jeudi 24 décembre 2009

Noël dans le fwet !


Les ayisien fêtent Noël comme tout bon chrétien très pratiquant. La fête n’a pas le faste commercial pour 95% de la population, l’argent se faisant plutôt rare dans ce coin des caraïbes. En plus, les maisons n’ont pas de cheminée… Pour l'autre 5%, la fête ressemble à celle qui se déroule sur la rue Sainte-Catherine, la variété en moins. Cette année, la fête sera plus fwet que d’habitude. Les tempêtes de neige qui sont passées sur le Canada et le nord des États-Unis au cours des derniers jours sont venues mourir ici. Hier, on a eu droit à journée complète de pluie et de vent. Tout Ayiti a été au ralenti, on se serait cru au Québec quand les pluies d’automne font tomber des branches. Li fè fwet anpil (Il fait très froid). Le thermomètre de la bagnole montrait 15 degré ! On a réussi à dénicher plusieurs couvertures pour Claudette déjà frigorifiée dans notre fraîche montagne. Jean-Claude, le chauffeur, portait un épais chandail. À la maison, on fait un arbre de Noël typique du coin : Une branche peinte en blanc et bien enracinée dans un pot de peinture rempli de ciment, des boulles faite de papier mâché et des petites maisons de carton. Claudette le trouvait un peu ‘tounu’, elle y a ajouté des ballons. Joyeux Noël à tous.

mercredi 23 décembre 2009

Un poisson ça ne vote pas !


Les haïtiens sont sûrement un peuple très politisé. Je l’ai écrit souvent ici, la politique fait partie de la vie quotidienne des ayisien, un sport national. On en discute partout et n’importe qui peut vous raconter l’événement politique X qui est survenu en 1876 ! C’est tellement présent que la présidence sert de référence pour l’âge de plusieurs personnes : Faute de registre civil digne de ce nom, plusieurs haïtiens ne connaissent pas leur date de naissance mais ont une certaine idée de leur âge en fonction du président en place. ‘Ma mère mi disait que je sui né sous la présidence de X’. Pour Duvalier, ça complique un peu les choses, mais pour les autres, la marge d’erreur est nettement moins grande. Un peuple politisé qui ne vote pas… Comme si vie politique et élection ne faisaient pas bon ménage. Si le cynisme ambiant à l’égard des politiciens canadiens fait fondre le taux de participation d’élections en élections au cours des dernières années, les événements politiques qu’a connus le peuple ayisien depuis le départ de Baby Doc ont créé une désaffection jusqu’à atteindre moins de 3% aux sénatoriales du printemps dernier. Pour Cetoute, un partenaire haïtien (Cetoute est son nom de famille), le dernier changement de gouvernement opéré il y a quelques semaines est une autre de ces occasions de constater ce que veut dire dans un contexte politique l’expression ‘régime de bananes’. À l’inverse de ce qu’écrit une journaliste de La Presse dans le cadre de la visite du nouveau Premier Ministre dans le ‘pluss beau pays du monde’, on a viré la première ministre Pierre-Louis sur des accusations complètement démentes (elle serait responsable de la pauvreté dans laquelle se trouve la population, rien que ça !) et non à cause des 200 millions de $ volatilisés. En fait, plus un politicien ne parle de cette disparition. Cetoute me disait que le débat tenu lors de la destitution de l’ex-première ministre a été à l’image de ce que les politiciens du pays peuvent réaliser en matière de débat, c'est-à-dire n’importe quoi ! ‘On nous prend pour des poissons et des poissons, ça ne vote pas !’ Égalité (un autre haïtien avec qui je travaille) me racontait que le mariage pauvreté/démocratie est impossible, les gens au pouvoir ont l’argent nécessaire pour acheter les votes. Moins t’en achètes, plus le taux de participation est bas…

mercredi 16 décembre 2009

Tout sauf ce qu’attendu


Encore quelques semaines de paresse… Pas vraiment, le temps de suivre et de dérouler ses idées, de constituer un texte qui a assez de sens pour se présenter sur la toile. Je sais, une niaiserie de plus ou de moins sur cette toile … Le dernier billet racontait que les semaines avaient été chargées de visites personnelles et de consultants canadiens en présence sur le terrain. Bis. Maintenant un an que nous avons installé notre linge dans les commodes de Pelerin 9, Petion-Ville. Avec le linge, la vaisselle et la literie, quelques livres et ce qu’il faut pour continuer à boire le café tous les matins. L’essentiel, c’es t l’essentiel, surtout en Ayiti. Cette première année a passé aussi vite qu’une F1 dans la longue ligne droite du circuit Gilles-Villeneuve de Montréal. Sérieusement, aucun espace pour s’ennuyer, surtout pas ceux qu’on nous avait annoncé. On nous avait effectivement annoncé une dépression post-arrivum autour du cinquième ou du sixième mois. On devait vivre une écœurite aigue du pays et des ayisien. On devait vouloir à tout prix quitter les caraïbes en rêvant amoureusement aux tempêtes de neige sur le Plateau Mont-Royal. Rien de cela n’est encore arrivé et je ne crois pas que le terrain est fertile pour l’apparition de ce genre de malaise. On a bien évidement eu quelques petites bouffades dépressives face à des situations ou des événements qui montrent les conséquences de l’extrême pauvreté de ce pays et de sa population, comme pour d’autres qui montrent la grande richesse creuse d’une certaine couche de la société. La vision d’un concessionnaire Porsche à l’entrée d’un presque-bidonville laisse toujours, même après un an, une certaine amertume dans le gosier. Les milliers de génératrices qui polluent l’air et étouffent le silence. Les odeurs qui courent les rues d’un pays sans eau courante. Les millions de personnes qui vivent dans les rues entre les machines, les chiens, les cochons, les cabris et les poules. Presque pas de chats dans ce capharnaüm, on les préfère dans les assiettes. Mais surtout, l’intensité des sourires et des culs qui se font aller en permanence, comme si la fête faisait maintenant du code génétique de ce peuple.

vendredi 13 novembre 2009

Les dernières semaines ont été plutôt muettes


Sans le vouloir vraiment, j’ai pris une pause d’écriture dans le dernier mois. Les activités ont déboulé. Une consultante canadienne que j’ai accompagnée de manière assez intensive auprès de mon partenaire haïtien, deux semaines de visites et de rencontres avec notre bailleur (ACDI) et une semaine de tourisme avec un ami de Québec. Il y aura de nouvelles visites la semaine prochaine et dans trois semaines. On réfléchit à lancer une entreprise touristique pour Ayiti, le produit est plus qu’intéressant. En fait, quand on reçoit des canadiens (pour le travail ou pour le plaisir), on découvre toujours de nouveaux coins du pays. Ayiti et les ayisien ont toujours le même effet sur les gens qui y débarquent : « Rien à voir avec ce que les médias nous donnent comme information ». Des préjugés fondent au soleil : La pauvreté est plus saisissante, les ayisien sont plus sympathiques et le pays est une merveille pour les yeux. Je vais donc avoir un peu plus de temps dans les prochains jours pour entretenir cet espace WEB. Il faut entre autres que je vous parle du nouveau gouvernement et de notre premier anniversaire en Haïti.

mardi 3 novembre 2009

Les morts ou les guede


On vient de vivre une longue fin de semaine assez intense. Alors qu’au Québec on fête l’Halloween, ici, c’était le week-end des morts ou des guede (prononcer guédé, on l’écrit aussi gede). C’est un gros événement pour Ayiti l’animiste. Commerces et restaurants fermés en plus d’un jour férié. Tout le monde fête les décédés mais pas nécessairement les mêmes et de la même manière. Les catholiques et les protestants fêtent les morts. Les champs dans l’église protestante de mon voisinage ont commencé à 6h00 du matin pour se terminer 12 heures plus tard. Toute une journée de prière et de chants. Quant aux adeptes du vodou, on fête les guede. Wikipedia nous explique que les guede réfèrent aux esprits des morts. Ils forment une famille de morts plutôt bruyante et fantasque qui n’a maintenant peur de rien, ils sont tous déjà morts… Dans les cimetières, on fête toute la nuit. Ces nuits rara (racine) sont remplies de musique et de clairin (un type de rhum artisanal produit par un peu tout le monde) qu’on asperge sur les tombes, question de partager notre liquide avec nos morts. On se soutient et on se tient saoul… Ces soirées vodous sont assez intenses, rythme répétitif, alcool et intensité animiste forment une potion qui mène certaines personnes dans un état de transe. J’aurais bien aimé aller voir comment les choses s’y déroulent, mais on m’a fait comprendre que malgré le ‘neg pren pwoi’ d’il y a quelques semaines, je reste un blanc… Peut-être que je réussirai avec un peu de planification à m’y faire inviter l’année prochaine !? Nous sommes plutôt allés voir le spectacle ‘spécial guede ‘ que RAM. Le spectacle a commencé à 1h00 du matin pour se terminer vers 10h00. C’est ce qui était prévu, mais on a couru vers notre lit vers 3h00 du matin. Déjà, l’atmosphère avait commencé à se déjanter un peu. Dans ce genre de situation, on pense au confort et à la sécurité des foules compactes du Festival de Jazz de Montréal…

mercredi 28 octobre 2009

« Pourquoi ça irait bien quand ça peut aller mal ! »


On a vu la situation du pays évoluer de manière quelque peu positive depuis notre arrivée. Les statistiques sur la criminalité ont continuellement chuté, une partie importante de la dette (donc du loyer de l’intérêt sur le trésor public) s’évaporer sous le souffle de la communauté internationale, les ouragans éviter l’île, deux organisations internationales tenir leur congrès annuels à PAP pour encourager le pays et Clinton débarquer avec 600 investisseurs pour relancer l’économie du pays. Un souffle un peu plus positif dans le cou de la population, même si on est toujours très loin d’un ‘open house’ généralisé. On n’allait quand même pas permettre à la pente positive de continuer son évolution sans réagir, il faut mettre un peu de sable dans la machine. Le sable ici étant comme la neige en plein hiver au Canada, une ressource inépuisable. On voit donc les politiciens (les sénateurs en particulier) commencer à générer une instabilité politique en interpellant la première ministre et son gouvernement qui devrait logiquement tomber ce vendredi. Le parti du Président (Lespwa) a repris la majorité au sénat depuis les dernières élections et on compte bien s’en servir. Sereine, la première ministre qu’on accuse d’avoir fait disparaître 190 millions de $US, a lancé trois enquêtes pour identifier où ont coulé ces billets verts. Deux hypothèses pour expliquer l’assaut des sénateurs, assaut qualifié de vulgaire et d’inapproprié par plusieurs commentateurs : 1- Un trop grande nombre de sénateurs ne veulent pas que les résultats de ces trois enquêtes soient connus ou ; 2-Un trop grand nombre de sénateurs n’étaient pas à leur bureau quand l’enveloppe brune est passée… Impossible dans un pays comme Haïti d’aborder la question politique sans que le mot corruption apparaisse. Je sais qu’au Québec on pense la même chose actuellement…

dimanche 25 octobre 2009

Gestion des déchets

Il y a de ce genre de bidule que l’on n’imagine pas tant que nous n’y mettons pas les pieds … ou le nez. Un hôpital génère quotidiennement des tas de déchets. Au Québec par exemple, nos hôpitaux ont des expertises et des ressources (humaines, financières et matérielles) pour gérer tous les jours les déchets produits, l’un des enjeux important étant bien évidement la prévention des infections. Objets coupant ou piquant, toutes les formes de pansements ou déchets humains (pensons juste aux placentas dans ce pays de femmes enceintes…) sont les exemples les plus évidents. Pensez au fait que l’expertise et les ressources sont celles d’un pays en développement, ajoutez-y quelques malversations, des animaux affamés à l’air libre (cochons, cabris, chiens et poules) ainsi qu’un 35 degré Celsius en quasi permanence, vous avez un cocktail explosif. Le ministère de la santé du pays (MSPP) a été appuyé par les organisations internationales dans les dernières années pour se donner des moyens de mieux gérer les déchets biomédicaux. On travaille à doter chaque hôpital d’un incinérateur et de pratiques adéquates pour gérer les déchets. On veut bien évidement enrayer des problèmes potentiels de santé publique, mais on veut également vider les cours des hôpitaux de ces tas de fatras aussi désagréables pour les yeux que pour le nez. La corruption, comme l’air, se respire partout. Des entreprises ayant eu le contrat de gérer ces déchets pour certaines institutions se servaient du dépotoir naturel qu’est la mer. Elle est juste à côté… Il y a quelques années, des déchets hospitaliers en provenance d’Ayiti se sont retrouvés sur des plages bondées de la Jamaïque et de Cuba… Disons qu’au plan des relations internationales, on peut imaginer mieux. Lors des grèves ‘régulières’ dans les hôpitaux, les déchets deviennent également un excellent outil de négociation. Rapidement, les voisins se plaignent des odeurs et les journaux font leur une de certaines photos croustillantes. Au centre-ville de PAP lors de la dernière grève, la présence d’un bébé mort sur un tas de fatras a eu son effet.

samedi 17 octobre 2009

Neg pran pouwa !


J’ai reçu un compliment cette semaine. Une vraie première dans ma vie d’expat. Un collègue haïtien, le genre de gars à qui tu fais une longue poignée de main et une accolade vigoureuse, un gars à qui, au Québec, tu donnerais une ‘bean’ pour lui signifier que t’es content de le voir, m’a dit que j’avais pris du poids. Ça faisait plus d’un mois que nous nous étions vus et il a constaté que mon adaptation à la bouffe haïtienne se déroulait plutôt bien. Entre neg, on ne perd pas ce genre d’occasion de se frapper amoureusement. En fait, son compliment, neg pran pouwa !, marquait un passage dans ma vie d’expat, pour la première fois on m’appelait neg. Comme nègre chez nous. Dans son « le monsieur prend du poids ! », il me reconnaissait une appartenance à la même communauté que la sienne. Si le terme nègre est proscrit de notre vocabulaire québécois, il est ici utilisé entre les haïtiens sans aucun embarras. Il ne faut pas comme blanc faire l’imbécilité de les appeler nègres, ils sont très conscients du sens que nous donnons à cette expression. Mais entre eux ou dans les médias, le neg c’est l’autre, le monsieur. J’étais donc content de me faire dire que j’avais pris du poids, pas trop, mais juste assez.

lundi 12 octobre 2009

Dieu les aime


Une autre soirée étendu dans un lit d’hôtel à attendre que la prochaine journée commence. L’internet, comme souvent, a pris un break. L’ordinateur est ouvert sur le lit et rêve que je le ferme. Il chauffe un peu trop dans une chambre où la clim est morte. J’écoute la voie planante de Geoffrey Gurumul (chanteur africain) sur mon Iphone. Il raconte sa vie dans une chanson, quelques bouts que je peux comprendre dans la mesure où ils sont en anglais. Il ne sait pas pourquoi il est né aveugle mais ce n’est pas trop grave, Dieux le sait et il l’aime tant. Dieu l’aime tant. Je songe à la vie de plusieurs aysien que je côtoie que Dieu aime tant itou. Je pense au chien et à son amoureuse que j’ai dérangés cet après-midi, langoureusement embrochés sur une montagne de fatras près de la mer. L’électricité vient de foutre le camp. Seule la lueur de l’écran éclaire la pièce. Trouver la bouteille d’eau pour se brosser les dents, trouver le bol pour la dernière pisse de la journée. Fait noir dans un pays de noirs. Au moins Dieu éclaire leur vie, même celle des noirs aveugles.

jeudi 8 octobre 2009

Quand tu joues du banjo à une seule corde...


Un professeur d’université avec qui j’ai travaillé pendant quelques années disait que la pauvreté correspondait au fait de n'avoir qu’un marteau dans son coffre à outils. Pour cogner des clous c’est assez efficace, mais pour visser une tête-carrée, couper un wire de métal, scier un 2 par 4 ou toutes autres besognes nécessaires à monter une commode IKEA par exemple, tu atteints vite certaines limites. La très grande pauvreté d’Ayiti vient d’être reconfirmée cette semaine. Le Programme des nations unies pour le développement (PNUD) vient de publier ses chiffres sur l’Indice de développement humain (IDH). Le Canada est 4ième sur 182 pays alors qu’Haïti se retrouve 149ième. Juste après la Papouasie-Nouvelle-Guinée et avant le Soudan. L’IDH est une mesure qui intègre différents indicateurs sociaux et économiques et donne une idée de la capacité des États à soutenir le développement de sa population. L’indice comptabilise des données sur l’espérance de vie (Ayiti est 133ième), l’éducation (125ième) et le niveau de vie (158ième). Dans ce classement, Ayiti arrive toutefois bon dernier pour l’Amérique… La bonne nouvelle, c’est que les résultats du pays ont évolué de manière constante depuis 1980 (0,77% par année en moyenne) et ce même si la rumeur publique affirme l’inverse. Quand, dans le concert des nations, tu joues du banjo à une seule corde, ta capacité à participer au son d’ensemble manque un peu de punch…

vendredi 2 octobre 2009

Clinton et les jordaniens


La présence internationale de la Minustah nous offre plusieurs visions antinomiques. Des militaires venus de pays arabes qui se baignent tout habillés (pantalon long et chandail) entourés d’haïtiennes légèrement vêtues sur une des plages les plus populaires de la région de PAP. Soldat népalais de 4 pieds 6 pouces appuyé à la ‘Ken Dryden’ sur sa mitraillette, complètement seul sur le trottoir le plus passant du pays. Militaires brésiliens habillés pour survivre au moins 20 (cagoules sous le casque bleu, gants et veste anti-balle) qui assurent la circulation dans les embouteillages du centre-ville en plein zénith. La visite de Clinton cette semaine (accompagné de deux cent gens d’affaire) a aussi laissé entrevoir le même genre de vision cocasse. On trouve en face de nos bureaux la résidence de fonction de l'ambassadeur américain et Clinton y a séjourné. Notre rue a donc été envahie par des militaires jordaniens. Imaginez, un ex-président américain dont la sécurité est prise en charge par des militaires d'un pays arabe...

mercredi 30 septembre 2009

Que la grève continue...


Il y a quelques mois, j’ai écrit un texte sur une grève étudiante à la Faculté de médecine et de pharmacie (FMP) de l’Université d’État d’Haïti (UEH). Bêtement, j’annonçais, à cause du début des vacances d’été, la fin d’une grève étudiante qui durait depuis trois mois, les étudiants ayant d’autres choses à faire durant l’été que de ‘grèver’. Bêtement vous dites… Le bordel s’est continué tout l’été (avec la loi sur le salaire minimum et le paiement du 14ième mois) et perdure toujours. Quelques petites séances de violence ou de perturbation, l’intervention de la police nationale mais surtout, un élargissement des troubles à l’ensemble de l’UEH. Les cours n’ont pas encore repris (sauf en agronomie) et la dernière grande information sur la crise est l’intervention du Président. Il a créé un comité présidentiel afin de régler les problèmes de l’UEH. Les étudiants grévistes refusent l’intervention de ce comité en prétextant que l’UEH vient de vendre son autonomie au gouvernement. Imaginez le sérieux de l’argumentation quand cette université est une université d’État et que la presque totalité de son budget vient du gouvernement… Quand la Police nationale d’Haïti (PNH) est intervenu au cours du mois d’août pour sortir les squatteurs de la FMP, l’argument a été le même : L’UEH et la FMP venaient de s’inféoder à l’État en demandant à la PNH d’intervenir dans leurs locaux. Parmi les rumeurs qui circulent actuellement sur les grévistes, il y a celle qui veut que ce serait de faux étudiants (difficile en effet pour une université sans registraire de bien identifier ses inscrits !) payés par des politiciens intéressés à s’assurer qu’un certain bordel soit continuellement maintenu dans le pays. Le bruit et l’agitation de la foule remplissent un vide et offrent toujours des occasions de générer un dérapage que certains qualifient de ‘contrôlé’. L’animisme est même politique dans ce pays. Existent dans la tête de tous ces forces immatérielles qui tirent en permanence les ficelles d’une désorganisation. Aristide ou Baby Doc, qui sait ? Le plus significatif pour moi est l’absence d’un journalisme réellement crédible permettant aux acteurs de ramener le débat sur des bases plus tangibles. Les adversaires discourent sur les grands principes (autonomie de l’UEH, représentativité des étudiants, …) à des journalistes qui se font leur porte-voix sans aucune analyse ou vérification. Imaginez une négociation strictement appuyée sur des rumeurs et qui se déroule par médias interposés… Ajoutez à cela le fait que les ayisien sont les champions du monde d’une parole discursive et sans fin, l’idée étant d’avoir dans le discours raison sur son adversaire. On a donc droit à des débats continus depuis des semaines. Hier midi à la radio, on interrogeait un vieux professeur de l’UEH sur la question qui a simplement rappeler qu’en plus de 6 mois de déboires, il n’avait presque jamais été question de négociation et encore moins de trêve. Probablement trop concret !

samedi 26 septembre 2009

Il y a de ces tristesses…

Pierre Falardeau est mort. Grosse nouvelle. Triste surtout. Ce vieux nationaleux était capable de brasser habilement ce qu’il faut, les émotions comme les idées, pour faire avancer sa vision d’un Québec. Subtilement ou violement, c’est selon. Il nous aura donné des moments de jouissance comme spectateur, pensons simplement Au temps des bouffons ou au jeune Paul qui bouffe du PFK dans Pea soup. C’est une grande perte. Une grande tristesse.

vendredi 25 septembre 2009

Les suites de la dictature

Depuis près d’un an, j’ai croisé plusieurs dizaines d’haïtiens avec qui, dans le cadre du travail ou dans d’autres contextes marqués par le divertissement, j’ai pu discuter plus sérieusement de la situation du pays, de sa population. Ils ont été plusieurs à me dire – pour ne pas dire à insister fortement – de ne jamais donner ma confiance à un haïtien. Avant de quitter Mtl il y a un an, les haïtiens que je croisais et à qui je racontais notre projet de ‘migrer’ dans la perle des Antilles pour deux ans, me faisaient le même conseil. Il y a bien évidement – pour ne pas dire drôlement – le paradoxe d’un haïtien qui te demande de lui faire confiance en te disant de ne jamais faire confiance à un des siens : « Tu peux me faire confiance, il ne faut jamais faire confiance à un haïtien…. ». Un partenaire haïtien de qui je suis plus proche et à qui je racontais cette anecdote m’a instinctivement répliqué : « La dictature, les tontons macoutes ! ». Aussi simplement, comme si cette méfiance des haïtiens les uns envers les autres était la conséquence la plus significative de plus de 20 ans de dictatures, presque 30 ans de macoutisme. Que cette empreinte avait marqué aussi profondément les cerveaux, de quoi faire un sillon supplémentaire dans le néocortex. Difficile pour moi de m’imaginer ne pas pouvoir simplement donner mon point de vue sur un sujet X en prenant un rhum avec un ami ou en soupant avec la famille. Quel est le rôle de cette méfiance dans la capacité du pays de se construire ? De participer activement aux efforts des organisations internationales ? Ce serait de simplifier une réalité compliquée (c’est pire que complexe !) que d’appuyer une analyse un peu soutenue sur la seule dimension des rapports de non-confiance entre les ayisien pour expliquer l’incapacité du pays à sortir politiquement et culturellement de la dictature. Mais ma courte expérience dans ce nouveau monde m’a permis d’identifier que cette méfiance ‘génétique’ limite la capacité des gens à se lier pour sortir de plusieurs situations périlleuses. « Tout koukouy klere pou je-l» ou en français, « Chaque luciole ne fait de la lumière que pour elle-même ». Proverbe consacré pour souligner l’individualisme des haïtiens…

lundi 21 septembre 2009

La constitution haïtienne : Constitution de la méfiance


La constitution haïtienne compte 298 articles et j'exclue du calcul les sous-articles, comme l’article 3.1 qui définit que PAP est la capitale nationale du pays mais que ce siège, pourrait être déplacé en cas de force majeure. Il ne manque rien pour le bonheur dans ces 298 articles, tout y est défini. L’enjeu bien évidement est sa mise en application. En matière d’accès aux soins de santé ou à l’éducation par exemple, la constitution ne s’applique pas. Pa gen kob ! La vie politique s’énerve cette semaine parce que la nouvelle législature devrait se lancer dans une réforme de ce texte fondateur. Rédigé dans les mois qui ont suivi le départ en cachette de Duvallier fils, dictateur de 1971 à 1986, la constitution haïtienne a été d’une certaine manière le retour à la démocratie. On entend ou lit souvent qu’Aristide est le premier président élu d’Haïti, c’est une fausseté. Même Papa Doc a été élu avant de changer son fusil d’épaule suite à une tentative subtile de l’armée de le remplacer. Dans le contexte de la guerre froide et du communisme fleurissant sur l’île voisine, le père Duvalier n’a pas eu de problème à convaincre les américains de lui donner un coup de pouce afin d’établir sa dictature. En 1986, quand la population a réussi à faire fuir le fils, des gens ont déterré le corps de Papa Doc afin de lui faire symboliquement une petite fête. L’animisme a une prise impressionnante sur la population de ce pays… La constitution donc, elle fait l’objet de débats politiques actuellement, le président souhaitant y faire quelques adaptations. On propose par exemple de reconnaître la double citoyenneté. Depuis 1987, Haïti ne reconnait pas la double citoyenneté, limitant ainsi l’apport intellectuel et économique d’une diaspora qui a étudié et réussi au Canada ou aux États-Unis. On aborde également la question de l’équité de genre en proposant qu’au minimum 30% des postes de la fonction publique soient attribués à des femmes. L’enjeu stratégique intéressant de cette révision concerne la présidence. Un spécialiste de la question était interviewé dans Le Matin (un journal de PAP) et rappelait que le contexte de méfiance post-duvaliériste dans le quel la constitution de 1987 a été écrite marque la grande peur des ayisien à l’égard de toutes formes de ‘présidence à vie’. Actuellement, un président ne peut pas être élu pour deux mandats consécutifs (il doit y avoir un délai de 5 ans entre ses deux mandats). L’exécutif proposait que l’on permette la continuité dans les deux mandats de manière à permettre une certaine suite dans l’action gouvernementale. Les députés ont plutôt opté pour permettre un troisième mandat à la présidence tant que ça reste dans la non-continuité. Les débats sont donc lancés et les belligérants, d’un côté comme de l’autre toutefois, vouent le même culte à un texte fondateur (les ayisien parlent toujours de 1804 et de la constitution de 1987) qui représente pour la population la victoire populaire contre le dictateur, comme 1804 représentait la victoire contre l’esclavagiste. Les débats risquent d’être intenses…

mercredi 16 septembre 2009

"Énigme du retour"


Une autre semaine à Montréal pour des rencontres. Accompagné cette fois-ci d’un partenaire du MSPP (Ministère de la santé publique et de la population). Outre les heures de travail, une semaine à marcher dans la ville et à faire du Bixi (la plus belle invention du monde). Montréal me manque même si l’expression ‘chez nous’ dans ma bouche (quand je discute avec mes proches du Qc) est pleine d’ambigüité Une semaine également à remplir une valise arrivée vide de bidules que l’on ne trouve pas en Haïti. La première fois que nous avons pris l’avion pour PAP, nous étions très impressionnés par les valises que les haïtiens ramenaient dans leur pays d’origine. Les gens autour de toi poussent des chariots qui contiennent 4 ou 5 valises mal empilées. Un vrai foutoir. L’enregistrement des bagages à l’aéroport Trudeau est un spectacle où des dizaines de moun sont accroupis sur leurs valises afin de pouvoir répartir entre elles le poids de manière plus équitable. À chaque fois il y a quelques drames : des gens qui ont des excès de bagages doivent laisser une partie des bagay (choses) qui étaient prévues pour la famille et les amis restés en Haïti. Le personnel des cie aériennes poussent des soupirs. Ça donne première idée du pays qui vous attend. J’ai rapporté dans mon bagage cette fois-ci le dernier roman de Dany Laferrière. Les critiques qui ont circulées ici et que j’ai entendues ou lues à Montréal pendant le séjour étaient tellement fortes que je ne pouvais pas rapporter ce petit trésor avec moi dans l’avion. J’ai eu le temps de m’avancer passablement pour reconnaître la richesse de sa description du pays, des gens qui y circulent, de l’Énigme du retour. On voit et on sent. Des mots qui résonnent fortement et qui me rappellent l’énigme de mon propre retour : l’ambigüité du chez moi.

mardi 8 septembre 2009

Les moulins à paroles


Il est toujours un peu intriguant de suivre les débats québécois à partir d’ici. La platitude du relativisme pourrait nous faire dire que leurs dimensions locales limitent leur pertinence (en regard de quoi !?), mais ce qui m’intéresse davantage est les éventuels parallèles à faire avec ce qui se déroule ici. Au Qc actuellement, on a donc deux groupes qui déchirent leur chemise sur la lecture du Manifeste du FLQ (lu par un québécois d’origine haïtienne…). D’un côté on pense qu’on doit lire ce manifeste dans la mesure où il représente une partie signifiante de l’histoire du Québec, de l’autre, on prétend que sa re-lecture pourrait avoir pour effet d’entériner la violence terroriste qui a été associée à sa première lecture sur tous les téléviseurs du Québec. La game fédéraliste-souverainiste se joue encore ici : les amis du Canada prennent ici une belle revanche sur la jambette que les souverainistes leur ont infligé au début de l’année. Tout cela, il faut le rappeler, pour souligner la Bataille des Plaines d’Abraham. Vue d’ici, ce conflit sur l’utilisation de l’histoire apparaît un peu délirant. Les ayisien, analphabète ou non, éduqués ou non, passent leur temps à discourir sur l’histoire. Tous des moulins à paroles, toujours capables de te raconter tels événements de leur histoire en identifiant les noms, dates et lieux avec une précision inouïe. Tu roules dans la rue et tu lis un graffiti où il est écrit ‘Abba Toto’, tu demandes au chauffeur qui est Toto et tu en auras pour dix minutes à te faire expliquer l’histoire détaillée de Toto et qui sont ceux qui, au plan politique, on écrit ce graffiti. Et ce, que Toto soit toujours vivant ou mort il y a 200 ans. Les ayisien sont ‘maladivement’ branchés sur le passé glorieux de leur petit pays, le premier peuple à s’être libéré du colonisateur-esclavagiste il y a plus de 200 ans. Parlez-en à Napoléon, méchante claque sur le nez ! On entend ou lit la référence à 1804 presque tous les jours, les commentateurs politiques ont toujours cet événement historique ‘mondial’ en travers de la gorge. J’ai déjà parlé d’un livre d’histoire sur ce blogue (Written in blood) qui dépeint une histoire d’Ayiti très détaillée où la grille d’analyse de l’auteur est marquée par les conflits politiques armés et la violence. Il y en a pour plus de 800 pages… Ici, personne ne cacherait un texte ou un discours de Louverture, de Dessaline, de Pétion, de Christophe ou même de Duvalier qui ferait appel à la révolution, à la violence. Vaut pas la peine, les haïtiens les connaissent par cœur !

vendredi 4 septembre 2009

Tribute to Michael Jackson…


... by Haitian artists. En anglais mon homme, pour un show et des présentations qui se sont toutes déroulées en créole ou en français… à part les chansons bien évidement ! Il y aurait ici beaucoup de parallèles à faire avec les enjeux français/anglais du Québec. Vendredi soir dernier, la même gang qui a promené le Starmania haïtien à Montréal il y a quelques années, nous a concocté une soirée hommage à Michael. J’y suis allé un peu de force, ma blonde ayant très bien insisté. On a presque été obligé de me sortir de force, j’y serais resté jusqu’à 7 heure du matin. Une ambiance d’une très grande intensité comme les haïtiens sont capables d’en construire, dans la foule comme ceux sur la scène. Plus de 60 artistes sur une scène installée dans une salle de congrès, presqu’un show de sous-sol d’église comme contexte. Une salle pleine de moun assis sur des chaises droites, d’autres les fesses au sol entre les rangées ou devant la scène. Plein de CHITA (ASSIS !) criés tout au long d’une soirée où l’excitation de la foule valait tout autant que l’énergie qu’il y avait sur le stage. Deux comédiens qui nous ont permis de naviguer dans la vie de Michael, un band, des chanteurs, un chœur et des danseurs. De très bons chanteurs connus (des vedettes) et d’autres moins ont fait le tour du répertoire. Le jeune qui interprétait les chansons du temps des Jackson Five était hallucinant. Il a fini le show avec une chemise à l’effigie de Remax… les haïtiens achètent leur linge sur la rue, celui qu’on envoie de Mtl dans les pays défavorisés. Il y a un agent d’immeuble qui aurait été très heureux de voir son don sur le dos d’un timoun aussi talentueux. La gueule, la voix et la présence, tout y était. Quant aux danseurs, que dire de représentatif sur une chose aussi intense. Du moon walk aux petits gestes sensuels de Michael, on a eu droit à la totale. Des corps à faire rêver qui bougent plus que bien et qui débordent d’une énergie transmises directement à la foule. Même Michael aurait été jaloux. Le show s’est terminé avec le We are the world interprété par les chanteurs, accompagnés à la fin par les choristes et les danseurs. 60 personnes en sueur sur un stage monté pour l’occasion. Des haitian artists...

jeudi 3 septembre 2009

Ayiti cherie

On arrive de trois jours de vacances en République Dominicaine voisine. Santo-Domingo a un quartier colonial qui mérite que l’on se laisse pendre par les attrapes-touristes. Trois jours à marcher dans des rues, entrer dans une galerie, dans une boutique, fouiner le menu des restaurants, entrer visiter une vieille église ou le musée de la citadelle. Trois jours d’une vie citadine qui nous manque tant. Trois jours tout de même à s’ennuyer d’Ayiti. Haïti chérie comme on la nomme partout. On est en fait tombé dans l’attrape-touriste qu’est Haïti, que sont les haïtiens. On nous avait prévenu d’un fort sentiment amoureux pour ce ti peyi, ou son inverse, une haine sans fond. Pas de milieu. La conclusion peut être tirée, on est tombé amoureux. En plus, comme lors de notre premier passage en République l'hiver dernier, un ayisien s’est fait lyncher par des dominicains en délire la fin de semaine dernière… On n’ira plus !

jeudi 27 août 2009

Félicitations à Robinson

De mon île, j’ai été très heureux de lire les nouvelles sur la victoire de Robinson contre Cinar et ses comparses. Je ne ais pas trop pourquoi, mais il semble que ce soit une grande nouvelle, une très grande novelle. Elle offre au moins un vent de rafraîchissement sur la justice et les rapports entre les poches pleines et les poches vides. Pensons simplement à ceux qui ont vu leur bas de laine fondre dans les mains des courtiers en valeurs mobilières qui font la une depuis des années. On pense bien à des valeurs qui sont mobiles… Josée Boileau (Le Devoir d’aujourd’hui) note entre autres que dans son jugement, le juge a rappelé la faute d’orthographe commise par Robinson dans son synopsis et que les ‘plagieurs’ ont simplement copiée… Comment des d’affaire et leurs avocats peuvent-ils pousser le bouchon aussi loin sans démontré une ‘petite gêne' ? "Twou manti pas fon" ou tôt ou tard, la vérité finit par sortir.

mercredi 26 août 2009

Des femmes haïtiennes


Depuis notre arrivée, on trouve les haïtiens beaux, les haïtiennes belles. Les hommes sont souvent très minces et sculptés comme des body-builder sans Gold Gym. Les femmes, grosses comme minces, ont une démarche franche et sensuelle, la tête bien assises sur des épaules et une colonne qui ne font qu’une belle ligne droite, fluide et solide en même temps. Ici, les femmes font tout. C’est elles qui élèvent les enfants et bossent pour ramener un salaire à la maison. Les hommes ont souvent plusieurs enfants avec plusieurs femmes, des ‘ti menaj’ (des petits ménages) comme on dit en créole. Sauf pour celle qui a été mariée, les autres n’ont pas accès au revenu gagné par le mari. Ce sont souvent des relations connues et bien établies. On donnait une ‘rou lib’ (roue libre ou un ‘lift’ en québécois) à un haïtien avec qui je travaille et qui ne rentrait pas chez lui après le travail. Il allait voir son deuxième ménage. Peut-être son troisième ? La femme principale (la mariée), plus souvent, connait les autres conjointes du mari et toute se déroule relativement bien. Il semble toutefois que le niveau d’acceptation de cette pratique est relatif à la classe sociale : Plus les familles sont riches et éduquées, moins la pratique serait répandue et acceptée. Pour certains, c’est la clarté de la couleur de la peau qui détermine : Plus tu es pâles, moins c’est acceptable. Pour d’autres, c’est la trame culturelle : Le fond de culture africaine maintien ces pratiques alors que la culture européenne la décrie. C’est l’histoire d’Ayiti en fait ! La Ministre de la condition féminine est actuellement en cabale pour faire reconnaître légalement ces deuxième, troisième ou nième femmes qui n’ont aucun recours légal face à leur conjoint, le père des enfants. Elle essaie donc de donner à cette pratique culturellement bien établie une structure légale qui protégerait mieux les enfants et la mère qui ne sont pas du ménage principal (pour l’héritage par exemple). L’image qui se dégage des femmes haïtiennes quand on circule dans les rues, c’est celle de la force et de l’autonomie. Elles gèrent tout pour que l’espace familial ait un sens. C’est très majoritairement elles qu’on voit travailler dans les rues à vendre n’importe quoi. Qu’on voit dans les champs, les enfants dans les bras, sous les arbres d’ombre à la campagne vendre des melons ou des mangues... Notre Agence canadienne de développement international (ACDI) porte une attention particulière à l’EFH, l’égalité homme-femme. Toutes les activités que les canadiens mènent, les objectifs de développement qu’ils visent, doivent être analysés en fonction de l’EFH et de son amélioration. De la construction d’un pont au programme d’appui aux ‘colvol’ (collaboratrice volontaire) dans des zones où les services de santé ne sont pas accessibles, en passant par l’appui au développement de l’action civique, tout doit participer à l’EFH. Le plus frappant est de voir certains (et surtout certaines) partenaires haïtiens réagir à notre préoccupation toute canadienne de l’EFH. Une haïtienne me disait récemment : « Je ne sais pas si les femmes canadiennes ont des problèmes de pouvoir, mais je ne sens absolument pas que les hommes haïtiens en ont plus que moi ! »

mardi 18 août 2009

La famille Ouragan


La période des ouragans dure six mois en Haïti, de juin à novembre. Le peak est mi-août à mi septembre, là où la chaleur accumulée dans la mer permet aux petites dépressions tropicales de devenir des ouragans. Il y a un système de classification assez simple qui permet d’identifier l’intensité du personnage qui vire la maison à l’envers. Ana s’en venait vers nous mais elle s’est épuisée, peut-être a-t-elle conclue qu’il fallait nous donner un break, le bordel étant déjà bien installé. Elle serait passée durant la nuit sans étouffer même le son de mes ronflements. Peut-être que c’est moi qui lui ai fait peur ? Son collègue Bill quant à lui, ne semble pas vouloir se calmer. Il a sagement décidé de passer un peu plus loin, probablement plus assez de dégâts à faire pour que ça vaille le détour. Aux dernières nouvelles, il se dirigerait vers le Canada... Peut-être arrivera-t-il à décoiffer notre ami Harper ! Le meteomedia local est le site du National Hurricane Center (http://www.nhc.noaa.gov/). On y retrouve le portait de famille de tous les enfants, de ceux qui n’ont pas encore quitté la maison jusqu’à ceux qui ont levé les pieds de la maison depuis 1958. Des milliers de statistiques sur leur développement, les ravages que leur adolescence leur a permis de faire avant d’aller vivre leur vie d’adulte un peu pepère ailleurs. Ici, on va sur ce site à tous les jours voir les différentes prévisions associées aux tempêtes en développement ou en cours. Dimanche soir, on eu droit à une soirée d’orage mémorable, un anonyme de la famille (il y a effectivement des anonyme dans cette famille) a joué de la batterie avec au moins trois ou quatre de ses frères. Un timoun a été emporté par l’eau qui s’écoule dans les ravines. Les spots d’information à la radio nous donnent tous les trucs possibles pour se préparer aux tempêtes : Déserter les maisons trop près des ravines, déplacer les animaux qui broutent toujours trop près des ravines, avoir des provisions, des piles, des médicaments … L’une des mesures les plus importantes concerne le fait de bien fixer les toitures de taule. Y parait qu’une feuille de métal de 4 par 8 qui voyage à plus de 200 km dans les airs, ça fait une belle job.

jeudi 13 août 2009

Avoir l'air cool


Samedi soir, on a passé la soirée au Presse-Café. Petite place cool où les tables et certains murs sont tapissés de journaux plastifiés, l’effet est sympathique. Debout devant l’urinoir, tu peux lire l’article publié ici sur le retour d’exil de Benazir Butho, 250 000 partisans étaient présents pour l’acclamer. On connait la suite... Presse-Café est un restaurant qui accueille des groupes de musique certains soirs de la semaine. Comme bien des restaurants de la capitale. On était 4 blancs à 8h30 quand le groupe a commencé à jouer. Ti-Coca & Wanga-Nègès, musique haïtienne avec de fortes tendances caribéennes. Lentement, la salle s’est remplie. On a également lancé le bal en étant les premiers à aller danser. La piste a commencé à se remplir et j’ai perdu ma place assez rapidement. Jo ‘s’est fait danser’ par un haïtien, pas mal meilleur que moi. Je ne ferai pas un Dr Mailloux de moi, mais je pense que les noirs ont un petit quelque chose que nous n’avons pas : au moins une vertèbre de plus et des ligaments sûrement plus souples. Pas de sens. Ils ne bougent pas mais arrivent à projeter un rythme. Tout love subtilement, sensuellement. Comme si leur corps comportait une prise directe pour la musique. Jo m’a passé son partenaire de danse et … j’avais l’air d’un balai ! Surtout pas d’un ballet. Le gars a essayé de me donner le ‘rythm’ mais à l’impossible, nul n’est tenu. Je ne comprends simplement pas et c’est ça mon problème. Il ne faut pas essayer de comprendre, juste de sentir. Un jour je vais être meilleur et Jo n’aura plus besoin d’ayisien pour avoir le sentiment de ‘se faire danser’. Autour de la piste a traîné un timoun, 10 ans max. À minuit il était toujours là. Lui aussi avait le mouvement facile. C’est probablement génétique. Il était très intéressé par les blancs de la place qui essayaient de danser. Je pense qu’on l’amusait pas mal. En plus des talents de danseurs, il avait toutes les attitudes du gars cool et sympathique. Il s’est assis à notre table pendant un certain temps et j’ai fait la gaffe de lui offrir un jus ou un cola… Ki sak pase, mwen vle on bier (Quosse ça, je veux une bière !). Vous comprenez qu’il me manque encore pas mal de clés pour avoir l’air cool ...

vendredi 7 août 2009

H1N1

Il n’y aurait eu que six cas dans le pays dont les deux premiers dépistés dans les services de la Minustah. Là où des programmes de dépistage existent vraiment. Y parait que les médecins des casques bleu sont contents, ça changerait de leur pratique normalement axée sur la gestion des MTS. En République voisine, plus de 150 cas dont six décès. Considérant les déplacements fréquents d’un côté et de l’autre de la frontière, considérant également les milliers d’haïtiens de la diaspora qui entrent en terre natale tous les jours pour les vacances, et considérant finalement les déplacements fréquents des blancs (Minustah et aide internationale), plusieurs estiment que le nombre de cas est sûrement supérieur à ceux officiellement déclarés. Difficile en effet de penser qu’une infrastructure sanitaire comme celle d’Ayiti soit réellement en mesure d’assurer le dépistage et la prise en charge de ce genre d’épidémie. Le problème ne me semble pas lié au manque d’effort, plusieurs gestionnaires du MSPP (Ministère de la santé publique de la population) y passent des samedis complets depuis des mois. Planifier le dépistage, le mettre en place. Organiser les différents lieux de quarantaine. Former les douaniers. Doter les laboratoires des équipements et matériaux nécessaires. Former le personnel des institutions sanitaires. Acheter et stocker les médicaments. Un million de chose à faire mais une expertise limitée et des moyens qui le sont encore davantage. Petit exemple ‘bebête’ mais représentatif de la réalité du pays : Le MSPP n’a pas les ressources financières pour se procurer le papier et les cartouches d’encre afin d’imprimer les feuilles que les cie aériennes doivent distribuer aux passagers qui arrivent en Haïti. Un bailleur a déjà fourni l’imprimante, mais le stock de papier et de cartouche d’encre est épuisé. Pa gen kob (pas d’argent). Imaginez maintenant arriver à doter les institutions des ressources nécessaires aux dépistages et au traitement ! À ce problème de ressources et de manque d’organisation, s’ajoute premièrement la rareté des moyens pour maintenir une hygiène acceptable pour une très grande partie de la population. Il faut juste voir les gens profiter du moindre petit filet d’eau dans la ville pour se laver et on a tout compris. S’ajoute deuxièmement le fait qu’on retrouve plusieurs pratiques favorables à la transmission dans la culture populaire. Les ayatollahs de la santé publique auraient des boutons ! Les aysien se voient, se touchent, se parlent, s’embrassent. J’ai déjà écrit sur ce blogue que les haïtiens vivent dans la rue. Comme les vieux qui circulent au centre d’achat pour rencontrer d’autres vieux. Pour discuter de ce qui a été et de ce qui sera. Les ayitiens sont toujours en conversation avec quelqu’un sur cette rue. Tu entends dix personnes s’enguirlander sur Préval, le parti Lavalas, la supériorité du Brésil sur l’Argentine (au foot), le salaire minimum ou sur l’avenir de leur petit pays. C’est partout. Les chauffeurs dans la cour du bureau, les deux gardiens de sécurité à la banque, dans le tap-tap, autour du BBQ sur le trottoir, à la plage, … On discute, on échange, on se choque, mais surtout, on se serre la main. On se tient la main. On se touche. Sur la rue, on voit deux hommes marcher main dans la main. Je n’ai jamais serré autant de mains et fait autant d’accolades de toute ma vie entière. Vous n’avez pas idée. Le matin, je rentre au travail et croise Thony (administrateur de notre projet), on se serre la main et tapote l’épaule. Je me rends à son bureau 30 minutes plus tard pour discuter avec lui, on se prend les mains et on discutera pendant une minute sans que nos mains se soient dessoudées. L’occasion de nous tapoter les mains se répétera plusieurs fois dans la journée. Ajouter à cela les chauffeurs, les garçons de cours, l’informaticien, les visiteurs, … Le contexte idéal donc pour voir la grippe H1N1 se répandre comme une traînée de poudre. Vous pouvez être assuré que les messages aseptisant de la santé publique ne serviront à rien. Si éviter de faciliter la circulation des germes implique que nous ne touchions plus, que nous nous parlions plus, au diable le H1N1.

mardi 4 août 2009

Îles Turques et Caïques


L’expression utilisée ici en Ayiti mélange le français et l’Anglais : les Îles Turk et Caïcos. Le paradis sur terre selon des aysien prêts à mourir pour s’y rendre. Encore quelques dizaines de mes nouveaux concitoyens sont morts noyés pendant la traversée vers le bonheur. Entre 60 et 90 haïtiens perdues dans l’aventure. Les chiffres varient, la clandestinité du moyen de transport et de la démarche migratoire rend impossible d’identifier une donnée valide. Ce genre d’événements est monnaie courante depuis notre arrivée. Plus souvent toutefois, on ne parle pas d’un nombre de personnes aussi significatif. Les Îles Turks et Caïcos sont un archipel Britanique d’une trentaine d’îles entre Haïti et les Bahamas, en route vers la Floride. Le Courrier international nous informe que ce territoire britannique d’outre-mer a connu de petits rebondissements politiques dans les derniers mois à cause de problème de corruption. Sur Wikipedia, on apprend qu’en 2004, le Canada avait fait quelques démarches pour intégrer l’archipel dans la confédération canadienne. De Kujuak aux Îles Turk et Caïcos, vraiment le pluss beau pays du monde ! Ils sont moins de 40 000 personnes à vivre sur ces îles, principalement du commerce offshore. Les haïtiens se déplacent beaucoup sur ces îles pour passer plus tard aux Bahamas, en Jamaïque ou directement en Floride. Les escales et le voyage maritime ont toujours fait bon ménage. Outre les morts et les 120 survivants à rapatrier en Haïti, le gouvernement Préval a quelques problèmes sur les bras. Les brookers de ‘places pour le bonheur’ sont légions, souvent associés à des réseaux criminels bien installés aux USA. L’industrie est hautement rentable, les ayisien paient chère le voyage et les coûts d’exploitation pour les réseaux sont minimes (coûts d’exploitation, c’est une tentative de jeu de mot !). L’autre problème que cette situation pose concerne la décision d’Obhama au sujet des haïtiens illégaux vivant aux USA. Bush avait refusé de gracier plus de 30 000 haïtiens porteurs d’un avis d’extradition vers leur pays d’origine. Si au début de son mandat le président américain avait ouvert la porte et était préoccupé de la dimension humanitaire du retour en Haïti de ces personnes, le genre d’événement des derniers jours pourrait l’amener à se montrer plus prudent selon plusieurs commentateurs haïtiens. Déjà durant le week-end, il a clairement montré que la température de l’eau s’était refroidie. La crainte américaines est de voir cette ouverture éventuelle d’Obhama représente un carton d’invitation pour ses 48 ans !

jeudi 30 juillet 2009

Primaire, secondaire et adultère


C’était l’affiche d’une école dans le coin de Tabarre : Primaire, secondaire et adultère. Pas de blague, on offre des cours aux enfants, aux adolescents et aux adultes. L’affiche extérieure a rapidement été enlevée quand le (ou la) propriétaire de l’école a compris sa bourde, une bourde hautement révélatrice de ce qui se trame dans la grande majorité des écoles du pays. Les écoles privées ici sont légion. Une petite maison assez grande pour faire deux salles de cours et hop, on crée une école. Quand on manquera de place, on construira un deuxième étage. Rappelez-vous l’école qui s’est effondré en novembre, plus de 90 enfants y sont morts écrasés. Selon les rumeurs, l’appât du gain aurait poussé un propriétaire d’école à agrandir ses locaux, question de pouvoir augmenter ses revenus et les subventions qu’il recevait d’une ONG. Tout le monde (ou n’importe qui !) se proclame enseignant et lance sa propre école dans n’importe quel contexte. L’éducation est un business fort lucratif sur lequel le gouvernement n’exerce aucune forme de contrôle. L’enjeu, c’est que les haïtiens se saignent à blanc (je le sais, elle est facile …) pour envoyer leurs enfants à l’école, l’éducation étant comprise comme la seule voie de sortie possible pour les familles. Un chauffeur de notre projet prendra un plein mois de son salaire pour envoyer un enfant à l’école pendant une année. Ils en ont souvent 3, ce qui explique que le quart de leur revenu sert à payer l’éducation des enfants. Imaginez deux seconde, trois mois de ce qui a été déposé dans votre compte de banque par votre employeur qui s’envole directement pour payer l’éducation de vos trois enfants. Pour ces chauffeurs bien payer dans le contexte haïtien, c’est très difficile, pour le petit personnel (expression consacrée pour les ménagères, les garçons de cours, les gardiens de sécurité …), c’est l’enfer ! Pour ceux qui ne travaillent pas (60 à 70 % de la population selon les chiffres), on n’en parle pas… Un collègue canadien qui travaille sur un projet en milieu scolaire me disait que les enfants (ceux qui peuvent aller à l’école !) prennent en moyenne 17 ans pour terminer l’équivalent de leurs études primaires et secondaires (pour les études adultères, c’est autre chose). Le problème c’est que les parents se trouvent souvent en situation où ils ne peuvent pas payer les frais de scolarité et les enfants sont ainsi renvoyés de l’école. On attendra quelques mois, peut-être un an ou deux, pour retrouver le cash nécessaire et ainsi retourner les enfants sur les bancs d’école. Les retards s’accumulent et plusieurs ne se rendent pas au bout. S’ajoutent aux frais de scolarité ceux associés aux costumes. Mignons les ti moun quand ils marchent dans les rues dans leur beau costume. Méchant arnaque pour les parents. Les écoles bien évidement ‘vendent’ les costumes. On a donné un coup de pouce à Claudette récemment pour que son garçon de 5 ans puisse avoir le costume de graduation (vous avez bien lu, 5 ans et costume de graduation obligatoire). Dans sa situation, la somme était énorme ! Tout cela dans un contexte où la constitution du pays (je ferai un jour un blogue sur cette constitution) prévoit l’accès à l’éducation gratuite pour tous. Maudite constitution…

dimanche 26 juillet 2009

Les coïncidences n’existeraient pas


Il y a quelques semaines, notre ambassadeur canadien en Ayiti faisait une conférence de presse pour annoncer que le gouvernement canadien venait de réduire la cote de sécurité d’Ayiti. De trois, n’y allez pas sauf en cas d’extrême urgence, à deux, vous pouvez y aller mais restez prudents. Sur le site des affaires extérieurs du Canada, il y avait depuis plusieurs années un avertissement aux canadiens d’éviter Ayiti, sauf en cas de nécessité. Quand on faisait les démarches pour préparer notre déménagement ici, cette annonce nous avait un peu fait réagir jusqu’à temps qu’on nous explique que c’était une protection pour le gouvernement : On vous avait dit de ne pas mettre les pieds là, organisez-vous maintenant. Pour des coopérants comme nous, le Canada offrirait quand même une aide en cas de problèmes sociaux majeurs. Donc, la baisse de la cote de sécurité du pays devrait augmenter le tourisme et permettre aux investisseurs canadiens (ils seraient quelques millions à vouloir investir des milliards en Haïti, c’est connu !) de participer au développement économique du pays. Cette nouvelle, amplement discutée dans les médias haïtiens, arrivait ici au même moment où Clinton faisait sa première visite comme représentant spécial d’Haïti pour l’ONU, où la Minustah sortait des chiffres sur l’amélioration très importante de la situation sécuritaire du pays et, où finalement, plusieurs pays (dont le Canada) éliminaient la dette du pays. Un nouveau momentum, un vent de fraicheur dans cet été torride. Le pays prendrait vraiment du mieux et l’avenir commencerait à ressembler à un avenir. Au même moment au Canada, notre Harper national impose des visas pour les ressortissants de certains pays et … modifie les règles d’immigration pour les réfugiés. Pour plusieurs, ces nouvelles règles limiteront la capacité des ressortissants d’obtenir la reconnaissance d’un statut de réfugié. Ce samedi, Le Devoir nous apprend que les haïtiens seront les premières victimes de ces changements législatifs (http://www.ledevoir.com/2009/07/25/260417.html). En 2008, c’est près de 800 haïtiens qui ont cherché à obtenir un statut de réfugié politique au Canada. Une fois la porte fermée au Canada, il fallait quand même humainement mieux entrouvrir la porte pour rapatrier ces gens là en Ayiti. Je le sais, je fais des liens qui n’existent pas.

jeudi 23 juillet 2009

Des rumeurs sur Labadie


Presque partout, mon nom de famille fait bien rire les haïtiens. Labadie (Labadee ou Labady) serait la plus belle plage du pays. Première rumeur. J’avoue que je n’ai pas pu le confirmer, on ne m’a pas laissé entrer. Les images que j’ai pu prendre de loin peuvent paraître invitantes, mais mes orteils ne peuvent le confirmer. Labady est effectivement un site enchanteur visité trois à quatre jours par semaine par un gros paquebot américain, mais surtout un site très sécurisé.

Deuxième rumeur : On ne pas dit aux 4500 touristes qui débarquent du paquebot pour la plage de Labadee qu’ils sont en Haïti. Ce serait, troisième rumeur, une question d’assurances. Les compagnies d’assurance ne seraient pas très enclines à l’idée que leurs clients débarquent en Haïti. La compagnie qui organise le tour et exploite le site parle de l’île Hispaniola (http://www.cruisecheap.com/faqs.asp?pageID=138), ce qui a été le nom de l’île au moment de l’arrivée des premiers blancs (République Dominicaine et Haïti aujourd’hui). Quatrième rumeur : Les lieux sont hautement sécurisés. Je n’ai pas réussi à passer les barrières de sécurité (j’avoue avoir tenté d’y reprendre mes royautés…) et l’agent de sécurité m’a pourchassé jusque sur les pourtours du site en voyant mon Kodak. La route qui passe du village de Cormier pour nous

amener au village de Labady est maintenant fermée par la compagnie. Il faut donc trouver un petit bateau de Cormier pour se rendre au village de Labadie. La cie qui gère les tours et les attractions qu’on y a installées (dont une très longue descente sur câble, wow !!) serait

(cinquième rumeur) ou non (sixième rumeur) propriétaire des lieux.

Le barman qui me fait goûter le ‘Cormier Punch’ depuis maintenant presqu’une heure tente de m’expliquer l’inexplicable. La cie ne pourrait pas normalement (selon la constitution) être propriétaire de ce terrain mais la rumeur populaire veut qu’elle ait obtenu une dérogation du Président lui-même et serait donc propriétaire du terrain. Autre rumeur (septième) : La classe politique du pays tire des avantages financiers mirobolants de la visite du paquebot (4500 touristes à la fois) en Haïti. Huitième rumeur, des gros travaux sont encours pour recevoir un nouveau paquebot (le Genesis ou quelque chose du genre) qui transporterait 10 000 personnes prêtes à acheter des souvenirs de l’île d’Hispaniola, à faire du sea doo et à se balancer sur un fil de métal. Au bar de l’hôtel de la plage Cormier où je bois mon xième Cormier punch, mes voisins s’engueulent. Il semblerait, neuvième et dernière rumeur, que ces … de touristes ne rapportent rien au trésor public, même s’ils mettent leurs gougounes en sol haïtien. Celui qui se fait engueuler, le ministre du toursime si mon créole n’est pas trop affecté par le rhum, tente de dissiper ce qui ne serait qu’une rumeur de plus. Haïti, pays des rumeurs !

mercredi 22 juillet 2009

Miracle haïtien

Moments intenses hier avec le chauffeur dans la voiture. Un camion qui circulait dans le centre-ville a vu ses freins rendre l’âme. Il a réussi à emboutir 16 voitures avant de verser sur le côté en écrasant un adolescent de 15 ans déclaré mort par la police et les journalistes. Tel un RDI au mariage de Céline, un journaliste radio est sur la scène et raconte en détail et avec intensité tout ce qui s’y déroule. Les policiers, aidés de dizaines de passants, sont arrivés avec beaucoup d’efforts et de techniques (tout ça décrit en direct par le journaliste) à remettre le camion sur ses roues. On s’est débrouillé avec ce qui avait sur place pour faire ‘manuellement’ le travail. On attend pas de grue, il n'y en a pas ! Durant le long et lent processus de remise sur ses roues, la silhouette de l’adolescent écrasé a commencé à apparaître. Pas mort le moun. Sa main s’est mise à bouger. Le journaliste a crié dans son micro qu’il était toujours en vie et la foule des voyeurs a hurlé à nous faire perdre les propos du journaliste. La suite s’est déroulée sur vingt minutes où un journaliste et une foule endiablés nous ont fait vivre un moment de radio d’une très grande intensité. Penchés sur la radio, on est presque venu à applaudir quand le petit est sorti de sa fâcheuse situation. Deux pieds et un bras cassés. Dans le contexte, on peut parler de chance. Vendredi dernier, on soupait avec des amis et en discutant de l’événement de la montréalaise morte sous un bloc de béton pendant un souper dans un resto, notre ami haïtien (qui connait très bien le QC pour y avoir passé une bonne partie de sa vie) nous expliquait qu'il avait l'impression que ce genre de situation ne pouvait arriver ici. Que dans le contexte hautement à risque et peu (pas) réglementé dans lequel la population circule (les transports et la construction entre autres), il n’était pas normal qu’il n’arrive pas plus d’accidents. Comme si la loi de Murphy ne s’appliquait pas en Ayiti. Hypothèse confirmée.

vendredi 17 juillet 2009

Sinema anba zetwal


Petite soirée de cinéma en plein-air hier soir à Martissant. Sinema anba zetwal (Cinéma sous les étoiles) est un festival de cinéma qui fait le tour de PAP tout au long de l’été. Hier soir, c’était à Martissant, un coin de la ville hautement défavorisé qui, au plan de l’environnement, est un espèce de désastre annoncé. Une bonne partie des fatras de la ville coulent vers Martissant au moment des grandes pluies, et dans la partie la plus basse de la zone, les gens vivent les pieds dans l’eau 12 mois par année. La soirée avait lieu dans un parc gigantesque et magnifique. Trois familles riches d’Haïti sont propriétaires d’un vaste domaine boisé (un des seuls espaces boisés qui reste autour de PAP), grand comme les plaines d’Abraham selon mon estimation de géographe amateur. Depuis plusieurs décennies, ces familles ont entretenu ce site d’une manière jalouse. L’évolution de PAP au cours des 50 dernières années (325 000 personnes au début des années 50 et plus de 2.5 millions de personnes aujourd’hui) a fait en sorte que ce site clôturé a été entouré par des populations plus défavorisées. Les constructions sauvages autour des ravines et la déforestation complète du voisinage génèrent des problèmes pour le domaine boisé : éboulement de terrain, transport des fatras dans les rivières et les ravines, …. Coluche avait dit quelque chose du genre : Dites aux gens assis en première classe en avant que, si on saute en deuxième classe en arrière, eux aussi vont mourir…. Les trois familles travaillent avec Fokal (une fondation très importante en Ayiti, la première ministre était la directrice de Fokal jusqu’à sa nomination en septembre dernier), le gouvernement, les groupes environnementaux nationaux ainsi que les représentants de la zone (élus et groupes communautaires) pour tenter de sauver cet espace vert en … améliorant la situation des bidonvilles des pourtours du domaine. Au moins, tout le monde semble conscient que la survie de cette zone boisée est un ‘exemple’ de ce que pourrait faire le pays pour prévenir le déboisement et les problèmes écologiques (et économiques…) qui y sont associés. La zone pourrait devenir un parc ouvert au public, un jardin zoologique, etc. Le thème des films présentés dans ce parc anba zetwal, était donc lié à l’environnement. Un film sur le domaine où on était et son projet de survie, un autre sur les entreprises de récupération des déchets dans PAP, un autre sur la déforestation d’Ayiti, … Une soirée environnement à laquelle les deux cents personnes présentes (dont une bonne centaine d’enfants) ont été très attentives. Sortir Ayiti de la pauvreté veut sûrement aussi dire diminuer la menace écologique qui pèse sur l’île.

dimanche 12 juillet 2009

Anpil chalè


Y fait chaud en … Ça commence à peser lourd sur le corps. On nous avait avertis que nous étions arrivés dans la belle période : l’hiver. Depuis deux semaines, la pluie a assez profité de sa saison pour laisser la place à l’été. L’été dans les caraïbes, comme si ça pouvait refléter quelque chose de spécifique. Ben oui : anpil chalè. Fait chaud en ta… Pas capable de manger ses céréales sur la terrasse, même à 7 heures du matin, le soleil s’est déjà mis en mode attaque. Moi qui ai fui l’air climatisé depuis mon arrivée cherche toujours un peu de fraîcheur. On va engranger du sable dans nos sandales d’ici la fin de la période chaude, la mer (même si elle est chaude) fait un bien fou. On devrait donc se déplacer à la mer de manière plus assidue au cours des prochaines semaines. Cachés sous les palmiers et des saucettes régulières nous assurent la survie. Les haïtiens, qui gelaient en janvier, ont maintenant trop chaud. Claudette qui a gelé dans notre maison tout au long de l’hiver (on vit dans les montages en bordure de PAP, donc la température est plus froide) et à qui on a fourni une troisième couverture de laine pour qu’elle puisse dormir sans cauchemarder à l’hypothermie, a hâte de venir travailler tellement elle souffre de la chaleur chez elle plus bas dans la ville. Même le chauffeur demande la clim ! Les vendeurs sur la rue se sont dotés de parasol squelettique, ça aide à survivre.

samedi 11 juillet 2009

La rue


Quelques jours après la mort de Michael Jackson (celui qui a permis l’émancipation du mouvement noir aux États-Unis selon certains analystes de CNN !?), un graffiteur (peut-être une) avait déjà laissé sa marque dans les rues de PAP. Belle marque faut dire. La rue a toute son importance en Ayiti. Si à Montréal elle sert principalement à assurer le déplacement des humains et de leurs marchandises, quelques fois à manifester ou à danser, ici elle sert à tout. En fait, les ayisien vivent dans la rue, ou sur les trottoirs pour être plus prudents. On retrouve sur les trottoirs tous les services que vous pouvez imaginer, même celui que l’on imagine en premier. On se fait couper les cheveux sur la rue, ressemeler ses chaussures ou encore les cirer. Vous pouvez faire toutes vos courses : fruits, légumes, pain, sauces, viande, papier de toilettes, lessive …. Tu peux y manger tous les repas ou encore y trouver à boire, de l’eau au rhum en passant par la gazeuse. On y retrouve également tous les outils nécessaires à la vie domestique : balais, chaudières (chaudrons), passoires, plats à lessive, fers et planche à repasser… On y vend de la glace pour mettre dans le ‘cooler’ de la maison et ainsi conserver au moins 24 heures la viande acheter à l’autre coin de rue. Vous trouverez des pharmaciens ambulants qui vont vous exécuter votre ordonnance. Des vendeurs de téléphone, de cartes et, pour quelques gourdes, vous pourrez faire un appel sur un téléphone portable ‘public’. Changer une transmission sur le trottoir, pa gen pwoblem, bos mekanik s’en occupe. Un ébéniste vous construira une belle armoire en bois d’acajou en moins de 48 heures directement sur le trottoir de Bourdon. Un boss fer forgé vous confectionnera une porte de cours en métal et son armature (20 de large par 10 de haut !) un peu plus bas sur le même trottoir. Tu y attends le tap-tap entre trois gars qui, au marteau, réduisent de la pierre en poudre pour la construction, ou un autre qui coule du béton pour faire et vendre des blocs. Des pousseurs de brouettes font la livraison de tout ce que vous voulez. Les fesses nue-tête, on se lave. Un capharnaüm d’humains qui travaillent sans relâche pour, il faut le dire, pas grand-chose. La rue sert aussi à manifester. On y marche pour une cause ou l’autre, y brule des pneus ou des voitures. À jet de pierres, on s’y bat contre la PNH ou la Minustah. On fête également sur la rue : les bandes-à-pieds défilent en nous tapotant une musique répétitive et enivrante. Finalement, on pleure sur la rue. En voiture récemment, j’ai vu une femme sortir de chez elle pour crier sa peine en pleine rue. Je ne comprenais pas son créole qui se mélangeait à ses larmes, mais le chauffeur a compris qu’elle venait d’apprendre la mort de son frère, mort lors d’une traversée ratée de l’un des boat-people qui amène les ayisien vers le bonheur. Les voisins se sont approchés d’elle pour l’écouter ou la soutenir, il me manque certaines clés. En fait, les ayisien vivent dehors, dans la foule. J’aurais vécu la même peine en m’enfermant dans ma chambre.

mercredi 8 juillet 2009

Fierté nationale


Depuis notre retour de Mtl, j’ai passé beaucoup de temps au lit à suer ou à geler, c’est selon. Mon corps complet s’était meublé de petits boutons. On a pensé qu’un moustique m’avait transmis la dengue (les jeux de mots avec dingue ont tous été faits, perte de temps que d’essayer) mais les tests de laboratoire ont invalidé cette hypothèse. Je ne sais donc pas trop ce qui m’a cloué dans les bras de Morphée aussi longtemps. L’essentiel est que les choses aillent mieux. Je parle pour moi bien évidement : Pour Ayiti, il faudrait repasser. Les dernières semaines ont toutefois apporté quelques nouvelles réjouissantes : Ayiti n’est plus le pays le plus pauvre des Amériques (le Nicaragua vivrait très mal la crise mondiale actuelle) et les pays riches (dont le Canada envers qui Ayiti avait une grosse dette de 2.3 millions de $) ont annoncé des annulations de dettes. Quand tu n’es plus le plus pauvre de la classe et que le prof te remets une partie de tes crayons et ta gomme, il me semble que l’avenir se porte moins mal ! Ce n’est pas l’opinion de plusieurs. En fait, je croise souvent des haïtiens sur le bord de la résignation de voir leur pays prendre du mieux. Certains ont ouvertement perdu tout espoir que les choses s’améliorent, d’autres réussissent à maintenir vivante une petite flamme. L’électricité étant ce qu’elle est ici, vaut mieux penser la vie en termes de flamme. En fait, ce qui frappe dans le discours de ces personnes est le fait qu’ils voient leur pays péricliter sans fin depuis des décennies, depuis le départ de Duvalier. Je n’ai pas écris ‘à cause’ du départ de Duvalier, mais depuis. L’éducation, les services de santé, les différents services publics, la propreté, l’urbanisme, … la descente serait généralisée. Comme si ce que le pays avait pu ériger comme fierté au cours de son histoire (tumultueuse), s’effritait sans que la situation ne soit redressable. Un collègue avec qui je discutais hier me disait que la première présidence d’Aristide a probablement été la plus grande déconvenue d’Ayiti. Jamais un président – sauf pour les fantocheries démocratiques de certains dictateurs – n’avait réussi à trouver l’appui d’une proportion aussi importante de la population et des différents secteurs de la société. L’appui était presque unanime. Un capital politique qui lui aurait permis de transformer réellement la société haïtienne. On sait ce qui s’est passé avec le bonhomme : quelques familles riches et l’armé (appuyée par ses commanditaires internationaux) ne voyaient pas d’un bon œil son discours un peu trop ‘lutte des classes’ et paf, le bordel est relancé. Ce qui me surprend dans cette presque résignation, est l’ambiance générale du pays marqué par une très grande fierté. Les haïtiens m’apparaissent très fiers de leur pays, toujours prêt à en parler pendant des heures et à le défendre. Faut voir les ayisien le jour du drapeau, quand la radio entonne l’hymne national, …. ‘Plus assez fiers justement’ m’a répondu mon collègue que la flamme continue de brûler.

vendredi 3 juillet 2009

De retour de Mtl


Une semaine trop rapide à Mtl. Pas le temps de voir tout ceux de qui on s’ennuie ! Rendez-vous sur rendez-vous. Même pas le temps d’aller magasiner et juste le temps d’aller voir ‘J’ai tué ma mère’. Jo avait l’impression que c’était la période de Noël : des activités attachées bien serrées les unes aux autres. Quant à moi, j’ai été 4 jours en réunion. Tout ce qu’il faut en fait pour avoir hâte de revenir chez nous et reprendre une vie normale. C’est quand on a les deux pieds à Mtl que l’on se rencontre que le chez soi a changé. Quand en discutant avec quelqu’un tu utilises l’expression ‘chez nous’ et que tu réfères à PAP, pas à Mtl. Depuis quelques temps, un drôle de feeling m’envahissait : Pourquoi entretenir ce blogue ? Je n’aurais pas fait de blogue sur ma vie de Montréalais parce que c’était chez nous. Que je n’avais rien de bien spécial à y raconter. Donc pourquoi un blogue sur expérience haïtienne ? L’exotisme de la situation ! Après sept mois, quand ton quotidien est haïtien, ton chez vous est PAP, l’exotisme s’amenuise lentement. Il en restera longtemps, mais l’acclimatation fait son œuvre. J’imagine que c’est la même chose pour un immigrant : À partir de quand ne se sent-on plus ‘pas chez soi mais dans un nouveau pays’ ? À partir de quand la différence arrête de nous toucher ? La première tempête de neige pour un haïtien qui migre vers Montréal doit être positivement spéciale. À partir de quand ces tempêtes perdent leur dimension folklorique pour devenir un beau bordel pour le transport? J’ai hâte à mon premier ouragan. À partir de combien vais-je en avoir peur ? Comme les feux d’artifice que je voyais de notre chambre d’hôtel…. À partir de combien paf-paf ça devient platte ? J'ai au moins le sentiment qu'il me reste assez de choses à découvrir ici que je peux nourrir encore plusieurs dizaines de billets.

lundi 22 juin 2009

Première soirée vaudou


Vendredi soir, en pleine pluie diluvienne, nous nous sommes rendus à Carrefour, un secteur très défavorisé du pays qui a la caractéristique de recevoir une bonne partie des eaux qui tombent sur PAP. Trois pieds au dessus du niveau de la mer, les marchandes de Carrefour (et de Martissant son voisin) ont les pieds dans l’eau presque 12 mois par année. Flottent sur cette eau brune tous les fatras qui sont descendus du haut de Petion-Ville et des mornes surpeuplés. La scène est difficile à regarder. Pas encore osé la sentir. La voiture roule dans un bon pied d’eau pour nous amener dans une soirée vaudou. Le rectorat de l’Université d’État d’Haïti (UEH) a organisé cette petite soirée pour une dizaine d’universitaires venus d’un peu partout dans le monde aider Haïti à réfléchir sa réforme universitaire. Ayant appuyé l’UEH dans l’organisation de trois jours de réflexions sur la question, nous avons été invités à se joindre à l’aventure. Un deux heures bien intense, et ce même si la cérémonie était ‘framée’ pour éduquer des incultes. On a eu droit à la présentation d’un Wougan (ou Ougan ou encore Hougan, prêtre vaudou) qui nous a expliqué les différentes étapes de la cérémonie, ses dimensions symboliques et le rôle joué par les différents acteurs. Les tam-tams ont commencé à se faire aller et les danseurs-chanteurs ont pris place. Pendant près de deux heures, le rythme a lentement monté en intensité jusqu’au sacrifice d’une poule. Je n’ai pas tout saisi de cette aventure dans la mesure où nous avons vu qu’une infime partie de ce qu’est le vaudou haïtien. Ce qui m’a intéressé davantage – et sur lequel je devrais me pencher avant de quitter cette île – c’est la récupération haïtienne du vaudou (dont l’origine serait du Bénin) par les esclaves, et surtout la fonction sociale que ces pratiques ont joué tout au long de l’histoire du pays. Comme si le vaudou avait été le seul espace à appartenir en propre aux esclaves venus d’Afrique. Afin d’éviter les très grandes pressions des catholiques exploitants, les haïtiens auraient intégré à leur pratiques vaudous plusieurs symboles religieux des maîtres. Ce qui fait du vaudou haïtien, en apparence du moins, un melting-pot symbolique où se croisent les divinités vaudous, Saint-Pierre et une multitude de croyances animistes. Ici, on dit que 90% des gens sont vaudouisants dans la mesure où plusieurs pratiques ou attitudes de la population tirent leurs racines dans le vaudou : ici par exemple, on passe voir le Wougan avant d’aller consulter un médecin. À l’inverse, une minorité de la population pratiquerait réellement les rites vodous. Sujet un peu tabou (décrié par les autorités catholiques et protestantes), il semble que nous ne réussirons pas à voir une vraie cérémonie vaudou…

mardi 16 juin 2009

Première montée de lait


Je me réserve beaucoup de commentaires personnels ou d’opinions sur Ayiti. Je tente de conserver un regard un peu neuf, naïf. Peut-être que dans quelques semaines, quelques mois, je pourrais livrer plus facilement mes opinions, un peu plus libéré du syndrome de l’étranger. Pour ce qui se passe au Qc toutefois, j’estime avoir toute la légitimité de dire librement ce que je pense. On suit les nouvelles du Canada sur RDI. Avec Al Jazira, un RDi allemand, Euronews, un poste de Cuba et quelques CNN, RDI est l’une des chaînes d’un forfait d’information à la télé haïtienne. On s’y est abonné. J'ai donc suivi tous les spécialistes de la nouvelle discourir sur le chum adéqusite de la ministre libérale et le congédiement de Carbonneau. Hier soir en regardant le compte-rendu journalier de la vie québécoise, j’ai compris que l'on voulait empêcher des anglophones de Montréal de chanter à la Saint-Jean dans le quartier Rosemont. Quossé-ça ? C’est quoi cette connerie de fin du monde ? Comment se fait-il que ces vieux nationaleux francophones-blancs-catholiques-tricotés-fléchés peuvent-ils continuer à réguler la vie de notre société ? Les colons de Société Saint-Jean-Baptiste vont-ils mourir un jour pour qu’une nouvelle génération insuffle au projet souverainiste une autre allure, une nouvelle modernité ? Assis dans mon salon, j’avais honte, j’étais furieux. Devant mon ordi, toujours la même honte et la même furie. Deux étapes avant la déprime…

dimanche 14 juin 2009

Maudit athéisme


Mercredi matin dernier, on part en voiture avec Claudette et Jean-Claude. Jean-Claude nous amène au bureau et Claudette débarquera en chemin pour acheter ce qu’il faut pour préparer le souper, cabrit boucané, akras et pikliz sont au menu. En m’asseyant dans la Patrol, je pratique mon créole et demande à Jean-Claude ‘Ou te pase on bon nuwit ?’ (Est-ce que tu as bien dormi ?). ‘Wi, gras a dye (Oui, Grâce à Dieu). Les haïtiens t’offrent toujours une réponse en référant à la grâce de Dieu pour une question qui réfère au passé, ou à sa volonté pour le futur. Johanne lance donc un débat : ‘Jean-Claude, si tu avais passé une mauvaise nuit, est-ce que ce serait à cause de la volonté de Dieu ?’ Promptement, Claudette intervient : ‘Mais non, Dieu est bon. Si quelqu’un passe une mauvaise nuit, c’est qu’il n’est pas bon, qu’il n’a pas assez prié.’ S’ensuit une longue discussion (blocus ce matin-là dans les rues de PAP) sur l’impact de la bonté et de la volonté de Dieu sur la situation du pays, de la très grande pauvreté de sa population. Dans l’échange, Claudette a lancé une affirmation qui continue à me tourner dans le cœur et dans la tête : ‘Dieu a décidé de faire de moi une personne pauvre, et vous, des personnes riches. Si ce n’était pas sa volonté, on ne se serait pas rencontré.’. Elle est pauvre pour pouvoir travailler pour nous qui sommes riches. Pour elle, nos liens sont régulés par cette vérité. Jo a bien tenté de lui expliquer que nous serions bien plus heureux d’établir avec elle des rapports sur une autre base, mais rien à faire. Pour Claudette, et Jean-Claude qui silencieusement appuyait les propos de sa compatriote, si Dieu n’avait pas décidé de faire d’elle une personne pauvre, elle ne travaillerait pas pour nous. L’analyse qu’elle développe sur sa propre situation et celle de son pays, réside dans une résignation bien inscrite dans le discours religieux. Le QC francophone d’avant la révolution tranquille a bien connu ce genre d’état d’esprit, et ce même si le contexte est hautement différent. À l’inverse, la résistance tout athéiste avec laquelle j’intègre ce genre de discours, est coincé entre une certitude (peut-être naïve) et une dose de culpabilité. Claudette me ramène en fait en plein visage une réalité à laquelle je participe et qui induit un sentiment confus : La satisfaction d’aider quelqu’un qui voit sa vie et celle de son fils s’améliorer de manière hautement significative en travaillant pour moi, et une culpabilité d’entretenir une situation historique qui ne promet pas un changement positif réel et durable à une personne (une population). Je pense que je vais me remettre à croire en Dieu…

mercredi 10 juin 2009

Le salaire minimum, l’effet minimum

Dans mon dernier blogue, je vous parlais de la grève des étudiants sur laquelle s’était agglutiné le dossier du salaire minimum. Le dossier du salaire minimum est de plus en plus important dans le débat public. Depuis 9 ans, le salaire minimum est à 70 gourdes par jour (1,75 $US/jour). Au cours des trois dernières années, les politiciens des deux chambres ont débattu de la question. Vous allez me dire que c’est long trois ans, pensez-au dossier politique chaud de la couleur de la margarine au Québec et vous verrez que c’est court ! Donc les deux chambres ont voté dans les dernières semaines une loi qui fait passer le salaire minimum de 70 à 200 gourdes par jour (1,75 $US à 5 $US). Le problème est que le président ‘zigonne’ avant de promulguer la loi, coincé comme tout bon politicien entre la population et des groupes d’intérêts. Selon la constitution, il peut retourner les deux chambres à leurs devoirs en leur faisant des propositions afin que la situation débloque. Depuis les trois dernières années – à ce que j’en comprends bien évidement – le président a laissé les députés et les sénateurs palabrer sur cette question sans jamais se positionner ou tenter d’influencer le débat. Au moment où la loi a été votée, le patronat est sorti publiquement pour demander au président de ne pas promulguer une loi qui tuerait un marché du travail déjà famélique. Le débat est donc relancé et, aux yeux de certains, le président aurait dans les pattes tout une bombe sociale. Quand j’entends des gens s’énerver au sujet de l’augmentation (presque de 300 %), je souris un peu : si on part de ‘pas-grand-chose’, c’est assez facile de doubler ou de tripler la mise pour un peu moins de ‘pas-grand-chose’. Si on regarde l’évolution de l’inflation dans ce pays au cours des dernières années (http://www.indexmundi.com/haiti/inflation_rate_(consumer_prices).html), peut-être que le 300% apparait justifié : le taux moyen d’inflation entre 2003 et 2008 a été de plus de 18 %, avec un pic à 38% en 2003. Ce qui risque de sauver la paix sociale, c’est que le salaire minimum ne touche presque personne (30 000 moun seulement selon certaines sources, ceux qui travaillent dans la zone industrielle de PAP). En fait, la très grande majorité des ‘employés’ ayisyen (haïtiens en créole) bossent dans des réseaux informels où la loi, n’importe laquelle, ne s’applique pas. Ajoutez à cela que Les étudiants ont tous hâte de retourner en province pour les vacances, ça devrait refroidir l’été.