lundi 17 janvier 2011

Président à vie


Il parait que la nuit porte conseil ... C’est peut-être que je n’ai pas dormi ! C’est donc le calme plat ce matin. Personne ne comprend encore ce qui se passe réellement. Duvalier serait ici pour trois jours selon la radio du matin. Les journaux racontent que des manifestations se sont continuées : Ceux qui sont heureux du retour de l’ancien Président à vie, ceux qui s’y opposent, ceux qui souhaitent qu’on profite de son passage pour le mettre sous les verrous et finalement ceux, qui en profitent pour exiger le retour d’Aristide. L’État n’a pas réagi, sauf pour expliquer que le Monsieur pouvait revenir chez lui (!!!). Pour le moment, la vie semble calme sur PAP, aucune information à l’effet que les choses se dérouleraient dans le chaos. Tout le monde va attendre sa conférence de presse, peut-être commencerons-nous à comprendre quelque chose Laissez-moi en douter.

dimanche 16 janvier 2011

Avant d'aller me coucher


Hypothèse : Préval vient de trouver le moyen de se débarrasser de la pression internationale qui le poussait vers un deuxième tour Martelly-Manigat. Préval ouvre la porte au retour de Duvalier et rend donc possible celui de son ami Aristide. Des milliers de personnes seront dans les rues pour réclamer tout et son contraire. Le bordel des prochaines semaines rendra impossible le deuxième tour concocté par l'internationale, Préval reste en place le temps d'organiser une nouvelle élection avec de nouveaux joueurs. Le jeu est hautement risqué bien évidement, mais ... La balle est dans le camps des Nations-Unies, pour ne pas dire des États-Unis !

Aller me coucher


La Télé Nationale nous montre toute l'activité autour de l'arrivée de Bébé Doc à l'aéroport, un vrai bordel. On nous montre des gens complètement heureux de son retour parce que ... ça veut dire qu'Aristide peut lui aussi revenir !!! Si vous trouvez une explication que je puisse comprendre, une stratégie politique qui puisse tenir la route, faites-moi signe. Le plus frappant, est d'entendre les gens répondre aux journalistes que la Minustah peut maintenant faire ses valises, le retour de Duvalier et d'Aristide ramènera la paix dans le pays... Je vais finir ma bouteille de rhum et aller me coucher !!!

Le retour de Baby Doc


Au stade Sylvio Cator aujourd’hui, 600 jeunes des camps faisaient un spectacles pour 12 000 autres jeunes des camps assis dans les estrades. À la fin du spectacle, j’ai entendu la rumeur. De retour à la maison, je comprends que la rumeur est juste, Baby Doc est de retour... Il fait une conférence de presse demain, question de voler la vedette à Préval/CEP qui devait donner les résultats définitifs du premier tour. Les gens à qui je parle s'arrache la tête d'incrédulité. C'est quoi cette farce ? Dans quel cirque sommes-nous coincés ? Qui est le clown ? Quel ingrédient vient-il lancer dans la soupe politique qui déjà commençait à sentir mauvais ? On souhaite qu’il est de passage pour voir une vieille tante malade. Peut-être une 'tente' malade ... Vraiment, même Fabienne Larouche n'arrive pas à faire des scénarios aussi abominables.

samedi 15 janvier 2011

Fin du monde en béton


L’habitude est un des éléments sur lequel je suis revenu plusieurs fois au cours des derniers mois. De voir les ayisien reprendre leur vie ‘normale’ très rapidement après bagay la a amené tout le monde à parler de leur résilience, de leur capacité à choisir la vie. «On s’habitue, c’est tout !» J’ai été effectivement impressionné de la rapidité des ayisien à reprendre une vie quasi normale en réinstallant les petits commerces aux pieds ou même à l’intérieur des débris, en continuant une vie familiale et sociale presque habituelle dans les camps, ... J’imagine qu’à Montréal, les urgences psychiatriques auraient débordé et Jean-Coutu aurait vendu des anti-dépresseurs comme jamais. Ce mercredi, le gouvernement avait organisé une cérémonie religieuse sur le parvis de la Cathédrale de PAP, une ruine toujours sur le bord de s’affaisser. Un éternuement du Grand Antonio et paf, tout s’affale. Pris par je ne sais quoi, je me promenais comme des dizaines d’autres personnes à l’intérieur de cette cathédrale éclopée, des familles passaient, des enfants faisaient les beaux pour quelques kob devant les journalistes, des photographes et caméramans montaient presque trois étages dans ce qui reste d’escalier de la façade pour prendre des shots de la foule ‘d’en haut’ ! Perte momentanée de conscience, ce qui reste d’intelligence grugée par l’émotion du moment, je ne sais pas dans quel nous étions tous, mais nous étions dans cette fin du monde en béton.

vendredi 14 janvier 2011

OEA, pneus et armes


La fuite bien orchestrée du rapport de l’OEA cette semaine et les sorties diplomatiques des dernières 24 heures des États-Unis et de la France en en faveur des résultats du premier tour contenus de ce rapport ont mis le feu à des pneus ce matin. Elles (la fuite et les sorties) ont même appuyé sur la gâchette de plusieurs armes. Selon Haïti-Libre, Préval serait assez indisposé de la manœuvre de l’international.
- Il n’est pas le seul me dira Asefi
- On sent la grogne monter en effet.
- Il y a un certain culot à pousser le pays en élection comme la communauté internationale l’a fait après le tremblement de terre, et là cette nouvelle pression pour imposer ‘ses’ résultats.
- Pousser le pays à l’élection ?! T’exagères un peu. Il me semble que Préval s’est montré très rapidement enclin à lancer la démarche.
- Les sorties d’Hillary Clinton en faveur du pseudo respect de la démocratie dans les semaines qui ont suivi le tremblement de terre, ça laisse des traces dans la tête du Président d’un petit pays en dépendant en bonne partie des États-Unis…
Elle a continué
- Tout le monde comprend que ce qui a dans les urnes n’a pas une grande valeur aux yeux de l’État et des organisations internationales, que les résultats du premier tour seront le fruit des rapports de force que les différents acteurs sont capables d’installer dans la négociation actuelle. La communauté internationale comme notre gouvernement se foutent un peu de ce que la population souhaite !
- Ce n’est quand même pas cette communauté internationale qui a bourré les urnes ou trafiquer les PV !
- Là-dessus, t’as raison. Mais c’est cette même OEA qui avait le mandat d’appuyer le CEP et l’Office nationale d’identification pour s’assurer que ça se passe bien. Est-ce qu’il faut que je rappelle les sorties médiatiques de l’international quelques jours avant les élections pour nous dire que tout bagay enfom (tout est en place), et le lendemain du vote pour répéter que cette élection avait été la meilleure élection organisée dans le pays… ? Il y a rire du monde, et rire du monde.
- Il y a quand même des haïtiens contents que le rapport de l’OEA ait coulé, ça risque de coincer Préval un peu plus et éviter qu’il pousse trop âprement son poulain jusqu'au bout.
- Préval ne s’enfargera pas dans ce genre d’état d’âme. Mais, peu importe qui passera entre Martelly et Célestin, les rues vont être remplies de manifestants. Ils seront peut-être moins nombreux pour sauver la candidature de Célestin, mais davantage armés et mieux financer, ils pourront tenir plus longtemps. Ils perturberont la réalisation du deuxième tour jusqu’à la fin pour discréditer le processus. Si le CEP maintien sa position et écarte Martelly du deuxième tour, les gens vont manifester un temps mais surtout, ils vont bouder le deuxième tour en sachant que tout est arrangé. Peu importe qui passera, ce sera le même genre de scénario qu’en 2000 où Aristide a obtenu son 93% avec moins de 10% de participation.
- Qui était Président à l’époque ?
- Préval…

jeudi 13 janvier 2011

Un minute de silence dans un pays de 'parleux'


Les 72 dernières heures ont été intenses. Émotivement et physiquement. Se promener d’une activité de commémoration à l’autre, pleurer, s'embrasser, danser, respecter une minute de silence, repartir pour une autre activité, ... J’ai assisté à certaines cérémonies religieuses et si j’avais un truc à vous donner, choisissez les protestants, il y a quelque chose de nettement plus festif malgré les 'preachers'. L’idée n’est pas d’avoir du fun pour avoir du fun, mais de l'animation dans la dignité, ça réchauffe le coeur. Même à 30 degrés. Ainsi, les trois derniers jours étaient comblés. Les haïtiens auront encore montré à la lentille de tous ces journalistes que dans la douleur, la dignité était plus forte que tout. Au delà des cérémonies officielles, il fallait sentir l’atmosphère de celles qui n’abritaient pas de dignitaires, ou ne se comptaient pas de journalistes. Pas vraiment plus vraies que les officielles, moins policées simplement. Seule la génératrice devant le palais nationale brisait le silence de la minute de silence. On n’a pas vraiment su quand elle commençait, on l’a sentie c’est tout. Depuis cette minute de silence, la logorrhée politique a repris sa place royale. Le nombre réel de morts (entre 216 000 et 310 000), les résultats du premier tour, la date de la fin du mandat de Préval, le rapport de l’OEA, les armes en circulation, le nombre de morts du choléra, ... Une seule minute de silence dans ce pays de ‘parleux’. Plus que les lentilles des journalistes, c'est tout dire !

mercredi 12 janvier 2011

La vie se dégage de la mort


Comme une graine qui se transforme en arbre une fois plantée dans la terre, la vie arrive à s’extirper de la mort, à se nourrir d’elle. À pousser tout croche peut-être, mais à pousser quand même. C’est la première leçon que les haïtiens donnent depuis un an. Je parle de ceux qui sont pauvres, travailleurs comme chômeurs, ceux qui forment ce qu’on appelle la population. On apprend donc cette notion que la mort est plus forte que la vie et qu’à ce titre, ça ne vaut pas la peine de tenter de se battre contre elle. Que la seule façon d’ébranler la mort un peu, c’est de célébrer la vie. Tous les matins depuis, cette femme haïtienne qui s’extirpe d’une tente, bien mise, plus belle que tout, parfaite. C’est la vie. Elle vit dans la pauvreté mais ne la porte pas. Je pense à son allure, seule sa maison s’est écrasée. Tous les matins depuis, elle tient la main de son ti-moun parfaitement costumé pour l’école, plus propre que propre. Aujourd’hui, comme des millions d’autres, elle priera un Dieu. Des larmes baigneront ses yeux quand elle pensera à tous les morts qui font sa vie depuis bagay la. Ses mains comme ses yeux se lèveront vers le ciel. Cette femme, c’est Ayiti. Des millions d’hommes et de femmes dont la vie est façonnée par la mort. On souligne la vie aujourd’hui, même si ce sont les morts qui sont en vedette.

lundi 10 janvier 2011

Plein les bras


Les activités relatives aux commémorations du 12 janvier débutaient aujourd’hui. Le grand stade de foot de PAP recevait deux équipes de joueurs ‘handicapés’ comme on dit ici. Des joueurs amputés la plupart avant bagay la, et quelques-uns depuis... Difficile de bien décrire l’énergie de ces joueurs autrement qu’en faisant référence au pays : Des membres en moins mais un entêtement à gagner. Il y avait presque autant de journalistes que de joueurs sur le tapis synthétique. L’équipe nationale d’Haïti vient de participer pour la première fois au mondial. Trois défaites en trois parties disputées mais une grande fierté de pouvoir représenter un pays ‘mutilé’ en cette année 2010. Au plan de la symbolique, ça ne fait pas manchot... Cette réalité des personnes estropiées était bien évidement présente en Ayiti (il faut les voir s’accrocher au tap-tap!!!), mais elle a pris davantage d’ampleur depuis le tremblement de terre. Il faut se rappeler que plusieurs personnes personnes se sont inquiétées du nombre d’amputations opérées dans les jours qui ont suivi bagay la, on estimait que les équipes d’urgences optaient pour l’amputation un peu trop facilement. Favoriser l’intégration sociale et professionnelle de ses personnes correspond donc à un défi supplémentaire pour une société qui en a déjà plein les bras.

dimanche 9 janvier 2011

L'Heureux

À Montréal est mort Gaston L’Heureux. Il m’a déjà fait pleurer. J’ai été membre du conseil d’administration du Resto-Plateau pendant près de 12 ans avant de venir en Haïti. Le Resto-Plateau est une entreprise d’insertion qui forme une centaine de personnes par année au travail de cuisine d’établissement. Gaston nous a donné un gros coup de pouce pendant plusieurs années. Il était le porte-parole du Resto, celui qui était capable d’endiguer des gens dans le couloir de l’appui financier à notre organisation. En arrivant dans la cuisine du Resto pour la première fois, il s’était mis à chanter une chanson en créole. Les travailleuses en formation haïtiennes, qui correspondaient à une proportion significative de notre clientèle, lavaient laissé tomber leur chaudron pour l'accompagner. Le genre de deux minutes qui se fait une place dans ta tête pour la vie. Il nous expliquera qu’une haïtienne qui travaillait chez ses parents quand il était enfant lui chantait cette chanson. Toutes mes sympathies aux gens qui sont touchés par son décès.

Chèchè lavi


Truitier est en même temps le dépotoir principal de Port-au-Prince et ... un village. Comme dans les grandes villes de plusieurs pays pauvres, une activité économique (donc sociale) s’y installe. Des familles complètes résident sur les pourtours de la décharge, deux mille personnes (selon un des employés qui servait de guide) vivent des déchets de PAP amenés ici tous les jours par des dizaines de camions. Une atmosphère opaque créée par la fumée des déchets qui brûlent et la poussière que les tracteurs soulèvent. Des ânes, cochons et cabrits qui broutent ce qui restent à brouter. Des centaines de moun, petits comme grands, fouillent les déchets. «Y’ap chèchè lavi» me dira le guide de circonstance... Simplement traduit en français, ils cherchent la vie. Chercher la vie !! Tabar..., il arrive que des expressions créoles te bouffent le coeur et la tête en même temps. On fouille activement le contenu apporté par les camions pour dénicher tout ce qui peut se vendre. À l’entrée du village, les brooker sont là avec des balances, l’activité économique y est très bien organisée. Le plastique et différents métaux récupérés sont emballés et retournés dans les pays riches pour être transformés en nouveaux produits de consommation. Quelques années d’utilisation à Montréal ou à Miami pour revenir et être revendus à un ayisien pour une deuxième ou une troisième vie utile. Quelques années avant de revenir à Truitier et ... Vous avez compris, tout est dans tout, c’est la vie et on la cherche !!

samedi 8 janvier 2011

Marcher dans ses décombres




Le 12 janvier 2010, vers 22h00, on entamait une bouteille de vin et des pâtes avec deux inconnus. Besoin de décanter j’imagine, et on ne parle pas du vin. Jo et moi avions été chercher Chantal Guy et Ivanoh Demers, deux journalistes de La Presse coincés dans le stationnement de la Villa Créole transformé en salle de chirurgie. Ils avaient vécu le tremblement de terre dans l’hôtel, Chantal en a fait de très beaux textes, Ivanoh de très belles photos (voir la une de La Presse). Les trois premiers jours de l’aventure ont été vécus dans une forme d’intimité avec ces deux étrangers. Se soude on ne sait quoi. Ivanoh est en ville depuis mardi pour suivre les activités entourant le premier ‘anniversaire’ de bagay la. Aujourd’hui, on a passé la journée ensemble à faire de la photo. Il voulait absolument retourner à la Villa Créole, marcher dans ses décombres. De la chambre où tout s’est écroulé, il a fait deux fois le trajet qui l’avait amené vers la sortie ce soir là. Il comptait les pas, divisait par le nombre de seconde de la grande secousse, ... Je voyais des idées se bousculer dans sa tête, ses pommettes sont devenues rouges et ses lunettes se sont embrouillées. Besoin de comprendre, d’attacher les fils qui trainent. Lundi, Chantal arrive à la maison. On va ouvrir une autre bouteille et manger des pâtes.

vendredi 7 janvier 2011

Ayiti est un perron d’église


Dans ma mémoire de ti-cul, il y a ces images de perrons d’église. Là où le village où la petite ville se réunit le dimanche après la messe pour placoter. Prendre des nouvelles de l’un et de l’une. Impressionner les autres avec des nouveaux souliers, une nouvelle bedaine, une remplaçante à la défunte, … J’ai vu les mêmes scènes sur des perrons d’église en Italie. Ayiti au complet est un vaste perron d’église. Partout, on placote et on parade. C’est par l’autre qu’on est beau ou intéressant. Qu’on existe à la limite. Depuis notre retour à PAP, je ne fais que saluer des gens que je croise. Des connaissances, des collègues, des amis. Impossible d’aller à quelque part sans saluer une connaissance. Imaginez pour les haïtien. Petit pays

jeudi 6 janvier 2011

Le rapport est prêt

Deux pays, deux sources d'information mais un seul titre. Le site de Radio-Canada qui titre 'Le rapport est prêt' en parlant de la Commission Bastarache. Alors qu'ici en Haïti, un chaîne de radio présentait son bloc de nouvelles en titrant lui aussi 'Le rapport est prêt'. Ça concerne le travail effectué par l'équipe de l'OEA pour le recomptage du premier tour. Les comparaisons s'arrêtent là même si dans les deux cas, des politiciens flirtent avec la corruption.

Tourner en rond


- Hey Labadie, de retour ?
- Wow, t’aurais dû travailler dans l’équipe de Sherlok Holmes !
- Arrête de me niaiser, jusque là j'étais contente de te revoir.
- T’en es presque à me dire que tu t’étais ennuyée...
- Je t’ai dit d’arrêter de me niaiser, on dirait que tes vacances ne t’ont pas permis de recharger ta batterie.
- Labadie mon nom, pas la batterie ! Sérieusement Asefi, mais vacances ont été tout ce qu’il faut que des vacances soient. En plus, tu m’as manqué. Je me suis ennuyé de toi et de nos discussions qui tournent en rond.
- Nos discussions auraient effectivement tourner en rond au cours des dernières semaines. On n’en est au même point aujourd’hui que quelques jours après ton départ. On attend toujours de connaître les résultats définitifs du premier tour avant de pouvoir lancer le deuxième. C’est comme la reconstruction, on ne voit pas d’évolution.
- Mais l’équipe de l’OEA qui est là pour le recomptage ?
- L’OEA peut faire quoi de plus ? Discréditer le CEP en sortant des chiffres complètement différents ! Peu importe ce qu’il en sortira, il y aura des mécontents. Peu importe si c’est Martelly ou Célestin qui passe au deuxième tour, il y aura des mécontents et des troubles dans les rues. J’espère que tu as des provisions à la maison.
- Je suis effectivement passé au market pour acheter quelques bouteilles de vin et de rhum, il y a de ces problèmes qu’il est préférable de noyer dans l’alcool. Il n’y a pas une canne de conserve qui fait la job.
- Effectivement, ça tourne en rond !
- Non non, sérieusement, j’avoue que je ne sais pas trop comment on arrivera à se sortir de ce guêpier sans qu’il n’y ait un peu de casse.
- La petite casse, on s’habitue. Le problème est qu’après cette petite casse, on risque de ne pas pouvoir tenir un deuxième tour dans de bonnes conditions, installer un président et un gouvernement ‘confortables’, ... tu vois le genre de complication à long terme ! Dans les rues, on parle de plus en plus d’une tutelle internationale pour pouvoir enfin lancer la reconstruction. J’avoue que je ne sais pas trop où on s’en va.
- C’est effectivement une condition pour tourner en rond.

mercredi 5 janvier 2011

Climat de retour

Je ne parle pas de la température, les Caraïbes, c’est les Caraïbes… Je parle plutôt de ce à quoi je faisais référence dans mon dernier billet. La crise politique chauffe la place. On s’attend à ce que la mission de l’OEA donne son rapport d’ici vendredi, ce qui permettrait de confirmer de manière définitive les résultats du premier tour. Autre brûleur sous la marmite, plusieurs demandent le départ de Préval pour le 7 février, comme prévu à la constitution. Dans les faits, le gouvernement a entériné les textes législatifs nécessaires à ce que Préval reste en poste jusqu’au mois de mai. Ces textes ont été mis en forme dans les mois qui ont suivi le tremblement de terre et devaient éviter que le pays se retrouve sans ‘tête’ dans le contexte où les élections ne pouvaient être organisées dans les délais prévus pas la constitution. Les élections ont effectivement eu lieu dans le délai prévu, mais pour la forme… L’enjeu est que le deuxième tour ne pourra avoir lieu avant février et l’installation d’un nouveau gouvernement avant la fin du mois de mars. Malgré tout, ils sont plusieurs à exiger le départ de Préval le 7 février, Martelly entre autres. Le dernier brûleur sous la marmite est la sortie de madame Manigat contre les organisations internationales et les ONG. Elle frappe dans les dents. On peut comprendre que politiquement il est facile et payant de surfer sur l’anti-ONGisme ambiant, mais elle est allée un peu plus loin hier en visant les ‘personnes’ qui travaillent au sein de ces organisations. Faisant référence à nos conditions de revenues (salaire, per-diem, primes de sécurité, …), elle se demandait quel était notre intérêt réel. Il y a ici un questionnement (nécessaire selon moi) concernent le fonctionnement et l’impact des organisations d’aide ou de développement qui sont installées. Le problème est davantage criant depuis le 12 janvier dernier, le silence des près de 10 000 organisations présentes seraient de plus en plus assourdissant : Moins de 500 d’entre-elles transmettraient à l’État haïtien les informations relatives à leurs activités malgré les demandes répétées de ce dernier. On se questionne donc ‘formellement’ sur cet apport que plusieurs n’hésitent pas à définir comme une perte pour le pays. L’exemple le plus souvent cité est cette fuite massive des cerveaux (ceux du public comme ceux du privé) vers les ONG et leurs conditions salariales plus avantageuses. On suit la suite ...

lundi 3 janvier 2011

On rentre chez nous


Moins de 12 heures et on remet les pieds en Ayiti. Sentiments ambigus pour les prochains jours. D’un côté le goût de participer aux événements qui permettront de souligner le tremblement de terre du 12 janvier 2010. On imagine une grande charge émotive qui se matérialise dans un climat d’empathie. Même le choléra n’empêchera pas les ayisien de s’embrasser et de se toucher. De l’autre bord, les inquiétudes relatives à l’imbroglio électoral... On verra ce qui prendra le dessus !!

dimanche 2 janvier 2011

La désespérante espérance


Les vacances, c’est comme tout le reste, il y a toujours une fin. Vous dire comment elles ont été bénéfiques ... impossible. J’ai parlé avec des proches à plusieurs reprises dans les dernières semaines et ‘LA‘ question qui revient dans la tête de plusieurs est la suivante : Est-ce qu’il y a de l’espoir pour Haïti ? Une partie de ma réponse concerne le drame humain que vivent plusieurs des haïtiens que je côtoie. Ceux-là qui ont fait le choix de fonder famille et de travailler en Ayiti. Je les vois aujourd’hui indécis, contrariés, hésitants. Un peu comme si les événements de la dernière année avaient fait écrouler les derniers étages du château de cartes qu’ils maintiennent à l’abris des vents depuis des décennies. Je pense aussi à ceux qui n’ont jamais eu les moyens de quitter et pour lesquels Haïti ressemblent encore davantage à un emprisonnement à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle.
- Labadie !! Je ne veux pas savoir ce que les autres en pensent, je veux savoir si tu penses qu’il y a de l’espoir.
- Sur RFI il y a quelques semaines, j’écoutais l’entrevue d’un blueseux (musicien de blues) venu du Mali (j’ai oublié son nom !!) qui parlait de l’Afrique en disant que sa seule obligation était de garder l’espoir. Qu’il lui était interdit de perdre l’espoir en une sortie de crise perpétuelle de ce continent.
Tu fais chier avec tes réponses alambiquées qui ne veulent rien dire, un vrai politicien !!
En fait, c’est l’espoir qui me désespère. C’est parce que trop de monde sont dans l’espérance qu’il n’y a pas d’espoir.
C’est exactement ce que je disais, tu fais chier....