lundi 10 mai 2010

Retour aux sources

J'étais dans le stationnement du Caribbean au moment où bagay la s'est manifesté. 12 janvier, 16h53. Quatre ou cinq fois par semaine, j'allais dans cette épicerie. Avec plusieurs caissières, les gars qui coupaient les fromages, les autres qui donnaient les bouteilles d'eau, on se saluaient. La plupart des épiceries sont gérées par des arabes, des libanais principalement, le Caribbean ne faisait pas exception. Je voyais les trois gérants de l'épicerie à tous les jours, on n'en était venus à discuter de la disponibilité de certains produits, de la chaleur étouffante, … Quand le building est tombé devant moi, j'avais la certitude qu'ils étaient restés sous un bloc de béton. Aujourd'hui, j'ai rencontré le plus vieux d'entre-eux. J'étais content de le voir, mon créole bégayait. Une cicatrice de six pouce sur le bras gauche, il a passé les trois derniers mois à Miami pour chirurgie et réadaptation. Son comparse le plus jeune est toutefois resté sous les décombres. L'autre est vivant. C'était le troisième témoignage 'vivant' que j'entends du Caribbean depuis trois semaines. Juste à côté de moi au resto, une femme raconte à son amie qu'elle a passé une longue partie de la nuit à ramper dans le système de ventilation pour enfin se retrouver à l'air libre. J'ai été incapable de lui parler. Une autre qui me raconte que Dieu a poussé au sol sa grand-mère de 86 ans, entre deux caisses. On l'a sortie vivante et poussiérée des décombres vers 2h00 du matin. Ces gens me touchent, j'ai été si près d'eux, et en même temps si loin de leur calvaire.

2 commentaires:

Marie et Philippe a dit…

Emotion doit être présente à chaque coin de rue, à chaque endroit fréquenté, nous, en octobre nous avions séjourné à l'Hôtel Plazza, ils n'ont pas été touché.

Marie et Philippe

MARYBZH a dit…

Bonjour Jean François ,
je te joins deux liens , le premier concerne l"histoire des Libanais en Ayiti;
http://www.rjliban.com/orient20081215.pdf

le second un article de ce jour dans la presse française (orientation catho) sur le village des Abricots situé à 300 km de PAP à la pointe S.O

http://www.la-croix.com/Solidaires-des-refugies-les-villages-d-Haiti-souffrent/article/2425464/4077

Je suis contente pour Toi d'avoir retrouvé ces personnes du Carribean market mais j'imagine dans ces retrouvailles: les souvenirs, les discussions, les émotions, qui resurgissent 4 mois plus tard !
Pas simple à gérer .... en espérant que les nuits soient un peu réparatrices ( à PAP le bruit est tellement permanent que la nuit le sommeil est vraiment léger) que ton activité professionnelle sur le terrain te donne quelque satisfaction , quelques espoirs quotidiens pour persévérer et garder un moral d'acier
Maryannc'k