mardi 30 août 2011

«Ravèt pa janm gen rezon devan poul»


« Le cafard n’a jamais raison devant un poulet » est un proverbe haïtien qui peut bien représenter l’iniquité des rapports de force dans la réalité des relations internationales. C’est un peu ce qu’un sénateur tentait d’expliquer aujourd’hui à la radio pour tenter de bloquer la prochaine candidature au poste de premier ministre. Les rumeurs sont fortes et tenaces à l’effet que le président de la république et celui du sénat ont négocié très fort et se seraient entendus sur la désignation de Gary Conille. Un haïtien qui a connu une carrière internationale, haut cadre Onusien il aurait assumer des fonctions diplomatique dans certains pays africains. Dans les dernières années, encore une fois selon des rumeurs, il serait très proche de Bill Clinton, jouant entre autres un rôle clé au sein de la fondation de l’ex-président américain. Dans sa sortie contre cet ancien ‘international’, sortie aux fortes aromes nationalistes, le sénateur en question est revenu sur le rôle d’influence central que joue aujourd’hui la CIRH dans les choix qu’opère le gouvernement haïtien, et qu’à cet effet, il fallait peut-être comprendre la désignation de Conille comme une preuve supplémentaire de la mainmise ‘définitive’ de l’international sur le pays. Le raisonnement est simple : S’il faut deux présidents à cette fameuse CIRH, un international (Bill Clinton en l’occurrence) et un haïtien (le premier ministre), il faudra comprendre qu’avec Conille, la CIRH serait dirigée par deux internationaux.

lundi 29 août 2011

La pauvreté


Sur HPN aujourd’hui, on racontait comment la diaspora fait des efforts pour éviter de voir ses transferts et ses appels taxés par la nouvelle présidence. Martelly a imposé une taxe sur les transferts et sur les appels venant de l’extérieur pour financer son projet d’école gratuite. Cette manœuvre (illégale pour certains dans la mesure où elle n’a pas fait l’objet d’un vote au parlement) du président pousserait certains haïtiens de la diaspora à faire transiter l’argent autrement, question de ne pas payer cette taxe. Imaginez le gars qui envoie de l’argent à sa sœur pour qu’elle puisse scolariser ses enfants, qui trouve le moyen de ne pas payer cette taxe qui pourrait permettre la scolarisation gratuite des mêmes enfants. On nage en plein délire diraient certains, mais c’est la résultante de la non confiance et de son grand frère, l’individualisme. Surtout éviter tout ce qui pourrait prendre la forme de la solidarité, c’est dangereux. La pauvreté, c’est un peu comme le virus de l’herpès, impossible de s’en débarrasser.

dimanche 28 août 2011

4 milliards plus tard


« Où sont passés les 4 milliards de $ US que la CIRH a permis de distribuer dans le pays depuis 18 mois ? Moi, je ne vois rien ! » C’est le genre de sortie qu’a fait Martelly tout au long de sa campagne et qu’il continue aujourd’hui de marteler (c’est pour faire le lien avec Martelly). Pour la mémoire, la CIRH est la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti qui a été installée par le gouvernement Préval quelques mois après le tremblement de terre. Le premier avril qui a suivi le 12 janvier 2010, tous les pays se sont réunis à New York et se sont engagés à dépenser 10 milliards de $ pour soutenir la reconstruction d’Haïti. Ce 10 milliards devait être dépensé en 18 mois, donc d’ici octobre prochain. J’ai souvent écrit sur ce site que dépenser 10 milliards en 18 mois aurait été une catastrophe pour le pays. Je continue de le croire. Pour le moment toutefois, le discours facile ici est de dire qu’il s’est dépensé seulement 4 milliards (donc que les pays n’ont pas respecté leurs engagements) et, le hic, qu’on ne voit pas concrètement où seraient passés ces 4 milliards. Le pas facilement franchi par Martelly et plusieurs commentateurs veut que ces 4 milliards soit dans les poches des expats et des entreprises étrangères envoyés ici pour aider la reconstruction et que les retombées nationales sont infimes. Je partage en partie cette analyse, mais elle m’apparaît quand même un peu trop simpliste. Le populisme impose toujours ce genre de limites !! C’est vrai que tout ce qui a été fait autour de la CIRH (sa création et son fonctionnement) s’appuie sur une première idée fondamentale qu’il ne faut pas donner un sous aux haïtiens (à leur gouvernement), l’argent va se perdre. Ayiti serait l’un des dix pays les plus corrompus selon une analyse glanée sur le web récemment. Deuxième idée fondatrice de la CIRH pour les pays donateurs : Si on dépense des milliards et qu’Ayiti devient un grand chantier, nos entreprises doivent pouvoir en profiter. La CIRH a donc été constituée mi-haïti/mi-communauté internationale (co-présidée par le premier ministre Bellerive et l’ex-président Clinton) et a la réputation d’être complètement inefficace. Rappelons, encore une fois pour la petite histoire, que la CIRH n’a pas d’argent. Son rôle est de coordonner les engagements financiers des différents États ou Organisations internationales. Rien ne se dépense (théoriquement du moins !!) sans avoir eu le OK de la CIRH. Dans un cas que je connais bien, la CIRH a forcé des canadiens et des américains à faire un projet commun, les deux voulaient intervenir dans le même créneau pour faire exactement la même chose. Les haïtiens n’avaient aucun intérêt à demander aux américains et aux canadiens de travailler conjointement, la duplication, c’est deux fois plus payant ! Martelly surfait donc sur la vague nationaliste (seul des haïtiens devraient gérer la CIRH) et la non fonctionnalité de la CIRH pour annoncer sa mort à la fin octobre. Tout le monde (dont Clinton qui aurait remis 1 million de $ dans la fondation du président, toujours selon la rumeur) a fait comprendre à Martelly que les internationaux retireraient leurs billes si tout était géré par des haïtiens et qu’à ce titre, la CIRH devait rester. On ne peut pas s’en débarrasser même si on l’a promis, on fait donc une ‘réforme majeure de la CIRH’ qui continuera de faire le boulot de coordination pour les prochaines années. Pour revenir sur l’absence de démonstration des 4 milliards dépensés, je pense comme Martelly, disons qu’on pourrait voir davantage de changements. Mais là où une partie significative de cette argent a un impact sur la vie économique des haïtiens (le sont-ils vraiment ??), c’est dans la petite clic de gens riches qui détiennent les restaurants chics (où on mage généralement très mal considérant le prix), les hôtels, les maisons de luxe à louer et la vente des gros 4X4. Dans ces secteurs de l’économie nationale surtout concentrés à Pétion-Ville, on peut presque voir les milliards déambuler dans les rues. J’exagère un petit peu bien évidemment, mais disons que de ce point de vue, les haïtiens ne font absolument rien pour assurer une meilleure distribution de ces 4 milliards passés en transit chez eux ! La journée où on s’attaquera à ce problème, vous verrez un pays se reconstruire.

vendredi 26 août 2011

Un enfer moins infernal


C’est à partir d’ici qu’on voit si vous êtes gentils. Vraiment gentils je veux dire. Suite à mon billet de la semaine dernière sur La famine où je faisais référence à notre implication dans un orphelinat, quelques uns des lecteurs assidus de ce blogue se sont demandés comment ils pouvaient aider. Trop tard pour reculer messieurs dames, le moment tant attendu approche. Jo et moi voulons ramasser un petit pactol pour améliorer un tant soit peu la vie de ces timouns, rendre l’enfer moins infernal. Rien de très compliqué, mais deux choses qui nous semblent essentielles. L’alimentation et la santé. Pour l’alimentation, il nous faudra trouver de l’argent afin d’acheter des mets protéinés (galettes, lait, …) ou vitaminés, question de remettre un peu de ‘pep’ dans ces petits moteurs. Pour la santé, on est coincés avec un dossier plus urgent. Il concerne l’hygiène et ce que l’on appelle la transmission des maladies féco-orales. Concrètement, il n’y a aucune toilette, les enfants poussant donc ce qu’ils ont à pousser un peu partout sur le terrain ou sur ses pourtours, se transmettent ainsi des maladies pas trop intéressantes et dans ces temps de choléra, on trouve pertinent de leur offrir des lieux d’aisance. Il faut pour ce faire construire au moins trois latrines, des experts en la 'matière' nous parlent d’un lieu d’aisance pour 25 personnes. On va donc lancer un site web où vous pourrez nous faire parvenir un peu de votre argent pour que l’on puisse améliorer un petit peu le sort (à court terme je sais) de ces ti-culs sans culottes, ni petites culottes. Restez branchés, on vous informe bientôt.

jeudi 25 août 2011

Pas nécessaire


- 150 gourdes !! C’est un prix pour les blancs !!
Le visage gonflé de la marchande qui me fait le plus beau sourire moqueur du monde.
- Ici monsieur Jean-François, il n’y a pas de prix pour les blancs, que des prix pour les amis.
- Je ne vous crois pas !
- Je vous le dis monsieur, même prix pour tout le monde, blancs ou haïtiens.
Je lui donne ses 150 gourdes (3,75$). Elle me fait un petit clin d’œil pendant qu’elle coince mes 12 pamplemousses roses dans un sachet.
- Des bananes aussi Monsieur Jean-François?
- Pa gen bezouin.
- Des tomates ?
- Je n’ai plus d’argent ! Avec ces 150 gourdes pour les 12 pamplemousses, je suis à sec.
- Dès ce soir monsieur Jean-François, je vais prier pour vous. Pour vous et pour madame Johanne. Pour que vous puissiez enfin avoir de l’argent.
- Arrêtez de prier pour nous, et baissez vos prix plutôt.
- Je préfère prier pour vous et pour madame Johanne. C’est important de prier …
Je me penche sur elle en lui mettant la main sur l’épaule et l’invite à prier pour elle en premier, qu’après, elle pourra prier pour nous. Son sourire acquiesce. On se salue en se donnant rendez-vous pour demain. En reprenant la route, je téléphone à Claudette pour lui demander combien elle aurait payé les 12 pamplemousses roses. 75 gourdes. Je lui raconte mon aventure et elle me répond que la prochaine fois « Map achete pou ou. »
- Pas nécessaire Claudette.

mercredi 24 août 2011

ho-ZAY

Le site de la NHC est fantastique. En plus de nous donner le nom des ouragans pour les prochains jours comme pour les prochaines années, il y a un document PDF pour nous enseigner à prononcer correctement la bibitte météorologique. Avec son petit air hispano, Jose, l'ouragan en gestation actuellement, doit se prononcer ho-ZAY (le lien). Vous le saurez quand ce sera le temps, merci de dire que c'est moi qui a donné l'information.

Je sais

« On est jamais trop prudent » se disent toujours les ayatholas de la santé publique. Je le sais, j’en suis … C’est ce que je me disais ce matin en ouvrant ma boîte de courriels et en voyant le 19ième message du PNGRD (Plan National de Gestion des Risques et des Désastres) faisant passer enfin l’alerte de rouge à orange. C’est que depuis samedi ou dimanche, Haïti est sous une alerte rouge et on est ‘inondé’ (notez la pertinence du jeu de mot …) de courriels nous informant de la position d’Irène (des petits comiques s’imaginent sûrement tante Irène dans certaines positions …) et les mesures de prévention à suivre. Depuis lundi en fin de journée, on avait déjà une bonne idée qu’Irène irait voir ailleurs. Elle serait passé à plus de 100 milles des côtes du pays (au nord) et créant dans son sillage (le sillage de tante Irène …) des problèmes relativement mineurs, dans le département du Nord-Ouest plus spécifiquement. Jamais eu ce genre d’avis pour Emyli ou pour Tomas !!! L’idée m’est venu qu’un bailleur avait peut-être commencé à donner des per diem supplémentaires pour la période d’alerte rouge ou pour le nombre d’avis émis. Mauvaise langue ? Je sais !