dimanche 8 juillet 2012

Psychédélique


Il y a de ces choses impossibles à expliquer. Expliquer clairement j’entends. Comme ce sentiment que l’on vit face à une situation que ni notre intelligence ni notre capacité de traduction arrivent à rendre intelligible pour tous. Ce sentiment d’être face à des gens très critiques (en québécois, ça ressemblerait davantage à critiqueux) sans avoir certains prérequis pour établir cette dite critique. Je tente de m’expliquer. En ce beau samedi d’été, Jo et moi partons pour la province et nous accompagne dans la machine un beau timoun de 3 ans. En québécois bien induits des bonnes pratiques en matière de sécurité automobile, nous avons de manière sécuritaire installé le ti-cul en question dans un siège d’enfant conformes aux exigences du CSA (Canadian Standards Association). Le siège bien amarré à la bagnole et le timoun aussi bien amarré au siège. Toujours dans cette logique ‘sécuritaire’, Jo et moi avons bouclé nos ceintures. Je ne parle pas de celles qui tiennent nos culottes, mais de celles qui nous lient à notre siège. Le ti-cul bercé par les trous de la chaussée s’est endormi. Jo, bercée par je ne sais quoi, c’est elle aussi assoupie en donnant à son siège des allures qui se rapprochent davantage d’une chaise longue. RFI me berce les oreilles au son du blues de Buddy Guy. Des moments de petits bonheurs. Dans un de ces villages où la route nationale sert de marché, la vitesse se réduit de manière drastique. Vitesse réduite encore davantage par un fonctionnaire de la PNH qui décide de m’arrêter. Le moteur électrique du 4x4 descend rapidement la fenêtre pour que le policier puisse assumer auprès de moi sa fonction. Il s’engage énergétiquement dans un long monologue sécuritaire pour m’expliquer qu’en cas d’accident, la position assoupie de Jo est hautement risquée. Il nous fait donc don de ses conseils… Pire, pour le timoun qui dort derrière, on devrait ajouter un support supplémentaire à son cou pour éviter qu’il ne se blesse gravement si jamais on crashait dans un autre voiture au moment où Morphée envahissait ses pensées. Il devait comprendre à ma politesse légèrement hébétée que j’entrais dans la quatrième dimension… Par jour, le bonhomme voit passer en silence 845 taptap et 169 autobus super-bondés où des gens sont accrochés n’importe comment sur la carlingue. Des familles qui circulent dans des véhicules finis où les enfants se tiennent debout devant le passager le menton bien appuyé sur le ‘dash’, ou d’autres debout entre le conducteur et sa passagère. Sans compter ceux debout sur le siège arrière qui te saluent amicalement quand tu les suis. Ce même policier qui m’interpelle pour faire une trop longue leçon sur le respect de certaines règles de sécurité. Le moteur électrique a remonté la vitre et nous avons silencieusement repris la route. Jo a lentement grogné « Est-ce que j’ai rêvé ? » « C’est sûrement plus simple de penser que tu as effectivement rêvé, que d’essayer de donner un sens à ce qui vient de se passer. » Cet évènement est malheureusement représentatif de cette attitude locale de sauter sur toutes les occasions pour écraser doucement le nez d’un blanc dans son caca, peu importe l’épaisseur. Chacun ses petites victoires.

mardi 3 juillet 2012

Il y a eu un feu à Montréal

Les médias haïtiens avaient suivi plus ou moins assidument les troubles politico-sociales qui sévissaient au Qc depuis au cours des derniers mois. C'était intéressant pour un québécois installé ici d'entendre des nouvelles du Canada. Vaste pays, diversité des perspective. Depuis deux jours, odes médias locaux se sont délectés de l'incendie criminel de la saltation radio haïtienne de Montréal (Radio CPAM, Radio pour moi traduit du créole). Il semble que le feu ait été allumé par quelqu'un qui aurait déjà menacer les animateurs (ou un animateur ?) suite à des propos critiques à l'égard de Duvalier et à l'égard de Martelly. Asefi me disait qu'elle était surprise de voir ses compatriotes transporter la vie politique nationale à Montréal.
- Personne ne met le feu aux stations de radio ici !!
- C'est normal, nos grandes gueules qui animent les émissions de radio contrôlent quand même leurs sorties, ils savent qu'ils vont en payer le prix. Tu n'as qu'à regarder les tensions entre Martelly et certains médias pour comprendre que la critique représente un risque. Ce qui me surprend c'est de voir que ce genre de pratiques soient rétablies chez vous.
- Il faut attendre, on est peut-être face à l'action d'une personne plus envahie par des problèmes de santé mentale que par quelqu'un d'allergique à la liberté d'opinion.
- Je pourrais bien te laisser le bénéfice du doute ou continuer que tu es indécrotablement naïf, mais couper le sifflet à des journalistes reste une pratique bien établie en Ayiti, donc chef les haïtiens.
- 'Des' haïtiens.
- Arrête de nuancer, tu comprends ce que je veux dire !

dimanche 1 juillet 2012

Reloger les campeurs

Cette semaine, une nouvelle concernant Ayiti s’est retrouvée dans plusieurs médias du monde. On serait passé sous la barre de 400 000 personnes qui vivent toujours dans les camps depuis janvier 2010. 390 276 selon le dernier rapport de OCHA, Une diminution de 7% depuis avril dernier. On entre maintenant dans les phases les plus ardues, c’est-à-dire celles où les gains seront de plus en plus difficiles. L’OIM (Organisation Internationale pour les Migrations) a été financée par le Canada pour reloger les campeurs du Champs de Mars. Un gros dossier (20 millions de $ pour reloger 5 000 familles ou 20 000 personnes), surtout parce qu’au plan symbolique, ce camp voisin du Palais National continuait depuis plus de deux ans d’être la preuve que la reconstruction était au neutre. Aujourd’hui, c’est presque terminé et comme pour les autres grands camps, on retrouve un espace que notre mémoire avait oublié. J’ai appris cette semaine toute la logistique qui sous-tend ce genre de manœuvre. Wow ! Un recensement détaillé fait avant l’annonce publique du projet de relocalisation des familles, question d’éviter que certains s’inventent un statut de campeur au moment où les enveloppes brunes commencent à être distribuées. Chaque famille relogée doit trouver un logement pour toucher une première partie du chèque. Un logement avec un vrai bail d’une année, logement que les gens d’OIM visitent, question d’éviter les arnaques. Une fois la famille réinstallée dans son nouveau logis, la deuxième partie du montant qui totalisera autour de 500$ sera décaissée. A cette relocalisation, s’ajoutait un programme pour aider les familles à trouver un boulot question qu’elles soient en mesure d’assumer leurs frais de logement après que la somme reçue soit épuisée. C’est sensiblement le même genre de projet qui a permis de vider le terrain de foot de Sainte-Thérèse. J’y suis passé faire des photos il y a une semaine. Il reste encore un dizaine de campeurs frustrés qui estiment avoir été floués par des représentants des autorités qui n’auraient pas accepté de leur distribuer les dites sommes, préférant garder ces kob pour eux. Du côté des autorités, on nous raconte que ces gens sont des nouveaux campeurs, qu'ils se sont inventés cet état tout récemment question de toucher un peu d'argent. Au Champs de Mars, il y a le même genre de phénomène où des familles s’accrochent à une tente sans que l’on sache si c’est effectivement la leur depuis 2010. Même si tout ce qu'il y a d'Avocats Sans Frontière dans le pays ont confirmé la 'justice' du processus, il reste bien évidement des zones grises. Dans ce contexte de magouille généralisée, contexte où l’arnaque est une stratégie de survie, on n’arrive plus à savoir qui dit vrai, Avocats Sans Frontière ou pas.

vendredi 29 juin 2012

Se déguiser

Hier soir, j’ai étrenné une nouvelle fois ma tenue de ville. Je sais que l’expression ‘étrenner une nouvelle fois’ n’a pas de sens, mais dans la mesure où je me déguise de la sorte seulement quand l’occasion l’impose - et elle ne l’impose pas souvent -, j’ai toujours le sentiment de mettre l’habit pour la première fois. Merci d’excuser cette digression avec le ‘bon françâ’. L’ambassadeur m’avait personnellement invité (et au moins 599 autres personnes) à souligner la fête du Canada. Ce premier juillet, le Canada aura 140 et quelques années. Une partie du gratin de la vie politico-diplomatique haïtienne était présente. Le premier ministre Lamothe a eu un passe droit, il ne portait pas sa tenue de ville et on lui a quand même permis d’entrer goûter aux petites bouchées et trinquer à ce pays ami qu’est le Canada. On a eu droit à deux montages vidéo pour les hymnes nationaux. C’est fou comment on représente l’image du Canada, on en vient qu’à penser que tout le monde vit à la campagne, en pleine montagne, sur le bord d’un lac ou dans le fond des bois. C’est sans compter ces références à l’hiver et au grand nord. Quand on pense que la plupart des Montréalais (et j’en suis !) n’ont aucune conscience réelle qu’ils vivent sur une île en plein cœur du Saint-Laurent, l’image du Canada pourrait aussi ressembler à de grandes tours de béton, des graffitis sur les murs et des squats sous les ponts ou les autoroutes surélevées. L’image, vous savez, ça se gère. Donc, tout dépend du gestionnaire !! En parlant de gestionnaire, notre ambassadeur a très bien assumé. Une organisation hors pair où l’accent avait été placé sur la sécurité des invités. Une logistique imparable : Grand stationnement disponible, navette pour éviter que l’on ‘marche dans le monde’, accueil royal, petit rhum punch, …. On a même eu droit à de la tire d’érable sur la neige. De la tire d’érable sur la neige !! Je ne me souvenais plus de la dernière fois où j’en avais mangé, je m’y suis repris à deux fois. L’ambassadeur a donc lancé l’évènement en faisant le lien entre le relèvement d’Haïti et celui de l’ambassade qui inaugurait officiellement la réouverture de son atrium tombé un certain 12 janvier 2010. Vers 16h53 plus précisément. Le premier ministre Lamothe a lui aussi pris la parole pour remercier les canadiens et souligner qu’à plusieurs égard, nous formions un pays porteur d’inspirations pour Ayiti. Les rédacteurs de son discours avaient un peut trop forcé la note sur certaines de nos références historico-politiques, mais le ton était bon. Il faut dire que le canadien se déplace ici avec cet aura de ‘bien intentionné’. Dans le contexte de non confiance qui peut sévir entre le blanc et l’haïtien, c’est une très bonne carte de visite. Après les petites-bouchées, le vin blanc (un gars ne prend pas de chance), les salutations, les embrassades et les discussions, je suis rentré à la maison enlever mon déguisement.

mardi 26 juin 2012

Sympathie sincère

L’ambassadeur français a créé un petit malaise dans l’atmosphère généralement ouatée de la diplomatie. Dans une cérémonie officielle, il a refusé de serrer la main de Jean-Claude Duvalier. Il a poussé un peu plus loin depuis en rappelant aux médias qu’il assumait pleinement son geste spontané, et que sa position était également celle de son pays (goo.gl/xL8Iz). Cet ambassadeur joue un rôle important en Haïti. Le gars chausse habillement les souliers de sa fonction (la France est une diplomatie importante en Haïti) en plus d’attirer la sympathie de plusieurs : Il a vécu le tremblement de terre à la dure et a manifesté un engagement personnel significatif envers Haïti et sa population. Son geste a été reçu avec une certaine sympathie par les gens autour de moi. Plusieurs sont un peu fatigués de voir Duvalier participer à toutes sortes d’activités à caractère officielle. C’est un peu comme si on pouvait accepter l’idée qu’il termine calmement ses jours en paix en Ayiti sans être réellement dérangé par un système judicaire au minimum impotent, mais que de le pavaner dans des espaces officiels se rapprochait un peu trop de l’indécence. Impossible pour moi toutefois de ne pas être pisse-vinaigre dans la mini-euphorie et rappeler à tous que la France ont eu plusieurs occasions de l’épingler et de restituer une partie des sommes volées. Ils sont plusieurs à affirmer que la France a fait preuve d’une complaisance gênante et coupable durant ces 25 années d’exil. L’affirmation forte d’une poignée de main refusée peut-elle effacer un silence qui a duré 25 ans ? Si elle est la manifestation supplémentaire d’une sympathie sincère, peut-être !

Commencer la partie

Bon, je sors de ma tanière, je reviens à la vie. Pas que j’étais mort, plutôt en panne disons. D’énergie, d’inspiration, ... C’est une fois de plus une période où l’ampleur du travail ne te fait penser qu’à la nécessité des vacances, qu’au fait que les dernières vraies se rapportent à décembre 2010 ! Encore quelques semaines avant de plonger dans une farniente aussi gourmande que réparatrice. J’en étais même arrivé à ne plus suivre les médias haïtiens depuis ces semaines. Faut dire que la vie politique était plutôt calme, remplie d’annonces du PM et du président qui inaugurent X, visitent Y, annoncent Z… Là, les choses vont peut-être reprendre une vigueur normale (comprendre normale ici comme synonyme d’habituelle). Avec une éventuelle candidature d’Aristide comme sénateur dans l’Ouest, la promulgation de la constitution remplie d’erreurs matérielles et les élections prochaines, on devrait en avoir assez sur le menu. Je n’ai pas suivi les médias de manière assidue, mais quand même un petit peu. Assez pour entendre le PM rappeler à ces ONG et OI qui font ce qu’elles veulent dans cet Ayiti cheri, que le party était terminé, que c’était maintenant à l’État haïtien de définir la vision, les objectifs et les règles du jeu. Si vous saviez le nombre d’ONG et OI qui n’attendent que cela !! Qui attendent que le gouvernement définisse enfin ses priorités, s’implique, assume son ‘leadership’. Je parle bien de ‘ses’ priorités, et non ‘des’ priorités. Je parle bien de ‘ses’ priorités, et non ‘des’ besoins. Je pense à de ‘vraies’ priorités, celles qui devraient structurer des changements viables, qui renforceront la capacité de l’État à assurer la suite. La pérennité en fait. Et sur ce point, il sera nécessaire de reconstituer le climat de confiance, climat nécessaire à ce que ces ONG et ces OI acceptent de suivre l’État. Acceptent que les millions dépensés soient davantage endigués par les haïtiens. Une confiance basée sur la perception que le partenaire national est bien intentionné et compétent. La partie n’est pas gagnée vous me direz ! C’est vrai, mais si on ne la commence jamais, elle ne pourra pas être gagnée.

jeudi 7 juin 2012

Pousser la communication

Ce matin à Carrefour-Feuille (un quartier limitrophe du centre-ville de PAP), il est 7h15 du matin et il fait déjà 29 degré… La chaleur s’est trop donc bien installée dans cette période où seuls les grands vents d’après la saison des pluies arrivent encore à nous éviter la mort pas asphyxie. « Fallait t’y attendre » vous me diriez ! C’est sûrement cette chaleur qui explique mon long silence, la chaleur ruine mon imagination… Nos politiciens itou, c’est un peu comme si la chaleur les avait refroidis. Les parlementaires sont en vacances de débats et tout le monde est en attente de la décision du gouvernement de publier (ou non) la constitution fomentée en mai 2011, en attente donc de la nomination d’un CEP permanent ou provisoire, ou encore d’une confirmation pour les élections législatives de l’automne. Le gouvernement quant à lui, attend toujours de savoir comment les parlementaires vont jouer la carte de la nationalité du président, du premier ministre et de quelques uns des ministres. Un silence radio qu’il ne faudrait pas analyser comme une paix, mais plutôt comme une trêve stratégique. La seule chose qui n’est pas silence radio dans les dernières semaines, ce sont le président et le premier ministre. La machine de communication fonctionne à plein et il y a plusieurs occasions par jour pour vois les deux têtes de l’État sur devant des caméras. L’autre caméra intéressante depuis quelques semaines est celle du conseil des ministres. Le deuxième qui a eu lieu hier a lui aussi été retransmis sur la télé. J’avais imaginé que la première retransmission télévisuelle était liée au fait que justement c’était un premier conseil pour ce nouveau gouvernement, mais non, ce sera une habitude. Je ne sais pas si cette pratique est répandue sur la planète, et il faut se laisser le temps de voir qui bénéficiera le plus de cette stratégie de communication. Mais disons simplement que depuis maintenant plus de 18 mois, la communication a probablement été le principal atout de notre président.