ». Un partenaire haïtien de qui je suis plus proche et à qui je racontais cette anecdote m’a instinctivement répliqué : « La dictature, les tontons macoutes ! ». Aussi simplement, comme si cette méfiance des haïtiens les uns envers les autres était la conséquence la plus significative de plus de 20 ans de dictatures, presque 30 ans de macoutisme. Que cette empreinte avait marqué aussi profondément les cerveaux, de quoi faire un sillon supplémentaire dans le néocortex. Difficile pour moi de m’imaginer ne pas pouvoir simplement donner mon point de vue sur un sujet X en prenant un rhum avec un ami ou en soupant avec la famille. Quel est le rôle de cette méfiance dans la capacité du pays de se construire ? De participer activement aux efforts des organisations internationales ? Ce serait de simplifier une réalité compliquée (c’est pire que complexe !) que d’appuyer une analyse un peu soutenue sur la seule dimension des rapports de non-confiance entre les ayisien pour expliquer l’incapacité du pays à sortir politiquement et culturellement de la dictature. Mais ma courte expérience dans ce nouveau monde m’a permis d’identifier que cette méfiance ‘génétique’ limite la capacité des gens à se lier pour sortir de plusieurs situations périlleuses. « Tout koukouy klere pou je-l» ou en français, « Chaque luciole ne fait de la lumière que pour elle-même ». Proverbe consacré pour souligner l’individualisme des haïtiens…

lundi 21 septembre 2009

La constitution haïtienne : Constitution de la méfiance


La constitution haïtienne compte 298 articles et j'exclue du calcul les sous-articles, comme l’article 3.1 qui définit que PAP est la capitale nationale du pays mais que ce siège, pourrait être déplacé en cas de force majeure. Il ne manque rien pour le bonheur dans ces 298 articles, tout y est défini. L’enjeu bien évidement est sa mise en application. En matière d’accès aux soins de santé ou à l’éducation par exemple, la constitution ne s’applique pas. Pa gen kob ! La vie politique s’énerve cette semaine parce que la nouvelle législature devrait se lancer dans une réforme de ce texte fondateur. Rédigé dans les mois qui ont suivi le départ en cachette de Duvallier fils, dictateur de 1971 à 1986, la constitution haïtienne a été d’une certaine manière le retour à la démocratie. On entend ou lit souvent qu’Aristide est le premier président élu d’Haïti, c’est une fausseté. Même Papa Doc a été élu avant de changer son fusil d’épaule suite à une tentative subtile de l’armée de le remplacer. Dans le contexte de la guerre froide et du communisme fleurissant sur l’île voisine, le père Duvalier n’a pas eu de problème à convaincre les américains de lui donner un coup de pouce afin d’établir sa dictature. En 1986, quand la population a réussi à faire fuir le fils, des gens ont déterré le corps de Papa Doc afin de lui faire symboliquement une petite fête. L’animisme a une prise impressionnante sur la population de ce pays… La constitution donc, elle fait l’objet de débats politiques actuellement, le président souhaitant y faire quelques adaptations. On propose par exemple de reconnaître la double citoyenneté. Depuis 1987, Haïti ne reconnait pas la double citoyenneté, limitant ainsi l’apport intellectuel et économique d’une diaspora qui a étudié et réussi au Canada ou aux États-Unis. On aborde également la question de l’équité de genre en proposant qu’au minimum 30% des postes de la fonction publique soient attribués à des femmes. L’enjeu stratégique intéressant de cette révision concerne la présidence. Un spécialiste de la question était interviewé dans Le Matin (un journal de PAP) et rappelait que le contexte de méfiance post-duvaliériste dans le quel la constitution de 1987 a été écrite marque la grande peur des ayisien à l’égard de toutes formes de ‘présidence à vie’. Actuellement, un président ne peut pas être élu pour deux mandats consécutifs (il doit y avoir un délai de 5 ans entre ses deux mandats). L’exécutif proposait que l’on permette la continuité dans les deux mandats de manière à permettre une certaine suite dans l’action gouvernementale. Les députés ont plutôt opté pour permettre un troisième mandat à la présidence tant que ça reste dans la non-continuité. Les débats sont donc lancés et les belligérants, d’un côté comme de l’autre toutefois, vouent le même culte à un texte fondateur (les ayisien parlent toujours de 1804 et de la constitution de 1987) qui représente pour la population la victoire populaire contre le dictateur, comme 1804 représentait la victoire contre l’esclavagiste. Les débats risquent d’être intenses…

mercredi 16 septembre 2009

"Énigme du retour"


Une autre semaine à Montréal pour des rencontres. Accompagné cette fois-ci d’un partenaire du MSPP (Ministère de la santé publique et de la population). Outre les heures de travail, une semaine à marcher dans la ville et à faire du Bixi (la plus belle invention du monde). Montréal me manque même si l’expression ‘chez nous’ dans ma bouche (quand je discute avec mes proches du Qc) est pleine d’ambigüité Une semaine également à remplir une valise arrivée vide de bidules que l’on ne trouve pas en Haïti. La première fois que nous avons pris l’avion pour PAP, nous étions très impressionnés par les valises que les haïtiens ramenaient dans leur pays d’origine. Les gens autour de toi poussent des chariots qui contiennent 4 ou 5 valises mal empilées. Un vrai foutoir. L’enregistrement des bagages à l’aéroport Trudeau est un spectacle où des dizaines de moun sont accroupis sur leurs valises afin de pouvoir répartir entre elles le poids de manière plus équitable. À chaque fois il y a quelques drames : des gens qui ont des excès de bagages doivent laisser une partie des bagay (choses) qui étaient prévues pour la famille et les amis restés en Haïti. Le personnel des cie aériennes poussent des soupirs. Ça donne première idée du pays qui vous attend. J’ai rapporté dans mon bagage cette fois-ci le dernier roman de Dany Laferrière. Les critiques qui ont circulées ici et que j’ai entendues ou lues à Montréal pendant le séjour étaient tellement fortes que je ne pouvais pas rapporter ce petit trésor avec moi dans l’avion. J’ai eu le temps de m’avancer passablement pour reconnaître la richesse de sa description du pays, des gens qui y circulent, de l’Énigme du retour. On voit et on sent. Des mots qui résonnent fortement et qui me rappellent l’énigme de mon propre retour : l’ambigüité du chez moi.

mardi 8 septembre 2009

Les moulins à paroles


Il est toujours un peu intriguant de suivre les débats québécois à partir d’ici. La platitude du relativisme pourrait nous faire dire que leurs dimensions locales limitent leur pertinence (en regard de quoi !?), mais ce qui m’intéresse davantage est les éventuels parallèles à faire avec ce qui se déroule ici. Au Qc actuellement, on a donc deux groupes qui déchirent leur chemise sur la lecture du Manifeste du FLQ (lu par un québécois d’origine haïtienne…). D’un côté on pense qu’on doit lire ce manifeste dans la mesure où il représente une partie signifiante de l’histoire du Québec, de l’autre, on prétend que sa re-lecture pourrait avoir pour effet d’entériner la violence terroriste qui a été associée à sa première lecture sur tous les téléviseurs du Québec. La game fédéraliste-souverainiste se joue encore ici : les amis du Canada prennent ici une belle revanche sur la jambette que les souverainistes leur ont infligé au début de l’année. Tout cela, il faut le rappeler, pour souligner la Bataille des Plaines d’Abraham. Vue d’ici, ce conflit sur l’utilisation de l’histoire apparaît un peu délirant. Les ayisien, analphabète ou non, éduqués ou non, passent leur temps à discourir sur l’histoire. Tous des moulins à paroles, toujours capables de te raconter tels événements de leur histoire en identifiant les noms, dates et lieux avec une précision inouïe. Tu roules dans la rue et tu lis un graffiti où il est écrit ‘Abba Toto’, tu demandes au chauffeur qui est Toto et tu en auras pour dix minutes à te faire expliquer l’histoire détaillée de Toto et qui sont ceux qui, au plan politique, on écrit ce graffiti. Et ce, que Toto soit toujours vivant ou mort il y a 200 ans. Les ayisien sont ‘maladivement’ branchés sur le passé glorieux de leur petit pays, le premier peuple à s’être libéré du colonisateur-esclavagiste il y a plus de 200 ans. Parlez-en à Napoléon, méchante claque sur le nez ! On entend ou lit la référence à 1804 presque tous les jours, les commentateurs politiques ont toujours cet événement historique ‘mondial’ en travers de la gorge. J’ai déjà parlé d’un livre d’histoire sur ce blogue (Written in blood) qui dépeint une histoire d’Ayiti très détaillée où la grille d’analyse de l’auteur est marquée par les conflits politiques armés et la violence. Il y en a pour plus de 800 pages… Ici, personne ne cacherait un texte ou un discours de Louverture, de Dessaline, de Pétion, de Christophe ou même de Duvalier qui ferait appel à la révolution, à la violence. Vaut pas la peine, les haïtiens les connaissent par cœur !

vendredi 4 septembre 2009

Tribute to Michael Jackson…


... by Haitian artists. En anglais mon homme, pour un show et des présentations qui se sont toutes déroulées en créole ou en français… à part les chansons bien évidement ! Il y aurait ici beaucoup de parallèles à faire avec les enjeux français/anglais du Québec. Vendredi soir dernier, la même gang qui a promené le Starmania haïtien à Montréal il y a quelques années, nous a concocté une soirée hommage à Michael. J’y suis allé un peu de force, ma blonde ayant très bien insisté. On a presque été obligé de me sortir de force, j’y serais resté jusqu’à 7 heure du matin. Une ambiance d’une très grande intensité comme les haïtiens sont capables d’en construire, dans la foule comme ceux sur la scène. Plus de 60 artistes sur une scène installée dans une salle de congrès, presqu’un show de sous-sol d’église comme contexte. Une salle pleine de moun assis sur des chaises droites, d’autres les fesses au sol entre les rangées ou devant la scène. Plein de CHITA (ASSIS !) criés tout au long d’une soirée où l’excitation de la foule valait tout autant que l’énergie qu’il y avait sur le stage. Deux comédiens qui nous ont permis de naviguer dans la vie de Michael, un band, des chanteurs, un chœur et des danseurs. De très bons chanteurs connus (des vedettes) et d’autres moins ont fait le tour du répertoire. Le jeune qui interprétait les chansons du temps des Jackson Five était hallucinant. Il a fini le show avec une chemise à l’effigie de Remax… les haïtiens achètent leur linge sur la rue, celui qu’on envoie de Mtl dans les pays défavorisés. Il y a un agent d’immeuble qui aurait été très heureux de voir son don sur le dos d’un timoun aussi talentueux. La gueule, la voix et la présence, tout y était. Quant aux danseurs, que dire de représentatif sur une chose aussi intense. Du moon walk aux petits gestes sensuels de Michael, on a eu droit à la totale. Des corps à faire rêver qui bougent plus que bien et qui débordent d’une énergie transmises directement à la foule. Même Michael aurait été jaloux. Le show s’est terminé avec le We are the world interprété par les chanteurs, accompagnés à la fin par les choristes et les danseurs. 60 personnes en sueur sur un stage monté pour l’occasion. Des haitian artists... video

jeudi 3 septembre 2009

Ayiti cherie

On arrive de trois jours de vacances en République Dominicaine voisine. Santo-Domingo a un quartier colonial qui mérite que l’on se laisse pendre par les attrapes-touristes. Trois jours à marcher dans des rues, entrer dans une galerie, dans une boutique, fouiner le menu des restaurants, entrer visiter une vieille église ou le musée de la citadelle. Trois jours d’une vie citadine qui nous manque tant. Trois jours tout de même à s’ennuyer d’Ayiti. Haïti chérie comme on la nomme partout. On est en fait tombé dans l’attrape-touriste qu’est Haïti, que sont les haïtiens. On nous avait prévenu d’un fort sentiment amoureux pour ce ti peyi, ou son inverse, une haine sans fond. Pas de milieu. La conclusion peut être tirée, on est tombé amoureux. En plus, comme lors de notre premier passage en République l'hiver dernier, un ayisien s’est fait lyncher par des dominicains en délire la fin de semaine dernière… On n’ira plus !