lundi 8 mars 2010

Douze mois pour douze jours


Saviez-vous qu’en Haïti, on paie le loyer pour les 12 prochains mois. Pour les six prochains dans certains cas. Ça veut donc dire que le premier janvier, des dizaines de milliers d’haïtiens ont payé les douze mois de l’année 2010 tout en profitant de leur logement que pour 12 jours. Pas de ‘Régie du logement’ dans le coin, tu dois donc te débrouiller seul pour retrouver ton blé, si Dye vle surtout. Dans le contexte actuel, toutes les excuses sont bonnes. Le cash est sous les décombres, le propriétaire est introuvable, peut-être lui aussi sous les décombres. J’ai un collègue qui loue des maisons, trois de ses locataires avaient plus de six mois de retard… Il ne verra jamais la couleur de cet argent. On n’imagine pas facilement les impacts financiers de ce genre d’événements, comme deux personnes avec qui je travaille qui viennent de voir le loyer doublé comme ça, tout simplement ! La cie d’aviation qui double le prix des billets PAP-Santo-Domingo. Des dirigeants d’hôpitaux arrêtés à la frontière avec un camion rempli de médicaments qu’ils allaient vendre en République Dominicaine, on venait de leur donner gratuitement un gros stock de pilules. Idem avec un camion de bouffe dédiée aux gens qui vivent dans les camps. On note que les affaires roulent moins bien pour les commerçants des villes de la République qui sont sur le bord de la frontière. On ne comprend pas tout, mais il semble que l’offre augmente. Les vieux routiers des crises humanitaires – j’en ai rencontré une bonne vingtaine dans les derniers jours – me disent que c’est normal, ça se passerait toujours de même. La main invisible d’Adam Smith serait dans un contexte idéal pour se faire aller. Les libertariens vont gagner !

4 commentaires:

framboise a dit…

surprenant en effet le systéme des loyers
pour ce qui est des medicaments je suis moins étonnée
j'ai lu qq part que les rares productions agricoles locales se vendaient moins également,qu'n est il?

katia a dit…

Merci encore et encore de nous partager ces choses" ordinaires" qui rendent compte de ce qui se passe... de la vie quoi, de son ordinaire dans l'extraordinaire... alors qu'on voudrait tant voir, croire, que c'est le versant lumière de l'homme qui gagnera. Mais ne désespérons pas !
Cela dit, que voyez-vous qui témoigne que l'espoir n'est pas perdu ?

Anonyme a dit…

Il est en effet intolérable que l'aide alimentaire ne commence pas par privilégier l'achat des productions locales !!! Il y a eu assez de dons et d'argent drainés vers Haïti pour permettre cela tout de même !
Il semble que les idées les plus simples et les plus efficaces ne traversent plus l'esprit des organisations humanitaires ...

Maïté

Marico a dit…

Mon père disait (pour calmer les ardeurs révolutionnaires de sa fille peut-être?): "Où il y a l'Homme, il y a de l'hommerie!"
On voudrait que ça change mais....

Je continuerai quand même à contribuer de toutes les manières! Surtout ne pas prendre prétexte de ces malversations pour se désintéresser.

Merci de continuer à nous informer du quotidien de nos frères aysiens.
Bon courage.