vendredi 17 septembre 2010

Mononcle pis matante


On a tous un mononcle ou une matante* qui s’estime de bon conseil. Peut-être même l’est-on chacun à son tour ? Donc un de ces deux là qui te dit, quand tu leur racontes tes problèmes avec le plus jeune, la plus vieille, le chien ou peu importe, ‘as-tu essayé ça’, ‘il faudrait que tu fasses ça’, ‘il ne faut pas trop faire ça’. Comme si toi, l’abruti présumé, n’y avais pas déjà pensé, ne l’avais pas déjà essayé. J’ai souvent ce sentiment de frustration quand je vois débarquer ces nouveaux experts venus sortir Haïti de son pétrin post-bagay la. Je sais, je parle comme si j’étais ici depuis 20 ans, mais 22 mois, ça reste plus long que deux semaines ! Et à la limite, ce n’est pas une question de temps passé ici davantage qu’une question d’attitude, de prédisposition. Je vois mes partenaires ayisien expliquer pour une centième fois les problèmes ‘insolubles’ de gestion et d’organisation des services de santé auxquels ils sont confrontés depuis des décennies, et j’entends les réactions de ces experts. Il y a les plus intelligents qui tentent de comprendre, posent des questions pour se faire une idée générale du contexte, de l’histoire , … Arriver à mieux comprendre l’enchevêtrement de variables associées au problème qu’on souhaite solutionner. Dans certains cas, ils s‘intéressent aux différentes solutions qu’on a tenté de mettre en place pour améliorer la situation : ‘On a évalué pourquoi ça n’a pas fonctionné ?’ Je parle ici d’attitude, d’une attitude d’ouverture et d’écoute de celui (ou celle) qui veut mieux comprendre avant d’avancer une idée. Il y a les imbéciles légers qui orientent leurs questions autour de solutions éventuellement apportées. ‘Avez-vous essayé cette stratégie ?’ ‘Ou celle-là ?’ Quelquesfois, on n’y va de références internationales du type ‘Avez-vous tenté, comme au Togo, de mettre en place telle modalité de gestion ? Là-bas, on a réglé le problème.’ Non mononcle, on n’y avait pas pensé... Ça fait trente ans qu’on est confronté aux mêmes difficultés et après 45 études et 217 experts, personne n’y avait encore pensé !!! Et finalement, les imbéciles purs, les matantes qui s’énervent. ‘Ben là !! Mais ça pas d’allure, ça fait des années qu’on ne fait plus ça de cette manière !!’ ‘Non ! Tu ne me dis pas, on ne se savait pas autant dans la gadoue…’. Donc on voit de plus en plus de matantes pis de mononcles, aussi bien intentionnés que formés, venir faire les experts, venir donner leurs conseils pour faire d’Ayiti un pays enfin normal. Il y a en plus une corrélation négative entre leur âge et leur degré d’imbécilité : moins ils ont de l’expérience, plus ils sont remplis de certitudes. S’intéressent-ils au travail déjà fait, à ce qui est en train d’accoucher ? Mais, non, la vie commence bien évidement avec leur arrivée !

*Pour les français qui suivent ce blogue, matante est en français du Québec, l’équivalent de tante en français de France. J’ai donc une matante ou des matantes, Gertrude est ta matante. Même chose pour mononcle.

3 commentaires:

Gaudie a dit…

C'est vrais que avec les Y'A QU'A c'est difficile de ne pas s'énerver et je respecte votre grande pacience. Voir, entendre, écouter et réfléchir...4 qualités qui ne sont pas donnée à tout le monde. C'est facile de donner des conseils, ça camouffle le silence, ça détourne l'attention, ça évacu la gêne...mais écouter attentivement et avec compassion, ça c'est difficile, et pourtant si on le faisait plus souvent on entendrait peut-être la petite voix qui ouvre le chemin vers une possible solution.

Chris'2'L a dit…

Merci pour cette précision pour les français dans le texte, mais nous avions très bien compris ainsi !!!

Bon courage avec eux !!!!

Marie et Philippe a dit…

Bonjour JF nous sommes a l hotel plazza

Marie Philippe Monise